L’équilibre

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Paul Klee 1923

Enseigner à ses enfants est à chaque fois – et avec chacun – une traversée de funambule sur un fil de fer. Combien nous faut-il de douceur et de calme pour accompagner nos enfants… C’est le pied qui glisse le long du câble et dont le pas forme une caresse. Nos enfants ont besoin de cette douceur quotidienne. Mais combien nous faut-il aussi d’audace, de force et d’assurance pour mener la traversée. Il nous faut tirer la marmaille vers la rive sûre et cela demande d’oser les diriger!

Tout est question d’équilibre.

Trop de rigidité crispe la classe, trop de mansuétude de notre part inhibe les efforts ainsi que la motivation à se mettre au travail et tout va à vau-l’eau! Nous penchons régulièrement d’un côté ou de l’autre et à chaque fois nous devons rééquilibrer la direction… C’est une démarche délicate qui requiert  de la sagacité, de la générosité et surtout de fuir les idéologies qui nous enferment dans des certitudes parfois néfastes…

Il n’y a pas de secret… Les enfants ont besoin d’encadrement et d’encouragements remplis de bonté et de clémence mais qui ne cède rien à  l’exigence pour accomplir la traversée vers l’âge adulte.

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Le Noël de Minet-Chérie

Beskow decembre

Dans la maison, chaque matin, nous sentons que Noël se rapproche. Le sapin trône au salon, la crèche est sur le buffet et le calendrier de l’Avent voit ses portes s’ouvrir chaque matin, recelant sa petite surprise à déguster. Nous travaillons près du poêle à bois et nous prenons moult infusions pour nous réchauffer. Car il ne fait pas chaud par Toutatis comme dirait notre ami Astérix!

Nous dégustons ce matin un texte de Colette sur ses Noël avec sa mère Sido du temps de son enfance. J’aime le dépouillement du Noël qu’elle décrit et qui nous fait sentir que la joie et la tendresse se situent bien au-delà du faste de la consommation. Vous pouvez retrouvez ce texte dans le manuel de Souché CM2 La lecture nouvelle et le français, sur le site Manuels anciens.

Mes Noëls d’enfant

Il vous paraîtra étrange que mes Noël d’enfant – là-bas on dit « Nouël » – aient été privés du sapin frais coupé, de ses fruits de sucre, de ses petites flammes. Mais ne m’en plaignez pas trop, notre nuit du vingt-quatre était quand même une nuit de célébration, à notre silencieuse manière.

Il était bien rare que Sido, n’eût pas trouvé dans le jardin, vivaces, épanouies sous la neige, les fleurs de l’ellébore que nous appelons rose de Noël.

En bouquet au centre de la table, leurs boutons clos, ovales, violentés par la chaleur du beau feu, s’ouvraient avec une saccade mécanique qui étonnait les chats et que je guettais comme eux.

Nous n’avions ni boudin noir, ni boudin blanc, ni dinde aux marrons, mais les marrons

seulement, bouillis et rôtis, et le chef-d’œuvre de Sido, un pudding blanc, clouté de trois espèces de raisins – Smyrne, Malaga, Corinthe – truffé de melon confit, de cédrat en lamelles, d’oranges en petits dés.

Puis, comme il nous était loisible de veiller, la fête se prolongeait en veillée calme, au

chuchotement des journaux froissés, des pages tournées, du feu sur lequel nous jetions quelque élagage  vert et une poignée de gros sel qui crépitait et flambait vert sur la braise.

Quoi, rien de plus ? Non rien. Aucun de nous ne souhaitait davantage, ne se plaignait

d’avoir trop peu. Le sifflant hiver assiégeait les persiennes. La grosse bouilloire de cuivre, assise dans les cendres, et les cruchons de terre qu’elle allait remplir, nous promettaient des lits chauds dans les chambres froides.

Maman, je ne veux pas me coucher ! Je veux veiller toute la nuit, toutes les nuits !

   –      A ton gré, Minet-Chéri… Voilà le jour. Tu vois, la neige devient bleue entre les lames des persiennes.

 -Tu n’entends pas que les poules chantent ?

                       Je croyais veiller encore. C’est que, surprise par l’heure tardive, je dormais déjà, la tête  sur mes bras pliés, mes tresses au long de mes joues comme deux couleuvres gardiennes .

Colette

Tasha Tudor. Feeding the birds; a daily activity for some of us, winter &…

 

Pour télécharger le texte et le document de travail:    Mes Noëls d’enfant Colette

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e Story

Voilà un joli site en anglais que je vous invite à découvrir pour deux raisons. La première, c’est que ce site, dans la langue de Shakespeare, peut servir de base en anglais au collège. Plutôt que d’étudier des textes de manuels d’études qui portent malheureusement souvent sur des thèmes racoleurs pour les adolescents, dans ce site on peut trouver matière à s’instruire à partir de quelques lignes intelligentes. Les événements sont placés sous la forme d’une ligne de temps et les textes sont sciemment brefs. C’est le format idéal pour faire de la compréhension de texte pour un élève débutant en anglais. Ni trop long, ni trop facile.

e Story

http://estory.io/timeline?value=1Wed9L&id_timeline=220

La deuxième raison, c’est que le co-administrateur du site est un de mes fils. Il gère le site à ses heures perdues. Il travaille à temps plein à côté. On se demande souvent ce que deviennent ceux qui ont grandi avec l’IEF. Je trouve que son « passe-temps »  illustre on ne peut mieux l’un des grands objectifs qu’a été sa scolarisation à domicile: cultiver la soif du savoir. On ne peut (heureusement!) limiter cette soif à ceux qui font l’IEF, puisque l’ami qui a créé le site, provient, lui, du système scolaire. Mais je me réjouis que son parcours atypique ait, dans son cas, nourri cette soif d’apprendre sans cesse!

e Story Napo

http://estory.io/timeline?value=9ZPQEl&id_timeline=166

Ce qui m’intéresse également dans le site c’est qu’il me rappelle d’une certaine manière  les leçons de choses qui me sont si chères! e Story ne recense pas seulement les grands événements historiques qui ont une importance majeure, il s’attarde aussi à l’histoire de toutes ces inventions ou phénomènes plus mineurs, tels  que l’invention du trampoline, des échecs ou des Playmobils par exemple!

s story Chess

http://estory.io/timeline?value=4lr2Nl&id_timeline=244

e Story Playmo

http://estory.io/timeline?value=1lXY9L&id_timeline=256

Dans la colonne de droite, vous avez à chaque fois des suggestions de films, de livres ou d’articles en lien avec le sujet. Le site est tout jeune et foisonne déjà de bons sujets! On peut imaginer la ressource qu’il sera appelé à offrir à ceux qui, néophytes, désirent s’informer et situer un événement.

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A méditer

Un ami a fait circuler sur son mur Facebook un article tiré du journal Le Devoir (quotidien québécois) autour de la figure de l’enseignant. Une réflexion totalement à contre-courant qui place ce dernier dans un rôle autre que de simple « accompagnateur » ou « guide » tel que conçu dans le courant  « socioconstructiviste ». Il s’appuie sur une lettre de Camus recevant le prix Nobel à l’âge de 40 ans qui adressait toute sa gratitude à son enseignant d’autrefois. A lire et méditer tant pour l’école que pour le parent éducateur en IEF…

En 1957, donc trois ans avant sa mort, Camus reçut le prix Nobel de littérature alors qu’il n’avait que 43 ans. Dans une lettre magnifique, l’écrivain reconnaît qu’après sa mère, la première personne à qui il a pensé en gagnant ce prix fut son ancien instituteur : « une occasion de vous dire […] que vos efforts, votre travail et le coeur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève. » Alors que Camus était un enfant provenant d’une famille pauvre, M. Germain lui a tendu la main et l’a aidé d’une manière incommensurable en le perfectionnant après les cours pour que le futur écrivain s’inscrive au lycée. Sans les efforts de M. Germain, le parcours de Camus aurait été complètement différent.

 L’étrangeté de M. Germain

Dans son premier roman, L’étranger, Camus décrivait un homme étranger à sa société, qui ne pleure pas la mort de sa mère. Dans les pages de son dernier manuscrit, Camus y trace le portrait d’un instituteur qui serait étranger à l’école actuelle. La méthode de M. Germain était de ne rien céder sur la conduite tout en rendant la matière vivante et amusante. Les coups de règle en guise de punition faisaient partie de ses manières de faire et la lecture prenait une place toute particulière dans son enseignement.

Un bon jour, M. Germain faisait la lecture d’une histoire à la classe et, à la fin du récit, le jeune Camus était en larmes. Devant une réaction aussi forte de l’élève, le maître décida de lui donner le livre. Devant ce cadeau, la réaction du jeune Camus : « C’est trop beau. » Camus se sent quasi indigne de ce cadeau, car pour lui, le livre a une si grande valeur qu’il ne le mérite pas. À sa classe de milieu modeste et à Camus en particulier, M. Germain fait le plus beau des cadeaux, soit celui de la culture.

 À notre époque, et la tendance en ce sens se concrétisera sans doute dans les prochaines années, les nouvelles méthodes pédagogiques d’inspiration socioconstructiviste visent à effacer la figure du maître pour la remplacer par un accompagnateur ou un guide. Il s’agirait de ne plus gaver les élèves par un enseignement magistral et unilatéral, mais plutôt de rompre la dissymétrie entre l’élève et l’enseignant afin que l’« apprenant » découvre le monde par lui-même. Une telle conception de l’école se réclame de la démocratie et d’un rapport plus égalitaire entre l’enseignant et l’élève. Or ces méthodes n’ont pas le monopole de la démocratie et de l’égalitarisme. Pour M. Germain, l’égalité, c’est l’accès à la culture pour tous. Mais au-delà de cette différence dans la conception de l’égalité, l’étrangeté de M. Germain réside dans l’exotisme qui était au centre de son enseignement.

Pour lire la suite de l’article

 

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Lecture vers Noël CE2-CM1

DSC01479Quand arrive décembre, les jours commencent à sentir la cannelle, l’écorce d’orange et le chocolat. Le froid se fait pénétrant et parfois la neige vient enjoliver les paysages. Noël,  indéniablement, approche… Les textes de lecture de nos matins prennent une coloration différente. Je mets l’accent sur ceux qui invitent à prendre conscience de la souffrance humaine. Pourquoi en ce temps de joie et de lumière parler des gens qui souffrent? Pour ouvrir et toucher le cœur des enfants. Les enfants ont tôt fait de comprendre qu’à Noël on reçoit, mais il leur faut également comprendre que l’on donne. Il faut apprendre aux enfants à partager, à compatir, à voir ceux qui les entourent.

Si vous êtes un habitué des manuels scolaires anciens vous avez croisé Ernest Pérochon dont on donnait régulièrement des extraits tirés bien souvent de Nêne, son roman qui reçut le prix Goncourt. Il relate dans ses récits son amour des humbles, « les cherche-pain », dans son Bocage natal du début du xxe siècle. (les Deux-Sèvres). On entend à nouveau son nom par le biais du film « Les gardiennes » sorti en salle les derniers jours. Le film de Xavier Beauvois est tiré du roman du même nom d’Ernest Pérochon écrit en 1924.

Ernest Pérochon, ancien instituteur, a aussi écrit des manuels scolaires, lesquels étaient souvent illustrés par ce géant du dessin Ray Lambert. Le texte que je vous partage ce matin est celui qui a occupé notre première semaine de décembre. Il s’agit d’un conte en six parties de Pérochon tiré du manuel « Contes des cent un matins » que l’on peut retrouver sur le site Manuels anciens. C’est un joli conte qui dépeint la grande générosité d’un petit vieux et d’une petite vieille de condition modeste. Les enfants sont rapidement touchés par les deux héros.

                            LA FÊTE CHEZ LE PETIT VIEUX ET LA PETITE VIEILLE

Pérochon le petit vieux
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Il y avait un petit vieux et une petite vieille qui habitaient dans une petite maison.
Ils avaient été, toute leur vie, si charitables, ils avaient tant de fois secouru les malheureux, qu’ils étaient devenus eux-mêmes très pauvres.
Ils ne possédaient plus que leur petite maison très vieille, un petit âne très vieux dans une petite écurie, une petite miche dans le buffet, une petite bûche dans le bûcher et un petit bout de chandelle dans le chandelier. Ah ! J’allais l’oublier ! Ils avaient aussi trois gouttes de pétrole au fond d’une lampe. Malgré leur pauvreté, ils étaient restés très gais. Tant que durèrent les beaux jours, ils ne se trouvèrent pas à plaindre. Mais, après la Toussaint, les jours devinrent courts et les premiers froids se firent sentir.
Un soir — c’était le 3 novembre, — il faisait noir dans la maison et il y faisait froid. Le petit vieux, qui avait de mauvais yeux, aurait voulu de la lumière pour lire son journal. La petite vieille, qui était frileuse, aurait voulu du feu. Le petit vieux, en marchant pour se réchauffer, donna du nez contre la pendule. Il dit :
« Bonne femme ! Allume ta lampe ! »
Mais la petite vieille lui mit ses doigts glacés dans le cou, ce qui le fit sursauter ; et elle dit, à son tour : « Allume ton feu, petit vieux ! » Mais ils ne voulaient allumer ni feu ni lumière, afin de ménager leur petite bûche et leurs trois gouttes de pétrole. Alors ils furent un peu tristes et allèrent se coucher.

Pour découvrir les autres textes qui complètent le récit et découvrir le travail relié cliquez sur le lien:

LA FÊTE CHEZ LE PETIT VIEUX ET LA PETITE VIEILLE Pérochon

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La chasse à Tarascon

TartarinAlphonse Daudet est un auteur savoureux à faire connaître aux enfants. Son humour dans Tartarin de Tarascon initie merveilleusement bien les enfants au décryptage des caractères humains. Il faut dire que l’auteur se paie la tête de ses personnages avec beaucoup de tendresse…

La chasse à Tarascon

1          Tous les dimanches matin, Tarascon prend les armes et sort de ses murs, le sac au dos, le fusil à l’épaule, avec un tremblement de chiens, de furets, de trompes, de cors de chasse. C’est superbe à voir… Par malheur, le gibier manque, il manque absolument.

Si bêtes que soient les bêtes, vous pensez bien qu’à la longue elles ont fini par se méfier.

À cinq lieues autour de Tarascon, les terriers sont vides, les nids abandonnés. Pas un merle, pas une caille, pas le moindre lapereau, pas le plus petit cul-blanc.

Elles sont cependant bien tentantes, ces jolies collinettes tarasconnaises, toutes parfumées de myrte, de lavande, de romarin ; et ces beaux raisins muscats gonflés de sucre, qui s’échelonnent au bord du Rhône, sont diablement appétissants aussi…

2          Oui, mais il y a Tarascon derrière, et, dans le petit monde du poil et de la plume, Tarascon est très mal noté. Les oiseaux de passage eux-mêmes l’ont marqué d’une grande croix sur leurs feuilles de route, et quand les canards sauvages, descendant vers la Camargue en longs triangles, aperçoivent de loin les clochers de la ville, celui qui est en tête se met à crier bien fort : “Voilà Tarascon !… voilà Tarascon !” et toute la bande fait un crochet.

Bref, en fait de gibier, il ne reste plus dans le pays qu’un vieux coquin de lièvre, échappé comme par miracle aux septembrisades tarasconnaises et qui s’entête à vivre là ! à Tarascon, ce lièvre est très connu. On lui a donné un nom.

Il s’appelle le Rapide. On sait qu’il a son gîte dans la terre de M. Bompard – ce qui, par parenthèse, a doublé et même triplé le prix de cette terre – mais on n’a pas encore pu l’atteindre.

3          À l’heure qu’il est même, il n’y a plus que deux ou trois enragés qui s’acharnent après lui.

Les autres en ont fait leur deuil, et le Rapide est passé depuis longtemps à l’état de superstition locale, bien que le Tarasconnais soit très peu superstitieux de sa nature et qu’il mange des hirondelles en salmis, quand il en trouve.

Ah ça ! me direz-vous, puisque le gibier est si rare à Tarascon, qu’est-ce que les chasseurs tarasconnais font donc tous les dimanches ?

Ce qu’ils font ?

Eh mon Dieu ! ils s’en vont en pleine campagne à deux ou trois lieues de la ville.

4          Ils se réunissent par petits groupes de cinq ou six, s’allongent tranquillement a l’ombre d’un puits, d’un vieux mur, d’un olivier, tirent de leurs carniers un bon morceau de bœuf en daube, des oignons crus, un saucisson, quelques anchois, et commencent un déjeuner interminable, arrosé d’un de ces jolis vins du Rhône qui font rire et qui font chanter.

Après quoi, quand on est bien lesté, on se lève, on siffle les chiens, on arme les fusils, et on se met en chasse. C’est-à-dire que chacun de ces messieurs prend sa casquette, la jette en l’air de toutes ses forces et la tire au vol avec du cinq, du six ou du deux – selon les conventions.

Celui qui met le plus souvent dans sa casquette est proclamé roi de la chasse, et rentre le soir en triomphateur à Tarascon, la casquette criblée au bout du fusil, au milieu des aboiements et des fanfares.

Inutile de vous dire qu’il se fait dans la ville un grand commerce de casquettes de chasse. Il y a même des chapeliers qui vendent des casquettes trouées et déchirées d’avance à l’usage des maladroits.

Alphonse Daudet

Pour télécharger le document de travail    La chasse à Tarascon

Tartarin CM1 1   Tartarin CM1 2

Tarascon 3 bis Tarascon 4

 

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Novembre

Novembre

Le froid de la saison grise s’est infiltré. Nous voilà l’envie de rentrer dans nos maisons et de vivre à l’abri du vent, de la pluie qui sévissent dehors en arrachant les dernières feuilles qui s’accrochent aux branches tant qu’elles peuvent.  Ce temps en classe maison est loin d’être triste. C’est, je m’en confesse, une de mes parties préférées de l’année en terme de temps scolaire. Nous travaillons tellement bien à cette période  et sans stress! Les enfants sont maintenant sortis de l’été et   sont « rodés ». L’année scolaire est encore bien jeune : nous disposons de tout notre temps! Le temps n’est donc pas triste du tout, il est chaleureux dans l’âtre de la maison!

C’est le temps idéal pour bien travailler les différentes matières avec application. C’est le temps idéal pour lire ensemble, pour jouer à des jeux de société , pour faire du dessin, de la peinture et du bricolage, pour réaliser des travaux manuels.

Sortons les tasses pour les infusions qui réchauffent l’atmosphère!

Et… n’oublions pas toutefois que nos enfants ont aussi besoin d’aller dehors au moins une heure par jour. Alors, ne manquons pas de courage, sortons les vêtements chauds, les imperméables, les parapluies et aérons-nous!

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Le travail scolaire

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Albert Anker

Comment insuffler le désir d’accomplir son travail scolaire à notre enfant? Comment lui expliquer  qu’il peut réellement être satisfait  quand il a accompli son travail? Mieux qu’un témoignage, laissons Victor Hugo s’exprimer sur ce sujet. Ce texte est tiré du manuel scolaire « Bien agir » cours élémentaire de Dirand et Blanc, que vous pouvez consulter sur le site Manuels anciens. Ces mots sont particulièrement touchants (bien que dits dans un contexte suranné que le lecteur saura remettre dans le contexte du 19 e siècle)  et la démarche généreuse de l’auteur est poignante.

A l’occasion d’un séjour chez l’un de ses amis à Veules, près de Valéry-en-Caux, Victor Hugo donne un banquet aux cent petits enfants les plus pauvres de la commune. Tous ont reçu un billet pour une tombola qui suivra le repas et tous les billets gagneront.

Victor Hugo arrive à l’hôtel où doit avoir lieu le banquet. Après l’exécution de la Marseillaise, le Maire adresse au poète les remerciements qui sont dans tous les cœurs et l’instituteur les hommages et les vœux des enfants.

Victor Hugo prononce à son tour les paroles que vous allez lire et que vous devriez apprendre par cœur pour ne pas les oublier.

Mes chers enfants

Vous êtes petits, vous êtes gais, vous riez, vous jouez, c’est l’âge heureux. Eh bien, voulez-vous – je ne dis pas être toujours heureux, vous verrez plus tard que ce n’est pas facile, – mais voulez-vous n’être jamais tout à fait malheureux? Il ne faut pour cela que deux choses très simples: aimer et travailler.

Aimez bien qui aime; aimez aujourd’hui vos parents, aimez votre mère; ce qui vous apprendra doucement à aimer votre patrie, à aimer la France, notre mère à tous.

Et puis, travaillez. pour le présent, vous travaillez à vous instruire, à devenir des hommes, et, quand vous avez bien travaillé et que vous avez contenté vos maîtres, est-ce que vous n’êtes pas plus légers, plus dispos? Est-ce que vous ne jouez pas avec plus d’entrain? C’est toujours ainsi; travaillez et vous aurez la conscience satisfaite.

Quand la conscience est satisfaite, et que le cœur est content, on ne peut pas être entièrement malheureux.

Pour le moment, mes chers petits convives, ne pensons qu’à nous réjouir d’être ensemble, et faites, je vous pris, honneur à mon déjeuner de tout votre appétit. je désire que vous soyez seulement aussi contents d’être avec moi que je suis heureux d’être avec vous.

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Une année dans les bois

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Je crois profondément au contact de la nature avec les enfants. C’est une dimension fondamentale dans leur éducation. A travers nos leçons de choses, nous tentons d’observer l’environnement naturel qui nous entoure et d’y ajouter des connaissances afin de mieux la comprendre. La planète va mal, certes, mais nos enfants ont le droit de grandir dans l’émerveillement des beautés qu’elle recèle! Apprendre à aimer la nature leur permettra  d’avoir le souci, peut-être, de la préserver.

Je crois qu’il est important de les mettre en contact avec des textes de littérature qui chante la beauté du monde. J’ai mis la main durant les vacances de la Toussaint sur un petit album aux éditions Plume de carotte intitulé Une année dans les bois de Giovanni Manna. Il retrace succinctement  l’œuvre du philosophe anarchiste  américain Henry David Thoreau (Walden ou la Vie dans les bois) qui passa en réalité deux ans dans la forêt  au dix-neuvième siècle.

Tant par les images que par le texte, le livre offre une belle occasion de goûter à la nature.

« Je suis allé vivre dans les bois car je souhaitais vivre en pleine conscience, n’affrontant que les éléments essentiels de la vie, voir si je pouvais apprendre ce qu’elle avait à m’enseigner et non découvrir à l’heure de ma mort, que je n’avais pas vécu. Je ne souhaitais pas vivre ce qui n’était pas la vie, car vivre est trop précieux; je ne voulais pas non plus pratiquer la résignation, à moins d’y être absolument obligé.

Je voulais vivre profondément, sucer la vie jusqu’à la moelle, vivre avec hardiesse et sobriété pour bannir tout ce qui n’était pas la vie, tailler largement, couper à ras, acculer la vie et la réduire à sa plus simple expression; si elle se révélait mesquine, accepter alors toute cette authentique mesquinerie et l’afficher à la face du monde; ou, si elle était sublime, en faire l’expérience et être capable d’en rendre compte lors de ma prochaine excursion. »

On peut feuilleter le livre ici.

Une année dans les bois

 

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Leçon de choses sur la carotte

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N’y a-t-il pas plus commun que la carotte sur nos tables? Ce légume si près de nous a pourtant une histoire peu commune! Ce tubercule tel que nous le connaissons et qui fut longtemps à l’état sauvage, nous provient de croisements entre une variété de nos sols et d’une variété d’Asie Centrale. L’histoire de la daucus carota  est compliquée. Son nom générique a longtemps été pastenade et englobait tout autant la carotte que le panais, la mauve ou le chervis. Les carottes que l’on retrouve en Europe, de l’antiquité au XIIe siècle, sont plutôt des racines blanches plus ou moins charnues, parfois même franchement grêles que l’on cuit à différents usages. C’est l’aliment du peuple.

Une variété différente , domestiquée et aux couleurs vives (jaunes ou violettes), fait son entrée en Europe à travers les échanges avec le Moyen-Orient. Cette nouvelle variété sera croisée aux anciennes. Mais elle peinera à s’imposer dans la gastronomie car, comme le dit  La Quintinie, agronome de Louis XIV, les rouges  « tâchent le bouillon« . On leur préfère donc les blanches et les jaunes. La carotte orange fait son apparition en Hollande au XVIIe siècle après maintes sélections naturelles. Curieusement, ce sont les tableaux de natures mortes flamandes -où figuraient des carottes oranges- qui en firent  la promotion en Europe. Ce fut en quelque sorte la pub involontaire de l’époque. Mais ce n’est qu’en « 1830 que les sélectionneurs parviennent à obtenir les carottes  oranges bien cylindriques telles que nous les connaissons aujourd’hui. »  *

Le Christ chez Marthe et Marie

Jos Goeimar, « Le Christ chez Marthe et Marie », 1600

La carotte est une plante bisannuelle. La première année la racine  gonfle et produit le tubercule que l’on connaît rempli de réserves de sucre. Si on ne la cueille pas, la plante fleurira l’année suivante. Des ombelles blanches se nourriront des réserves de la racine. C’est durant la deuxième année que  les graines de reproduction se formeront.

Nous trouvons encore de nos jours la fleur de carotte, et si nous la déracinons, nous  tombons sur une carotte blanche en guise de racine. Elle sert de plante fourragère.

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 On confond parfois ses fleurs avec la cigüe, plante hautement toxique et dont on se souvient grâce à Socrate…Sur les photos ci-dessous, la fleur de carotte est à gauche,  alors que la cigüe est à droite. La fleur de carotte a, sous l’ombelle,  de nombreuses et très  fines feuilles divisées vers la base, qui ressemblent un peu  à des brins d’herbe. Lorsque la fleur vieillit l’ombelle se replie et semble former une cage. Elle sèchera sur pied et sera un réservoir à graines. Ces graines sont poilues et s’accrochent à la fourrure des animaux, permettant ainsi la dispersion des graines.

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Nous avons pris des fleurs de carotte sauvages, des carottes de notre potager et du marché. Nous avons fait des coupes longitudinales et transversales de ces légumes afin de les observer plus finement et d’en tirer des schémas. On distingue la peau, la chair et le cœur. La tête est ornée un collet de feuilles.

Plusieurs anciens manuels de leçons de choses offrent une étude sur la carotte. On peut en trouver une dans le manuel de R. Jolly Au fil des saisons, également dans le manuel  Orieux et Evaraere, Leçons de choses Cours Moyen ou encore dans celui de Godier, Moreau, Leçons de choses CM1  .On peut retrouver tous ces manuels sur le site Manuels anciens. Les images ci-dessous proviennent du manuel de Godier.

            

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*Voir « Cueillettes Sauvages » de Bernard Bertrand, Collection Terra curiosa, page 76.

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