La saveur des petites choses

DSC03656

J’aime que la maison soit embaumée du parfum des confitures. Nous avons la chance de pouvoir cueillir nos cerises et nos groseilles et de les cuisiner. Quelle perte de temps pensent certains! Mais si le temps est bien rempli en quoi serait-il une perte? Les confitures maisons construisent des souvenirs olfactifs puissants. Le délicieux texte de Georges Duhamel pénètre bien cet esprit:

« Le jour que nous reçûmes la visite de l’économiste, nous faisions justement nos confitures de cassis, de groseille et de framboise.
L’économiste, aussitôt, commença de m’expliquer avec toutes sortes de mots, de chiffres et de formules, que nous avions le plus grand tort de faire nos confitures nous-mêmes, que c’était une coutume du moyen âge, que, vu le prix du sucre, du feu, des pots et surtout de notre temps, nous avions tout avantage à manger les bonnes conserves qui nous viennent des usines, que la question semblait tranchée, que, bientôt, personne au monde ne commettrait plus jamais pareille faute économique.
– Attendez, monsieur! m’écriai-je. Le marchand me vendra-t-il ce que je tiens pour le meilleur et le principal ?
– Quoi donc? Fit l’économiste.
– Mais l’odeur, monsieur, l’odeur! Respirez : la maison toute entière est embaumée. Comme le monde serait triste sans l’odeur des confitures!
L’économiste, à ces mots, ouvrit des yeux d’herbivore. Je commençais de m’enflammer.
– Ici, monsieur, lui dis-je, nous faisons nos confitures uniquement pour le parfum. Le reste n’a pas d’importance. Quand les confitures sont faites, eh bien! Monsieur, nous les jetons.
J’ai dit cela dans un grand mouvement lyrique et pour éblouir le savant. Ce n’est pas tout à fait vrai. Nous mangeons nos confitures, en souvenir de leur parfum.
                                                                                                        GEORGES DUHAMEL, Fables de mon Jardin

Duhamel met bien en boîte la logique marchande de l’économiste qui transcende aujourd’hui  hélas tellement notre société. Et même encore, sur les réseaux sociaux, il faut se méfier de ce genre de « tendance » populaire DIY, qui sert trop souvent à attirer – on ne sait trop pourquoi – des « suiveurs » qui marqueront un intérêt éphémère pour le billet.  Ce sera alors tendance de faire des confitures!

Pourtant, la saveur des petites choses n’est jamais une question de tendance. C’est une affaire pérenne d’éducation. Dans une société où tout est question d’image, de com’ et de marketing, nous oublions trop souvent l’essence même de la vie: emplir le temps de sa vie, lui donner une saveur de vécu qui passe par tous les sens!

L’été est particulièrement propice à cela. Un moment de rupture de rythme qui nous permet de vivre avec nos enfants. On a le temps! Et ce temps peut se vivre dans la banalité de la nature et de la vie quotidienne ordinaire. L’été nous permet de fermer nos volets intérieurs à toute sollicitation consumériste qui passe aujourd’hui par tant de médias, dont les influenceurs sont les nouveaux convois de pubs!

Il n’est pas facile d’être parent ou professeur aujourd’hui car la nature des liens a changé. Elle a été viciée par la consommation qui s’infiltre par tous les pores de la peau. Nous sommes englués, presque à notre insu, par cette art de « non vivre »! Car la consommation loin d’apporter la vie, l’en dérobe de sa saveur! Arte a diffusé un documentaire fort éclairant sur ce qui nous a conduit là où nous en sommes et l’on comprend mieux la nature de notre mal moderne!

Comment, nous parents, pouvons-nous « lutter » contre cela? Il nous faut peut-être, pour y parvenir, comprendre l’essence même de ce qu’est l’éducation. Daniel Pennac l’explique magnifiquement dans une petite entrevue:

« Les jeunes aujourd’hui, les enfants, tout petits déjà dans le berceau, sont considérés par la société de consommation, comme des clients. On produit des publicités pour les pousser à consommer. A consommer des tablettes, à consommer des portables, à consommer des vêtements. Consommer, consommer, consommer! Et ça c’est leur culture, c’est la culture quotidienne.  Et quand ces enfants arrivent à l’école, ils vont se conduire vis-à-vis du professeur comme des petits consommateurs. Moi, professeur, je ne m’adresse pas à tes désirs. Je m’adresse à tes besois fondamentaux. Le besoin d’apprendre à lire, d’apprendre à compter, le besoin d’apprendre à penser, à réfléchir. La plupart des ces besoins sont antinomiques avec tes désirs. Et c’est pour ça qu’il est beaucoup plus difficile d’être professeur aujourd’hui que dans les années ’50 où les enfants n’étaient pas encore les clients de la société marchande. Le problème, c’est que l’enfant, tout petit dans son berceau va croire que son désir est un besoin fondamental. Il va croire que son bonheur dépend de la satisfaction d’un désir qu’il prend pour un besoin fondamental. Le travail des adultes c’est de dissocier ces  notions de désir et de besoin. Et le bonheur, le vrai bonheur, on peut l’atteindre en apprenant à comprendre. C’est ça qui rend heureux. Quand tout à coup je comprends les choses… Je comprends  que la publicité est mensongère. Je comprends que la compréhension est une bonne source de bonheur véritable. « 

Nous avons donc un rôle à jouer afin d’être des transmetteurs en dehors de la propagande marchande. Nous avons à jouer ce rôle de responsable de leur intelligence, de leurs connaissances et de leur recherche du bonheur « réel ». Le contact avec la nature, le jeu, la lecture, le temps partagé en famille et avec les amis,  le besoin de bouger et de se dépenser c’est de cela dont nos enfants ont besoin durant l’été et non des écrans et de la surexcitation entraînée par la surconsommation.

Lorsque j’ai débuté ce blog, j’étais mue par l’idée du partage et de la transmission gratuite qui peut s’opérer via ce moyen de communication. Mais est-ce que ce média est encore celui adapté à notre « époque »? Il semble que les gens préfèrent nettement à présent les vlogs où tout se passe oralement. Ce qui n’est absolument pas pour moi! Je constate que le destin des blogs semble doucement glisser vers des pages publicitaires et placement de produits. Il ne saurait en être question avec Grandir près du châtaignier.

Comme à chaque année, j’aime m’éloigner des écrans pour l’été  . Je vous souhaite  de bonnes vacances et de savourer toute la banalité des petits riens qui nous comblent tant!

Publicités
Publié dans accueil, école-maison, Divers, IEF, Instruction formelle, Réflexions | 8 commentaires

Le bonheur gratuit

DSC03651

Le soir de la Saint-Jean revêt une douceur particulière à la maison. Nous savons que l’été s’installe durablement pour nous. Nous n’allons jamais au-delà de cette date pour l’école à la maison. Ce soir-là plus que tout autre – surtout s’il fait beau – nous nous installons pour veiller et observer le jour le plus long se transformer en spectacle nocturne. Il s’accompagne souvent du récit de la parade des fleurs où l’on prépare une assiette délicate pour les fées. Il n’est même pas besoin de croire aux fées pour se réjouir les yeux du spectacle d’une telle assiette… On sait que les petits oiseaux et les insectes ont le même régime que les fées!

Ces soirs où la fraîcheur nous envahit lentement, au moment où le soleil fêtard finit par rejoindre l’horizon, règne un bonheur discret, gratuit, qui nous offre mille surprises si nous savons être attentifs. C’est parfois le vol des chauve-souris qui chassent les insectes au-dessus de nos têtes ou la joie de découvrir  un vers luisant qui  illumine l’herbe en un point vert fluo.

Cette année encore nous avons eu une surprise qui marquera nos souvenirs à jamais. La belle chevêche d’Athéna qui habite le toit de notre grenier est venue se joindre à notre soirée sur la branche morte de l’abricotier. Elle a passé un petit quart d’heure en notre compagnie, chacun étouffant sa voix et ses gestes pour ne pas la faire s’enfuir! A l’heure où le détail des objets devient noir, nous voyions la petite chouette telle une ombre chinoise sur fond de ciel rose violacé.

Il est impossible d’acheter un tel moment! La nature ne se paie pas. On ne commande pas une chouette le 24 juin, ni un vers luisant pour la même date. La nature nous en fait généreusement cadeau pour peu que nous prenions le temps d’être parmi elle.

Et même quand rien d’extraordinaire ne se produit, se noue en filigrane le bien-être du temps passé ensemble. Les voix se font plus douces;  nous sortons une grosse couverture pour nous blottir par terre avec le nez au vent, écrasés que nous sommes par la splendeur de la voûte céleste. Nous sommes tout petits devant l’univers. Nous sommes même insignifiants! Qu’il est bon de se sentir aimés dans de telles conditions de vertige!

Publié dans accueil, école-maison, Divers, IEF, Instruction formelle, réflexion, sciences | 1 commentaire

« Il faut marcher » : un court texte à méditer

Afficher l’image source

Voici un court texte qui permet d’inciter les enfants au plaisir paradoxal de la marche, de l’exercice, de l’effort. La satisfaction au bout du chemin se découvre à la condition d’avoir -n’ayons pas peur des mots- « peiner ». Ce texte de l’historien Halévy, écrit en 1935, n’est pas un appel au masochisme malgré qu’on puisse y lire que « l’homme est fait pour la peine« . Il s’agit plutôt de l’éloge de l’effort. Sans effort point de satisfaction… Ce principe s’applique, d’ailleurs, au-delà de la marche à tout domaine et particulièrement à celui du travail scolaire.

L’été est à nos portes. Les enfants randonneront peut-être avec vous sur les sentiers de la nature. Ce petit extrait contribuera peut-être à faire écho à la cadence de leurs pas. Mais il faut avoir déjà « marcher » pour bien saisir ce texte. La marche, la longue marche, est une leçon de vie.

Il faut marcher

Il faut marcher; c’est le plus vieil exercice des hommes. Nos pères ont traversé l’Asie, l’Europe, leurs pas ont fait sonner deux continents. Comme eux, il faut marcher: c’est la plus antique habitude, elle n’est pas perdue, mais seulement affaiblie, et bien vite on la réacquiert. C’est la marche qui a fait l’homme, et le corps de l’homme est fait pour la marche, il se réconforte en marchant, il s’apaise et se réjouit.

Et l’esprit de l’homme, comme son corps, est fait pour la marche, pour la durée d’un  jour et la longueur d’une étape. Rien ne lui est si favorable que l’aube du départ et le crépuscule de l’arrivée.

Ecoutons la cadence de nos pas: c’est la plus vieille musique des hommes. Le premier de tous les chants, les chants de marche, c’est le pas qui les a rythmés. Ecoutons la cadence de nos pas; pendant des heures, écoutons-la, qu’elle nous porte et nous rassérène. Elle sonne invariable et forte, mais le sol a des réponses variées: le franc granit, la tourbe ou le douteux humus. Rien n’est si beau que la cadence de nos pas.

Il ne faut pas craindre la peine; c’est la peine qui a fait l’homme et l’homme est fait pour la peine; il s’y retrouve et s’y anime. Il faut, plusieurs fois l’an, connaître la chaleur ou le froid des routes, l’effort de gravir les côtes avec le soleil sur la tête ou la neige dans les yeux, et sur les épaules le poids d’un fourniment, d’un repas, d’un livre. La peine est bonne pour le corps et utile à la pensée. Si l’étape est enfin pénible, c’est ce qu’il faut! A quoi donc pensera-t-il, celui qui n’a pas connu la vie, l’antique vie mesurée par la peine, la dure journée mesurée par ses pas?

Daniel Halévy
Visite aux paysans du centre (1935)
Tiré du manuel de Marguerite Reynier « Lecture et travaux « 1946
Publié dans accueil, école-maison, Divers, Français, IEF, Instruction formelle, Réflexions | 9 commentaires

Le salsifis des prés

DSC03566

Cette petite fleur banale des prés, que l’on confond facilement avec le piDSC03563ssenlit (dont elle est la cousine) pousse partout dans les prés et les champs.  Elle appartient à la classe florale tragopogon dont l’étymologie grecque signifie « barbe de bouc ». On attribut ce nom au fait qu’on la retrouve souvent fermée et seuls quelques « poils » ressortent de son capitule  clos rappelant la barbichette des boucs. Elle fait partie de la famille Asteraceas  – tout comme le pissenlit et la marguerite -dont on reconnaît l’étymologie grecque  « aster » qui signifie étoile. Ici, j’attire l’attention des enfants sur le mot astéroïde, qui est une petite planète, ou astérie qui regroupe les étoiles de mer ou encore astérion qui est le point de jonction d’os du crâne en forme d’étoile.  Ces liens autour du vocabulaire permettent de renforcer la connaissance des mots et leur construction. En anglais, la fleur porte le nom poétique de « jack-go-to-bed-at-noon« . Cette appellation est dû au fait que la fleur n’est éclose que le matin et se referme dès midi. En un mot, nous comprenons la vie de cette fleur!

Comme pour le pissenlit, la fleur du salsifis des prés est en fait un capitule, c’est-à-dire le regroupement de plusieurs fleurs sous forme de languettes. Ces languettes sont jaunes ainsi que parfois leurs étamines qui recouvrent le coeur bombée de la « fleur ». Leurs étamines sont cependant souvent brunes. Un sépale, également en forme d’étoile à huit pointes, forme la collerette sous-jacente. La fleur se transforme en multiples aigrettes plumeuses tout comme le pissenlit. C’est doute pourquoi nous confondons ces plantes. A noter cependant que la boule blanche du salsifis des prés comporte des aigrettes beaucoup moins douces et duveteuses que celles du pissenlit.

DSC03572

DSC03565

Quand on évoque la fleur, on pense immédiatement aux légumes que l’on cuit. En fait, en tirant sur la racine, nous découvrons également le légume à l’état sauvage. C’est le même principe que la carotte sauvage. En le cuisant, il n’est pas moins délicieux que celui cultivé! Ceendant, il faut surveiller la saison de récolte. En début juin, les racines sont encore trop maigrelettes pour assurer un repas copieux.

DSC03576

Une bonne manière de distinguer le salsifis des prés et le pissenlit demeure la comparaison de leurs feuilles. Celles du salsifis ressemblent à de longues herbes fines  alors que le pissenlit a des feuilles  plus larges  dont les pointes rappellent des dents de lion.

illustration botanique UK : 1910, H. Isabel Adams, pissenlits, fleurs

DSC03564

DSC03577

J’insiste beaucoup sur la narration écrite de la leçon par les enfants eux-mêmes. A partir du CE2CM1 l’enfant peut commencer à résumer par écrit de lui-même en un tout cohérent la leçon qu’il vient d’entendre. Avant ce niveau, je rédige un résumé à recopier non sans avoir laissé l’enfant narrer lui-même la leçon de manière orale. Cela lui permet de se la réapproprier tout en incluant les nouveaux mots de vocabulaire . Les dessins qui accompagnent sont également précieux car ils permettent de mieux observer la plante étudiée.

The Jack-Go-To-Bed-At-Noon Fairy, from Flower Fairies of the Wayside https://flowerfairies.com/jack-go-bed-noon-fairy/

Publié dans accueil, école-maison, Divers, leçons de choses, Réflexions, sciences | 2 commentaires

Etre maman

Anna Ancher 1859-1935

D’où vient la mère? De quelle source est-elle issue? Comment devient-on mère? Quels flots nous montrent la voie navigable?

Parler de la maternité semble parfois être devenu « gnan-gnan »… Quel dommage! Je n’ai pas envie d’entrer dans ce moule « où l’on se tord la bouche » pour dire, sans dire tout en évitant de nommer afin de ne pas exclure… etc… La maternité a traversé huit fois ma vie:  ce fut, et c’est formidable! Je ne laisserai aucun « mot atténué » mettre de l’ombrage sur cette belle dimension de ma vie!

La maternité est à la fois l’expérience la plus grandiose mais aussi la plus banale que nous connaîtrons. Tout le monde peut être une maman! C’est à la fois le plus beau rôle mais aussi  le plus ingrat car il faut tôt ou tard, après avoir occupé le devant de la scène, se résoudre à être figurant.

Je me souviens de mon premier fils, quand je l’ai tenu dans mes bras fièrement après douze heures de souffrances inimaginablement  concevables avant d’être ressenties… En un clin d’oeil, tout souvenir douloureux était effacé. Il est difficile de trouver un pic de bonheur plus fort sur terre. On aura beau tenter le saut en parachute, le vol en orbite autour de la Terre, la plongée sous-marine dans la barrière de corail, ce sera toujours faible à côté de ce bonheur immense et indescriptible qu’est celui de prendre ce petit humain, autre,  qui logeait en soi, et qui maintenant se découvre à nos yeux…

« Les premières années sont celles des projecteurs solaires. La maman est le centre de son petit monde. C’est au moment où elle est en scène qu’elle doit rayonner et guider. Les petits, les yeux braqués sur l’astre solaire, l’imitent, l’adorent et cherchent à lui plaire… C’est lorsqu’ils sont petits que la mère « doit » parler, dire, guider et non remettre l’enfant seul face à lui-même.

Au fil des ans, la mère prend un rôle de plus en plus discret bien que toujours présent et à l’écoute. Sa parole doit se raréfier. Les enfants connaissent et ont intégré sa pensée. A eux maintenant de prendre plus d’autonomie et de construire leur réflexion. Le jeune a besoin d’écouter un monde plus large et de le découvrir. Si  la mère ne l’a pas guidé avant, il est un peu tard pour commencer . Elle prend , avec le temps, un rôle plus « lunaire », avec un éclat plus doux, plus effacé. Elle demeure là dans l’ombre à l’écoute tel un satellite qui sert de repère. Son rôle n’en est pas moins précieux. Elle assiste à l’éclosion des fleurs qu’elle a cultivées… »

Albert Anker (1831 - 1910) Interieur Bei Lampenschein (32,5 x 23 cm)

Albert Anker

Publié dans accueil, école-maison, Divers, IEF, Instruction formelle, Réflexions | 2 commentaires

Leçon de choses sur le bouton d’or

DSC03462Cette petite fleur des champs se prête à un jeu d’enfant bien connu lors de promenades :on cueille la fleur et on la place sous le menton: « Aimes-tu le beurre? » Le halo jaune qui réfléchit sous le menton incrimine celui qui s’est fait questionner! Nous appelons cette petite fleur « bouton d’or », alors que les allemands la surnomment « fleur de beurre » (Butterblume) et les anglais « bol de beurre » (buttercup).

Mais que sait-on de cette jolie petite fleur qui pousse là où les prés ne sont pas traités? OnElsa Maartman Beskow (1874-1953) la nomme également « renoncule » du latin « ranunculus » petite grenouille, diminutif de « rana » rainette, car plusieurs espèces de renoncule sont aquatiques et constituent le repère idéal des amphibiens ( à noter que leur fleur est blanche). Le bouton d’or est , botaniquement parlant, la renoncule acre : petite fleur jaune brillante et toxique . 

Elle peut atteindre 50 centimètres de hauteur.

Ses racines, blanches et violacées, fixent la plante au sol. Une longue tige creuse, semblable à celle du pissenlit, porte les feuilles et les fleurs. Le calice est constitué de cinq sépales. La corolle comporte cinq pétales. Au coeur de la fleur se dressent les étamines nombreuses et formant une sorte de couronne de pollen qui reste sur nos doigts si on les touche. Lorsque l’on retire les pétales et les sépales, il ne reste que le pistil, constitué de petites boules vertes. En leur centre se trouve la future graine. Elle donne un fruit qu’on appelle l’akène.

Lorsqu’on dissèque la fleur, on remarque que les pétales sont en forme de goutte, et que les sépales forment une étoile. Une fois les étamines retirées, il ne reste que le pistil formé de plusieurs petites boules. La feuille dentelée, rappelle un peu celle du persil.

DSC03476

DSC03478

DSC03486

DSC03473

DSC03482

 schema1Pourquoi la fleur réfléchit-elle sous le menton? La fleur est d’aspect brillante dans le but d’attirer les abeilles afin d’assurer sa reproduction.  Ses pétales concaves concentrent la lumière jaune sur une petite zone.  Les propriétés optiques de ces pétales   réverbèrent le soleil grâce à une couche lipidique sous l’épiderme de ses pétales afin que les abeilles les repèrent facilement. C’est cette couche lipidique qui confère la brillance, presque grasse, des pétales. Grâce à ce phénomène de réflexion,  les abeilles pensent voir le reflet du pollen! Ainsi la brillance des pétales et le réfléchissement des rayons ultra-violets assure la descendance de la fleur.

Des mythes grecques parle du bouton d’or. Ainsi « Ranonculus était un éphèbe, «toujours brillamment vêtu de jaune et de vert, doué d’une voix mélodieuse et charmante». Mais comme tout prince charmant, l’homme cachait un terrible défaut. Il était, comprend-on, atteint du syndrome de Narcisse. Un jour, alors que le bellâtre chantait pour un parterre de nymphes, il se prit d’amour pour sa voix et mourut. Impossible pour Apollon! Le dieu de la Poésie décida alors de le ressusciter sous la forme d’une fleur: la «renoncule». »1

La leçon est en partie tirée du manuels anciens J. Lasalmonie et P. Fournier, Leçons de choses au Cours Élémentaire, Delagrave (1958).

   

Nous avons travaillé à partir d’un petit fichier que j’ai créé pour les plus jeunes.

Pour télécharger le document de travail: Leçon de choses sur le bouton d’or

Bouton d'or 1 bis           Bouton d'or 2

Bouton d'or 3 bis        Bouton d'or 4

DSC03488DSC03489

DSC03492

DSC03491

Publié dans accueil, école-maison, Divers, IEF, Instruction formelle, leçon de choses, sciences | 4 commentaires

Des enfants no logo

Alfred Eisenstaedtal, 1963 Théâtre de Marionnettes Paris

Chaque visage d’enfant sur la photo ci-haut est magnifiquement expressif. Chacun révèle sa personnalité. Il y a les « extravertis » qui crient, qui lèvent le bras, qui expriment une émotion intense; il y a les plus « introvertis » qui retiennent leurs souffle mais dont l’émotion se perçoit dans le regard captivé; il y a celle qui a compris le côté humoristique de la scène et qui  s’esclaffe; il y a le sensible dont le chahut intense des pairs dérange et qui se protège les oreilles mais sans quitter le récit des yeux; il y a le petit, tout en bas à droite, qui délaisse les marionnettes, distrait et intrigué par la caméra: pour lui le plus intéressant se passe en dehors du castelet.

Chacun de ces enfants appréhende le monde à partir de ce qu’il est. Chacun est unique.  Chacun,  pourtant, fait aussi partie d’un tout. Car tous ces enfants ne sont pas seulement uniques et différents, ils forment la foule des spectateurs de ce petit castelet et sans leur présence, leurs cris, leurs applaudissements, le spectacle n’est rien. Le groupe d’enfants devient un tout à travers l’ensemble des qualités expressives de chacun qui assiste au spectacle.

Comment faire l’équilibre entre la part unique et individuelle de l’enfant et l’esprit collectif à développer? Comment reconnaître l’unicité de l’être sans perdre le sens de la communauté? La question se pose…

Dans ma formation pour devenir professeur,  on nous avait mis en garde contre les étiquettes que l’on accolle au front des enfants :celui-ci est paresseux, celui-là est brillant, cet autre est le dernier de la classe… Ces étiquettes qui  individualisent certes mais qui enferment les enfants dans des rôles dans lesquels ils finissent par s’identifier et se conformer. Heureusement, nous entendons de moins en moins ces saubriquets « gratuits ».

 Ils ont été remplacés par d’autres . Et ces étiquettes ne sont plus gratuites, elles coûtent chères en bilans. Un nouveau marché lucratif a fait son chemin pour enfermer, avec la meilleure volonté du monde, des enfants dans d’onéreuses étiquettes. D’ailleurs, à ce prix, ce ne sont plus des étiquettes mais des logos de spécialistes arborés sur le front des enfants. Ainsi, cet enfant est dysorthographique, cet autre est dyscalculique, celui-là dysphasique, dyslexique ou dyspraxique. Et n’omettons par tous les HP, les précoces, les surdoués, les TDA…

Il ne s’agit pas de nier les handicaps ou les facilités des uns ou des autres. Cibler des « profils » peut permettre d’apporter des outils pédagogiques adéquats. Le danger est cependant celui de faire disparaître l’enfant derrière un terme qui l’enferme dans une case dont il ne sortira plus. Les profils et caractéristiques rattachés aux différents diagnostics figent trop souvent l’enfant dans une image attendue. Ainsi, un jeune de dix-sept ans affirmait à son professeur qu’il avait un déficit de l’attention car il était dyslexique et qu’il ne pouvait pas se concentrer dans le cours qu’il suivait, et n’essayait même plus d’ailleurs. Un autre parent d’enfant HP justifiait par son profil les crises de colère violentes de celui-ci en classe…

Ardèche | 1953 |¤ Robert Doisneau | 10 juillet 2015 | Atelier Robert Doisneau | Site officiel

On ne peut nier qu’il existe certains attributs qui se rattachent aux profils des enfants. Le danger est d’excuser l’enfant et de ne plus attendre de lui qu’il se comporte autrement puisque son diagnostic finit par le définir. Or, un enfant doit savoir qu’il est plus qu’une étiquette pédagogique, qu’il peut dépasser ses difficultés ou qu’il n’a pas à s’appuyer uniquement sur ses facilités et qu’il doit également apprendre à travailler. Idéalement, on devrait éviter de parler de ces différents diagnostics devant l’enfant, sans pour autant lui en cacher l’existence,  dans le but profitable de s’empêcher de l’y réduire.

Si nous pouvions détachés des enfants ces logos de spécialistes à qui les bilans profitent , nous élèverions des enfants no logo*…  On attendrait de chaque enfant qu’il travaille bien à partir de ce qu’il peut , peu importe le profil qu’il a; qu’il se comporte bien, peu importe la sensibilité qu’il possède. Car tous gagnent à apprendre à travailler et à respecter les autres.  Nous attendrions la même base de tous les enfants malgré leurs particularités et eux se sentiraient non plus des « cas » à part, mais bien membres d’un tout qu’on appelle l’humanité…

Sweet!

Rain catchers

*Je reprends sciemment le terme du livre (no logo) de Naomi Klein tout en l’utilisant dans un sens différent bien que symptômatique du même procédé qui relève d’une société de surconsommation. L’éducation n’y échappant pas…

Publié dans accueil, école-maison, Divers, IEF, Instruction formelle, Réflexions | 5 commentaires

La pointe du Raz

DSC03318

Parfois, le hasard fait bien les choses. Revenant de la pointe du Raz, je suis tombée sur un texte d’Anatole France qui en traite dans un extrait trouvé au fil des pages du carnet Du vocabulaire à la Rédaction » Livret de l’élève n°1  de David A. Nous venions quelques jours plus tôt d’assister à un coucher de soleil à cet endroit. L’endroit doit être propice à ce type de contemplation vers le plein ouest puisque l’auteur y relate un coucher de soleil dans son livre intitulé  Pierre Nozière.

C’est dans ces moments que l’on sent toute la force des mots lorsqu’ils s’appuient sur une expérience fraîchement vécue. ma fille a lu très attentivement, assez émue, ce poignant passage descriptif dont elle se souvenait parfaitement.

A la baie des Trépassés

Nous approchons du bout de la terre. Nous avons passé la région des genêts et des ajoncs… nous touchons à la pointe du Raz. Déjà, nous découvrons à notre droite, une plage pâle que creuse une mer blanche d’écueils. C’est la baie des Trépassés.

Ici, sur le promontoire qui s’avance entre deux côtes semées d’écueils, finit la terre. Au bout de l’étroit sentier dans lequels nous nous engageons, la mer déferle, et déjà l’embrun nous enveloppe. Devant nous, l’Océan, où le soleil se couche dans un lit de flammes, étend au loin la nappe magnifique de ses eaux, que déchirent, çà et là, les rochers noirs, fleuris d’écume et sur laquelle l’Ile de Sein, sombre et basse, dort au ras des lames.

C’est ici que l’Océan est terrible ; c’est ici qu’il est puissant. Les lames qui brisent à quarante pieds au-dessous de nous couvrent d’écume la falaise et nous jettent au visage leur rosée amère. Après chaque coup de vague, le rocher, de nouveau découvert, répand avec un bruit clair, par toutes ses pentes, des cascades argentées.

A notre gauche, fuit la ligne désolée de la baie d’Audierne jusqu’aux rochers funestes de Penmarch. A droite, la côte hérissée de falaises et d’écueils se courbe pour former la baie des Trépassés. Plus loin, nous voyons luire comme un feu rouge sur le cap de la Chèvre. Plus loin encore, la côte de Brest et les îles d’Ouessant, bleuissant à l’horizon, se confondent avec le bleu léger du ciel.

L’océan et les falaises changent à tout moment d’aspect. Ses lames sont tour à tour blanches, vertes, violettes et les rochers qui, tout à l’heure, faisaient briller leurs veines de mica, sont maintenant d’un noir d’encre. L’ombre vient à grands coups d’ailes. Les dernières gouttes de flamme tombées dans la mer s’éteignent. Une grande lueur orangée marque seule l’endroit où le soleil s’est couché. C’est à peine si nous voyons encore les murs de granit qui, debout ou ruinés, ferment la baie des Trépassés.

Cette heure est d’une tristesse mortelle, et tout ici, le rocher, la lande et la mer, et le sable livide de la baie, tout nous dit la désolation de vivre.

Anatole France

Pour télécharger le document de travail: A la baie des Trépassés

Pointe du raz 1     Pointe du raz 2

Pointe du raz 3   Pointe du raz 4

DSC03377

Publié dans CM1, Divers, Français, IEF | Laisser un commentaire

Leçon de choses sur le vent

The History Of The 20th Century - BBC Archive (part 10)

BBC Archive

Lorsque vous ferez cette leçon de choses, je vous suggère fortement d’attendre un jour de vent. Ils ne manquent pas au printemps! Sortez alors et faites sentir aux enfants le vent ou plutôt l’effet du vent sur eux, sur leurs cheveux, sur leurs vêtements! Observez les arbres pencher leur cime sous son action… L’observation est essentielle pour les leçons de choses.

DSC02376

De retour à la maison, posez la question: « D’où vient le vent? Comment se forme-t-il? » Les enfants savent en général qu’il s’agit de l’air. La leçon formelle permet de mettre un vocabulaire adéquat sur cette impression de « savoir »! C’est une première approche scientifique. La science consiste souvent à observer des phénomènes banals pour lesquels on emploie un langage précis, spécifique, de description. Ainsi, le vent est de l’air. Pour préciser, il faudra rajouter de l’air « en mouvement ». Le vent est ainsi une masse d’air qui se déplace.

Prenez un cahier et agitez-le devant le visage pour sentir l’effet de l’air en mouvement. Gonflez ensuite un ballon et laissez-le expirer l’air qui, sous la pression des parois, produira un déplacement vers l’extérieur. On peut diriger cet air sur un tas de farine ou sur de l’eau dans un bol et observer le déplacement qu’il entraîne.

DSC02384

 Mais comment le vent, qui est un déplacement d’air, se forme-t-il?  Le vent  est produit par les différences de pression atmosphérique engendrées principalement par les différences de température. Il se forme lorsqu’une masse d’air chaud, provenant de l’air chauffé au sol, monte et rencontre une masse d’air froid. L’air chaud étant moins dense, la masse d’air froid cherchera à occuper la place de l’air chaud ce qui produira le déplacement de ce dernier. C’est donc sous l’effet de la température qu’une masse d’air chaud se déplace: par conséquent, ce manque d’air doit être remplacé pour équilibrer la pression. De la même façon que l’air s’échappe d’un ballon pour équilibrer la pression à l’intérieur du ballon avec la pression extérieure. Il serait faux de croire que le ballon se vide complètement d’air. En fait, il se videra jusqu’à ce que l’air restant dans le ballon soit à la même pression que la pression extérieure. A l’échelle de l’atmosphère, le vent est le moyen non pas d’équilibrer mais de tenter d’équilibrer la constante inégalité de pression à la surface de la Terre. En effet, l’équilibre n’est jamais atteint définitivement. Le climat est donc soumis à un régime de vents variables en direction et en intensité, ici pour compenser une dépression, là pour soulager un anticyclone qui est un excès de pression atmosphérique.

DSC02382

D’où vient le vent? Grâce à la girouette, nous comprenons qu’il peut provenir des quatre points cardinaux. Ainsi, selon sa provenance, le vent nous apporte une météo bien différente! A ce stade, sortez un atlas et faites découvrir aux enfants pourquoi le vent du Nord apporte le froid, pourquoi celui d’ouest nous emmène la pluie. Celui d’est, bien qu’aigrelet, n’est (généralement) pas chargé de pluie. Enfin, on le comprend rapidement, le vent du sud est chaud. En hiver, il nous donne une impression de printemps. Les données géographiques de ce billet font références à une géolocalisation en France métropolitaine.

DSC02386

Le vent du Nord, nous provient des terre glacées du Pôle Nord.  Nous l’apprécions en été, lorsque l’air est suffocant! Celui d’Ouest a soufflé au-dessus de cette grosse masse d’eau qu’est l’Océan Atlantique: on comprend mieux qu’il soit chargé de pluie puisque notre côte ouest baigne dans cette vaste mer. Celui du Sud nous arrive des pays d’Afrique où le climat est chaud. Attirons maintenant l’attention des enfants pour leur montrer le trajet du vent d’Est. Il traverse un immense territoire sur le continent. S’il était chargé d’humidité au départ de sa course, il a eu le temps de s’assécher au fil de son trajet quand il nous parvient. c’est pourquoi il n’est pas généralement pas chargé de pluie. Mais comme il nous parvient de Sibérie, il est souvent encore bien aigre en hiver! En été, il peut être sec et brûlant!

Image prise sur le blog La nature en Lorraine

Comment la nature utilise-t-elle le vent? Le vent est bien utile pour disperser les pollens et aider à la reproduction des plantes. Nous ne connaîtrions pas la joie de croquer dans une noisette si le vent ne dispersait pas les pollens des chatons de noisetiers en les emmenant sur les petits bourgeons rouges qui se trouvent un peu plus loin sur les branches. A l’automne, le vent transporte les petits duvets des pissenlits (les aigrettes), porteurs de graine, afin qu’ils essaiment tout autour! Et c’est ainsi pour plusieurs plantes qui sont ainsi aidées par le vent: les personnes allergiques aux pollens savent bien qu’il est des saisons où la nature les dispersent par voie aérienne…

L’utilité du vent aujourd’hui. Les enfants ont certainement vu des moulins à vent, ne serait-ce qu’en illustration. Ils savent que les meuniers utilisaient le vent pour moudre le grain et obtenir de la farine. « Meunier, tu dors, ton moulin, ton moulin bat trop vite…« ! Aujourd’hui encore nous construisons des moulins, certes différents, mais qui utilisent aussi sa force afin de produire de l’électricité: ce sont les éoliennes.

« Eolienne »… d’où vient ce nom? Eole, le dieu du vent dans la mythologie grecque, nous donne droit à un merveilleux récit dans l’Odyssée. On peut en retrouver un extrait fort bien écrit dans le manuel « Une semaine avec… » de Marcel Berry: L’outre d’Eole.

 Les vents portent des noms. Cette habitude nous vient des récits mythiques de l’Antiquité où les phénomènes naturelles était reliés à des dieux. Nous avons mentionné Eole, mais il existait également Borée, Notos, Euros et Zéphyr. Aujourd’hui encore nous avons gardé l’habitude de nommer les vents. Selon leur provenance et la région où ils soufflent les voici devenus en France: tramontane, mistral, suroît,  nordoît, vent d’autan,  foehn, sirocco …

Il y aurait tant à dire encore sur le vent. Mais après une telle leçon, si vous êtes rentrés les oreilles gelées et les joues rougies, une bonne infusion réchauffera tout le monde, pendant que les enfants complèteront en même temps leur cahier .

DSC02390

Cette leçon a été inspirée par des manuels de leçons de choses que l’on peut consulter sur le site de Manuels anciens dans la section Sciences CM-CS.

Girouette parapluie

Publié dans Divers | Laisser un commentaire

Lecture: Le Kon-tiki

Il est des récits vivants qui nous rendent meilleurs après qu’on les a lus. C’est le cas de l’expédition du Kon-Tiki. Thor Heyerdahl est un anthropologue, archéologue et navigateur norvégien qui  entreprit , en 1947, de prouver sa théorie sur le peuplement de la Polynésie par les Indiens péruviens il y a plus de quinze siècles. Il fit donc de l’archéologie expérimentale et entreprit, avec cinq collègues, la traversée de l’océan Pacifique, dans les conditions supposées des gens de cette période, soit sur un radeau! Il pense que les Indiens ont dû dériver grâce aux courants favorables du Pacifique qui les auraient guidés immanquablement dans les îles depuis le Pérou. C’est un pari fou, audacieux, qu’il réussira à prouver après 8000 kilomètres de navigation  en 3 mois et demi. Thor Heyerdahl ne savait pas nager!

Ce récit est passionnant! L’extrait choisi le fut pour la richesse de vocabulaire et l’emploi du passé simple utilisé pour sa narration. Il est extrait d’un manuel ancien.

Sur le Kon-Tiki

En 1947, six jeunes Norvégiens décident de traverser l’Océan Pacifique. Ils pensent, en effet, que des Indiens du Pérou, il y a environ quinze siècles, ont quitté la côté péruvienne sur des radeaux et sont allées peupler les îles de la Polynésie. Ils veulent suivre le même chemin. Construisant un radeau qu’ils nommeront le Kon-Tiki (nom du Dieu-Soleil chez les Indiens) ils quitteront le Pérou et atteindront effectivement les îles Touamotou après un voyage de cent jours, tour à tour dramatique et merveilleux.

1          Dès le premier jour où nous fûmes seuls sur la mer, nous remarquâmes qu’il y avait des poissons autour du radeau, mais nous étions alors trop occupés par la manœuvre de la barre pour songer à pêcher. Le second jour nous entrâmes dans un banc épais de sardine et peu après un requin bleu de huit pieds (2,60 m), roulant sur lui-même, mit en l’air son ventre blanc et vont se frotter contre l’arrière du radeau où Herman et Beng, leurs pieds nus dans l’eau, étaient à la barre. Il joua un moment autour de nous, mais disparut quand nous nous approchâmes le harpon à la main.

2          Le lendemain nous reçûmes la visite de thons, de bonites et de dorades. Un grand poisson volant étant tombé à bord avec un bruit mat, nous l’employâmes comme appât et prîmes aussitôt deux grosses dorades pesant dix à quinze kilos pièce. Nous avions à manger pour plusieurs jours. Pendant nos quarts nous pouvions voir des quantités de poissons que nous ne connaissions même pas et un jour nous nous trouvâmes au milieu d’un important banc de marsouins, qui ne semblait jamais prendre fin. Les dos noirs roulaient, se tassaient les uns près des autres le long du radeau et, si loin que nous puissions voir de la tête du mât, ils surgissaient çà et là sur toute l’étendue de la mer.

3          Plus nous approchions de l’équateur, en nous éloignant de la côte, plus les poissons volants devenaient fréquents. Arrivés enfin dans les eaux bleues où la mer, calme et ensoleillée, se déroulait majestueusement, à peine frisée par de légères bouffées de vent, nous les vîmes briller comme une pluie de fusées qui jaillissaient de l’eau et volaient en ligne droite jusqu’au moment où, leur puissance de vol épuisée, ils disparaissaient sous la surface des flots.

4          Si la nuit nous sortions la petite lampe à pétrole, des poissons volants de toutes tailles, attirés par la lumière, se précipitaient au-dessus du radeau. Ils se heurtaient souvent contre la cabine de bambou ou la voile et tombaient sur le pont, tout perdus. Ne pouvant prendre l’élan qu’en nageant, ils gigotaient impuissants…

Un riche fonds de mets délicieux nous arrivait ainsi par la voie des airs. Le poisson remplaçait le poulet rôti. Nous les faisions frire pour le petit déjeuner.

Thor Heyerdahl

      Kon tiki a  Kon tiki b

Pour télécharger le document de travail: Sur le Kon Tiki Lecture CM1

Pour pousser plus loin, je me suis procuré les livres sur le sujet. Il existe dans la vieille édition Idéal bibliothèque « L’expédition du Kon Tiki » de Thor Heyerdhal. Je choisis sciemment une vieille édition afin de m’assurer de la richesse de la langue. La version jeunesse de 200 pages est bien adaptée pour les enfants du CM1. Quant à ma collégienne, je lui ai choisi la version de poche qui est le  récit complet.

   

On peut trouver sur Youtube des reportages sur le sujet.

Je ne saurais passer sous silence l’excellent film biographique qui porte sur le Kon Tiki! Pour les âmes sensibles, à part une scène « saignante » avec un requin , le reste du film (pour mémoire) peut être vu en famille.

 

 

Publié dans accueil, école-maison, CM1, Divers, Français, français 4e, IEF, Instruction formelle | 8 commentaires