Les maths, ça sert à quoi?

Pour compléter l’article Les maths autour de nous  une amie m’a partagée une affiche sur ce thème et accrédité à l’Université de Rouen.

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Les maths autour de nous

Cette année, je m’appuie sur les fichiers de Catherine Huby, Mathématiques CM2, pour faire travailler les mathématiques à ma plus jeune. Ce fichier s’inspire du manuel Calcul Quotidien, CM2, édition 196o, de G. Bodard et H. Bréjaud, édité chez Nathanque l’on retrouve sur le blog Manuels anciens.  Ce que j’apprécie toujours chez Catherine Huby c’est la simplicité des outils qu’elle propose. On y trouve l’essentiel: des notions nouvelles à travailler, des réinvestissements de notions déjà vues et une base de calcul mental à chaque fois, ce qui permet de développer des automatismes précieux pour le collège. De plus, les exemples sur lesquels elle s’appuie sont toujours tirés, ou du quotidien avec des objets que l’élève retrouve autour de lui, ou sur des notions culturelles propres à l’âge des élèves. Le dosage du travail demandé nous convient, ni trop peu, ni trop abondant.

Pour faire sentir à l’enfant combien les mathématiques ne sont pas « des notions qui ne nous servent pas dans la vie », il est important de les intégrer au monde qui l’entoure ou aux informations qu’il sera amené à croiser, notamment, au fil de ses lectures documentaires ou de ses promenades. Il existe un site mathématiques fort intéressant de ce point de vue qui s’intitule: M@ths  en-vie

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Tiré du blog M@ths en-vie

Un blog prévu pour l’enseignement à l’école mais qui s’insère parfaitement dans la démarche d’école maison. On y recense plusieurs idées très concrètes du quotidien afin de faire « vivre » les mathématiques! On y donne des tas d’idées afin d’explorer les ressources qui nous entourent et de bien appliquer les notions.

Image tiré du blog M@ths en-vie

Une idée de « balade mathématique » y est suggérée afin de repérer à l’extérieur tout ce qui concoure à faire prendre conscience que les notions mathématiques font parties de nos vies qu’elles soient de l’ordre de la géométrie ou du domaine des nombres, des quantités ou des mesures. Un lien sur un blog, celui de Nicolas Pinel , permet d’avoir une idées des merveilleuses perspectives qu’offrent ces balades et comment les organiser afin de cibler en amont ce que l’on cherche à leur faire observer.

Je trouve que ces deux approches – celle du fichier de Bienvenue chez les p’tits et M@ths en-vie – se complètent très bien. Et ce n’est sûrement pas un hasard, quand on sait la source d’inspiration qu’a été Freinet dans le parcours de Catherine Huby . Freinet s’appuyait beaucoup sur l’environnement de l’enfant et a été le précurseur des classes-promenades. Avoir des outils et des méthodes plus formelles n’empêche nullement de recourir à des formes plus vivantes afin d’aborder les notions. Au contraire, ces outils viennent parfaitement appuyer la démarche.

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Apprivoiser les maths

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Image prise sur le blog Manuels anciens

Je me souviens que lorsque j’étais formée à devenir enseignante, un de nos professeurs de didactique des mathématiques avait posé la question: « Qui est bon en mathématique ici? ». Lorsque certaines mains se sont levées, il leur adressa les mots suivants: « Vous serez de mauvais professeurs de mathématique car les notions sont trop évidentes pour vous. Vous ne verrez pas comment les expliquer. »

Je n’avais pas levé la main, car je suis plutôt littéraire. Je comprends ce que ce professeur a voulu dire. Il est vrai que j’ai développé certaines méthodes assez imagées pour expliquer cette matière. Je vois ce qui fait problème et je peux trouver des stratégies pour mieux atteindre la cible. Mais… l’expérience m’a appris les limites de cette affirmation. Si je suis assez habile à mettre en place des stratégies pour transmettre les notions, je trouve que mon absence d’enthousiasme pèche. Je remarque que les parents « matheux » (dont mon mari) donne davantage le goût des mathématiques. Or, la passion compte pour beaucoup dans la transmission!

Je n’ai jamais été mauvaise ou en échec en maths, mais j’ai un certain blocage devant le raisonnement essentiel qu’il implique. Si j’ai pu me débrouiller sans trop de casse jusqu’à la fin de mes études , je n’aurais toutefois pas fait  math sup’ ! J’ai certains handicaps de méthode dès que l’on s’éloigne des fondamentaux. Pire, je pense que je raisonne mal  mathématiquement parlant. J’arrive souvent à la bonne réponse mais après des suées et des chemins tordus qui me laissent comprendre combien mon approche est fragile.

comment apprendre les mathsQu’à cela ne tienne! On peut s’améliorer. J’ai découvert un livre qui me réconcilie avec les mathématiques, soit celui de Denis Guedj, Les mathématiques expliquées à mes filles, Seuil, 2008. (Je précise que ce livre est pour les débutants! Denis Guedj a écrit un roman bien plus célèbre et plus poussé sur les mathématiques, Le théorème du perroquet, Seuil, 2000). Son livre de 2008 est aussi écrit tel un roman, ce qui permet aux littéraires d’enfin comprendre ce à quoi riment les mathématiques. Il développe plusieurs idées fondamentales , telles que les nombres, le raisonnement, la démonstration, les théorèmes, les notions d’égalité et d’identité, le plan cartésien ou les équations.

Le livre comprend sept chapitres, couvrant les thèmes suivants :

  • la nature des mathématiques;
  • les nombres;
  • la géométrie;
  • l’algèbre;
  • la géométrie analytique;
  • les problèmes;
  • le raisonnement mathématique.

J’ai été conquise dès la première page alors que d’entrée de jeu il se lance dans des étymologies. Afin de vous donner un aperçu, je vous laisse sur quelques extraits :

–  » Qu’est ce que cela veut dire « expliquer » ? demanda Lola

– Tu commences fort ! Plicare, « plier » en latin, explicare, « déplier », mais cela veut dire aussi complexe et perplexe. Quand on est perplexe devant quelque chose de complexe, on cherche une explication. Et l’explication, en dépliant ce qui est plié et embrouillé, va le rendre plus clair. Même racine que plexus, oui, le nœud que tu as là, au creux de la poitrine et qui te fait si mal quand tu es stressée. Expliquer, c’est dénouer le nœud. Après l’explication, tout devient plus clair dans l’esprit, voilà pourquoi on dit qu’une explication « éclaire ». C’est le coup de vent qui chasse les nuages. »

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–          « (…) la définition est un acte fondamental. C’est un moment important dans l’histoire des mathématiques. A la différence de la définition des mots en français, les définitions en mathématiques ne sont pas seulement descriptives, elles sont directement opératoires, c’est-à-dire qu’on ne peut faire des maths que si l’on connaît les définitions exactes au mot près, en faisant travailler chacun des mots figurant dans la définition. Voilà pourquoi on doit connaître chaque définition au mot près. Un seul mot oublié et…

– … c’est totalement faux, pas un peu. C’est cela que je ne supporte pas.

– C’est pourtant l’une des choses les plus importantes que les maths peuvent t’apporter, la précision, c’est l’une des qualités des mathématiques, qui peut vraiment te servir « dans la vie », comme tu dis. La précision, ce n’est pas la maniaquerie. »

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Image prise sur le blog Manuels anciens

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Leçon de choses sur la citrouille

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C’est la saison des courges d’hiver sous toutes leurs formes! Nous en avons profité pour faire une leçon de choses avant les vacances de la Toussaint.

La citrouille fait partie des cucurbitacées qui constituent une famille très large, comprenant à la fois les nombreuses courges telles le potiron, le potimarron, la doubeurre, la courge spaghetti, le gimauron, la courge musquée, le pâtisson mais également la pastèque, le melon,  la courgette et le concombre…

Son nom nous vient du latin cucurbita qui a donné le mot gourde en français. Avant l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique, l’Europe ne connaissait pas les courges. En Amérique centrale, les courges d’alors avaient très peu de chair et on s’en servait pour faire des gourdes ou des ustensiles de cuisine. On en mangeait les graines. En Amérique du Nord, Colomb les découvre cultivées dans les jardins par les Iroquois. Le nom citrouille provient du latin citreum qui veut dire citron à cause de sa couleur.

On distingue les courges d’été -qui regroupent les pastèques, melons, courgettes et concombre- des courges d’hiver (citrouilles, potirons, pâtissons…). La courgette, avant de prendre ce nom en 1930, s’appelait courge d’Italie car ce sont les italiens principalement qui la cultivaient.  Les autres courges  sont récoltées à l’automne.

En début de leçon, nous prenons le temps de comparer  les différentes courges. Il est bon d’avoir une citrouille, un potiron, une courge spaghetti, une doubeurre, un pâtisson, une courgette à présenter afin de tenter de voir ce qui les apparente les uns aux autres. Ces légumes ont en commun la ressemblance de leurs graines, nombreuses, plates,allongées et se terminant par une pointe. On peut faire griller les graines des courges d’hiver pour les déguster comme des noix. Chez les courges d’hiver, on note évidemment la peau dure qui recouvre la chair de chacune.

image tirée du site « Fruits et Légumes du Marché »

La culture de la citrouille suit un cycle: on plante la graine en terre, une pousse apparaît, puis des feuilles et des vignes, vient la fleur, puis le fruit vert et enfin, le fruit à maturité qui prend sa couleur orangée. On dit « fruit » car c’est bien le fruit de la plante que l’on mange, comme pour la tomate dont on dit que c’est un fruit. En fait il s’agit de légumes-fruits comme il existe des légumes-racines (carotte, betterave), des légumes-feuilles (laitue), des légumes fleurs (l’artichaut).

Cycle de la citrouille

La citrouille est devenue aujourd’hui l’emblème d’Halloween, cette fête anglo-saxonne qui provient d’une légende irlandaise et s’implanta aux Etats-Unis lorsque migrèrent de nombreux Irlandais au XIXème siècle. Dans leur pays natal, les Irlandais utilisaient un navet en guise de lanterne à l’occasion de la fête d’Halloween – dont le nom est dérivé de l’anglais ancien « All Hallows Even », qui signifie « veillée de la Toussaint ». Mais, dans leur pays d’adoption, le navet se faisait rare et c’est ainsi qu’ils le remplacèrent par la citrouille, légume très répandu sur le territoire américain.

J’ai créé un petit livret sur la citrouille que vous pouvez télécharger :

Version  Leçon de choses sur la citrouille

Pour le format  Leçon de choses citrouille PDF

On y trouve un support pour la leçon de choses, mais également une fable de Jean de La Fontaine, une recette, une section art. On peut adjoindre une chanson sur la citrouille au dossier en cliquant ici. Ce dossier est une façon pour moi de centrer cette fête autrement…

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Une rentrée septembrale

Johann Georg Meyer von Bremen art

Johann Georg Meyer von Bremen

Nous sommes rentrées en « classe maison » depuis une bonne semaine. Peut-être est-ce dû à la chaleur estivale qui trompe nos sens, il me semble que mes enfants ont un peu de mal à entrer dans le travail. Leur maman aussi… Pourtant nous y sommes chaque jour dès la première heure, fidèles à notre horaire, nous travaillons pleinement.

Mais, un petit reste de vacances s’accroche à leur esprit comme un chardon agrippé à un gilet de laine. Cela se sent parfois dans leurs réponses, qui montrent qu’elles ont un  peu oublié… Au début de l’année, je les sens souvent dans des espaces un peu lunaires …

Ces temps d’ajustement sont normaux. Durant l’été tout semble avoir été enfoui sous le sable… Pourtant, je le sais d’expérience, toutes les connaissances ressortiront à la surface et reviendront plus solides encore! Il faut de la patience…

Car les premiers jours de rentrée servent d’abord à revenir à la routine, à renoncer à la liberté pleine du temps. Nous nous recentrons. Puis, la douceur des jours qui s’écoulent avec un rythme « mesuré » procure à chacune un espace temporel qui leur permet de mieux progresser.

A la rentrée, fusent les sempiternelles reportages sur l’IEF. Les médias sont à l’affût du sensationnel, des « méthodes » prétendument innovantes qui rendent, paraît-il, les enfants plus heureux. Après un quart de siècle en milieu IEF et avoir élevé huit enfants; après avoir vu beaucoup d’enfants grandir dans ce milieu, je suis heureuse de ne plus me poser toutes ces questions existentielles!

Le bonheur est tellement plus simple que les grandes théories de toutes sortes. On ne se prend plus la tête avec des dogmes… On vit carpe diem sans quête effrénée  de LA pédagogie... Mes enfants sont des enfants qui sourient et rient beaucoup. Elles font aussi la tête! Elles ne sont pas enthousiastes à chaque instant du jour mais on les sent heureuses globalement. Elles ont des soucis à affronter comme tout être humain. Parfois cette difficulté surgit dans le quotidien de leur classe avec une matière qui leur paraît moins aimable; parfois c’est à l’extérieur dans des situations auxquelles elles doivent faire face comme tout un chacun. Avec le temps, j’ai compris que mon rôle n’était pas de les soustraire aux difficultés, mais de les accompagner afin de les aider à les traverser.

La vie comporte des pans de liberté, mais comme on y rencontre les autres, elle ne peut pas être faite QUE de liberté …Ainsi, la vie de mes enfants n’est pas à chaque instant un pic de bonheur. Oui, la vie peut les envelopper de tendresse et de bonheur, mais elle les gratte aussi parfois et les irrite… Mon rôle est de leur apprendre à l’habiter, à s’y fortifier et à la savourer!

 

 

 

 

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La saveur des petites choses

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J’aime que la maison soit embaumée du parfum des confitures. Nous avons la chance de pouvoir cueillir nos cerises et nos groseilles et de les cuisiner. Quelle perte de temps pensent certains! Mais si le temps est bien rempli en quoi serait-il une perte? Les confitures maisons construisent des souvenirs olfactifs puissants. Le délicieux texte de Georges Duhamel pénètre bien cet esprit:

« Le jour que nous reçûmes la visite de l’économiste, nous faisions justement nos confitures de cassis, de groseille et de framboise.
L’économiste, aussitôt, commença de m’expliquer avec toutes sortes de mots, de chiffres et de formules, que nous avions le plus grand tort de faire nos confitures nous-mêmes, que c’était une coutume du moyen âge, que, vu le prix du sucre, du feu, des pots et surtout de notre temps, nous avions tout avantage à manger les bonnes conserves qui nous viennent des usines, que la question semblait tranchée, que, bientôt, personne au monde ne commettrait plus jamais pareille faute économique.
– Attendez, monsieur! m’écriai-je. Le marchand me vendra-t-il ce que je tiens pour le meilleur et le principal ?
– Quoi donc? Fit l’économiste.
– Mais l’odeur, monsieur, l’odeur! Respirez : la maison toute entière est embaumée. Comme le monde serait triste sans l’odeur des confitures!
L’économiste, à ces mots, ouvrit des yeux d’herbivore. Je commençais de m’enflammer.
– Ici, monsieur, lui dis-je, nous faisons nos confitures uniquement pour le parfum. Le reste n’a pas d’importance. Quand les confitures sont faites, eh bien! Monsieur, nous les jetons.
J’ai dit cela dans un grand mouvement lyrique et pour éblouir le savant. Ce n’est pas tout à fait vrai. Nous mangeons nos confitures, en souvenir de leur parfum.
                                                                                                        GEORGES DUHAMEL, Fables de mon Jardin

Duhamel met bien en boîte la logique marchande de l’économiste qui transcende aujourd’hui  hélas tellement notre société. Et même encore, sur les réseaux sociaux, il faut se méfier de ce genre de « tendance » populaire DIY, qui sert trop souvent à attirer – on ne sait trop pourquoi – des « suiveurs » qui marqueront un intérêt éphémère pour le billet.  Ce sera alors tendance de faire des confitures!

Pourtant, la saveur des petites choses n’est jamais une question de tendance. C’est une affaire pérenne d’éducation. Dans une société où tout est question d’image, de com’ et de marketing, nous oublions trop souvent l’essence même de la vie: emplir le temps de sa vie, lui donner une saveur de vécu qui passe par tous les sens!

L’été est particulièrement propice à cela. Un moment de rupture de rythme qui nous permet de vivre avec nos enfants. On a le temps! Et ce temps peut se vivre dans la banalité de la nature et de la vie quotidienne ordinaire. L’été nous permet de fermer nos volets intérieurs à toute sollicitation consumériste qui passe aujourd’hui par tant de médias, dont les influenceurs sont les nouveaux convois de pubs!

Il n’est pas facile d’être parent ou professeur aujourd’hui car la nature des liens a changé. Elle a été viciée par la consommation qui s’infiltre par tous les pores de la peau. Nous sommes englués, presque à notre insu, par cette art de « non vivre »! Car la consommation loin d’apporter la vie, l’en dérobe de sa saveur! Arte a diffusé un documentaire fort éclairant sur ce qui nous a conduit là où nous en sommes et l’on comprend mieux la nature de notre mal moderne!

Comment, nous parents, pouvons-nous « lutter » contre cela? Il nous faut peut-être, pour y parvenir, comprendre l’essence même de ce qu’est l’éducation. Daniel Pennac l’explique magnifiquement dans une petite entrevue:

« Les jeunes aujourd’hui, les enfants, tout petits déjà dans le berceau, sont considérés par la société de consommation, comme des clients. On produit des publicités pour les pousser à consommer. A consommer des tablettes, à consommer des portables, à consommer des vêtements. Consommer, consommer, consommer! Et ça c’est leur culture, c’est la culture quotidienne.  Et quand ces enfants arrivent à l’école, ils vont se conduire vis-à-vis du professeur comme des petits consommateurs. Moi, professeur, je ne m’adresse pas à tes désirs. Je m’adresse à tes besois fondamentaux. Le besoin d’apprendre à lire, d’apprendre à compter, le besoin d’apprendre à penser, à réfléchir. La plupart des ces besoins sont antinomiques avec tes désirs. Et c’est pour ça qu’il est beaucoup plus difficile d’être professeur aujourd’hui que dans les années ’50 où les enfants n’étaient pas encore les clients de la société marchande. Le problème, c’est que l’enfant, tout petit dans son berceau va croire que son désir est un besoin fondamental. Il va croire que son bonheur dépend de la satisfaction d’un désir qu’il prend pour un besoin fondamental. Le travail des adultes c’est de dissocier ces  notions de désir et de besoin. Et le bonheur, le vrai bonheur, on peut l’atteindre en apprenant à comprendre. C’est ça qui rend heureux. Quand tout à coup je comprends les choses… Je comprends  que la publicité est mensongère. Je comprends que la compréhension est une bonne source de bonheur véritable. « 

Nous avons donc un rôle à jouer afin d’être des transmetteurs en dehors de la propagande marchande. Nous avons à jouer ce rôle de responsable de leur intelligence, de leurs connaissances et de leur recherche du bonheur « réel ». Le contact avec la nature, le jeu, la lecture, le temps partagé en famille et avec les amis,  le besoin de bouger et de se dépenser c’est de cela dont nos enfants ont besoin durant l’été et non des écrans et de la surexcitation entraînée par la surconsommation.

Lorsque j’ai débuté ce blog, j’étais mue par l’idée du partage et de la transmission gratuite qui peut s’opérer via ce moyen de communication. Mais est-ce que ce média est encore celui adapté à notre « époque »? Il semble que les gens préfèrent nettement à présent les vlogs où tout se passe oralement. Ce qui n’est absolument pas pour moi! Je constate que le destin des blogs semble doucement glisser vers des pages publicitaires et placement de produits. Il ne saurait en être question avec Grandir près du châtaignier.

Comme à chaque année, j’aime m’éloigner des écrans pour l’été  . Je vous souhaite  de bonnes vacances et de savourer toute la banalité des petits riens qui nous comblent tant!

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Le bonheur gratuit

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Le soir de la Saint-Jean revêt une douceur particulière à la maison. Nous savons que l’été s’installe durablement pour nous. Nous n’allons jamais au-delà de cette date pour l’école à la maison. Ce soir-là plus que tout autre – surtout s’il fait beau – nous nous installons pour veiller et observer le jour le plus long se transformer en spectacle nocturne. Il s’accompagne souvent du récit de la parade des fleurs où l’on prépare une assiette délicate pour les fées. Il n’est même pas besoin de croire aux fées pour se réjouir les yeux du spectacle d’une telle assiette… On sait que les petits oiseaux et les insectes ont le même régime que les fées!

Ces soirs où la fraîcheur nous envahit lentement, au moment où le soleil fêtard finit par rejoindre l’horizon, règne un bonheur discret, gratuit, qui nous offre mille surprises si nous savons être attentifs. C’est parfois le vol des chauve-souris qui chassent les insectes au-dessus de nos têtes ou la joie de découvrir  un vers luisant qui  illumine l’herbe en un point vert fluo.

Cette année encore nous avons eu une surprise qui marquera nos souvenirs à jamais. La belle chevêche d’Athéna qui habite le toit de notre grenier est venue se joindre à notre soirée sur la branche morte de l’abricotier. Elle a passé un petit quart d’heure en notre compagnie, chacun étouffant sa voix et ses gestes pour ne pas la faire s’enfuir! A l’heure où le détail des objets devient noir, nous voyions la petite chouette telle une ombre chinoise sur fond de ciel rose violacé.

Il est impossible d’acheter un tel moment! La nature ne se paie pas. On ne commande pas une chouette le 24 juin, ni un vers luisant pour la même date. La nature nous en fait généreusement cadeau pour peu que nous prenions le temps d’être parmi elle.

Et même quand rien d’extraordinaire ne se produit, se noue en filigrane le bien-être du temps passé ensemble. Les voix se font plus douces;  nous sortons une grosse couverture pour nous blottir par terre avec le nez au vent, écrasés que nous sommes par la splendeur de la voûte céleste. Nous sommes tout petits devant l’univers. Nous sommes même insignifiants! Qu’il est bon de se sentir aimés dans de telles conditions de vertige!

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« Il faut marcher » : un court texte à méditer

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Voici un court texte qui permet d’inciter les enfants au plaisir paradoxal de la marche, de l’exercice, de l’effort. La satisfaction au bout du chemin se découvre à la condition d’avoir -n’ayons pas peur des mots- « peiner ». Ce texte de l’historien Halévy, écrit en 1935, n’est pas un appel au masochisme malgré qu’on puisse y lire que « l’homme est fait pour la peine« . Il s’agit plutôt de l’éloge de l’effort. Sans effort point de satisfaction… Ce principe s’applique, d’ailleurs, au-delà de la marche à tout domaine et particulièrement à celui du travail scolaire.

L’été est à nos portes. Les enfants randonneront peut-être avec vous sur les sentiers de la nature. Ce petit extrait contribuera peut-être à faire écho à la cadence de leurs pas. Mais il faut avoir déjà « marcher » pour bien saisir ce texte. La marche, la longue marche, est une leçon de vie.

Il faut marcher

Il faut marcher; c’est le plus vieil exercice des hommes. Nos pères ont traversé l’Asie, l’Europe, leurs pas ont fait sonner deux continents. Comme eux, il faut marcher: c’est la plus antique habitude, elle n’est pas perdue, mais seulement affaiblie, et bien vite on la réacquiert. C’est la marche qui a fait l’homme, et le corps de l’homme est fait pour la marche, il se réconforte en marchant, il s’apaise et se réjouit.

Et l’esprit de l’homme, comme son corps, est fait pour la marche, pour la durée d’un  jour et la longueur d’une étape. Rien ne lui est si favorable que l’aube du départ et le crépuscule de l’arrivée.

Ecoutons la cadence de nos pas: c’est la plus vieille musique des hommes. Le premier de tous les chants, les chants de marche, c’est le pas qui les a rythmés. Ecoutons la cadence de nos pas; pendant des heures, écoutons-la, qu’elle nous porte et nous rassérène. Elle sonne invariable et forte, mais le sol a des réponses variées: le franc granit, la tourbe ou le douteux humus. Rien n’est si beau que la cadence de nos pas.

Il ne faut pas craindre la peine; c’est la peine qui a fait l’homme et l’homme est fait pour la peine; il s’y retrouve et s’y anime. Il faut, plusieurs fois l’an, connaître la chaleur ou le froid des routes, l’effort de gravir les côtes avec le soleil sur la tête ou la neige dans les yeux, et sur les épaules le poids d’un fourniment, d’un repas, d’un livre. La peine est bonne pour le corps et utile à la pensée. Si l’étape est enfin pénible, c’est ce qu’il faut! A quoi donc pensera-t-il, celui qui n’a pas connu la vie, l’antique vie mesurée par la peine, la dure journée mesurée par ses pas?

Daniel Halévy
Visite aux paysans du centre (1935)
Tiré du manuel de Marguerite Reynier « Lecture et travaux « 1946
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Le salsifis des prés

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Cette petite fleur banale des prés, que l’on confond facilement avec le piDSC03563ssenlit (dont elle est la cousine) pousse partout dans les prés et les champs.  Elle appartient à la classe florale tragopogon dont l’étymologie grecque signifie « barbe de bouc ». On attribut ce nom au fait qu’on la retrouve souvent fermée et seuls quelques « poils » ressortent de son capitule  clos rappelant la barbichette des boucs. Elle fait partie de la famille Asteraceas  – tout comme le pissenlit et la marguerite -dont on reconnaît l’étymologie grecque  « aster » qui signifie étoile. Ici, j’attire l’attention des enfants sur le mot astéroïde, qui est une petite planète, ou astérie qui regroupe les étoiles de mer ou encore astérion qui est le point de jonction d’os du crâne en forme d’étoile.  Ces liens autour du vocabulaire permettent de renforcer la connaissance des mots et leur construction. En anglais, la fleur porte le nom poétique de « jack-go-to-bed-at-noon« . Cette appellation est dû au fait que la fleur n’est éclose que le matin et se referme dès midi. En un mot, nous comprenons la vie de cette fleur!

Comme pour le pissenlit, la fleur du salsifis des prés est en fait un capitule, c’est-à-dire le regroupement de plusieurs fleurs sous forme de languettes. Ces languettes sont jaunes ainsi que parfois leurs étamines qui recouvrent le coeur bombée de la « fleur ». Leurs étamines sont cependant souvent brunes. Un sépale, également en forme d’étoile à huit pointes, forme la collerette sous-jacente. La fleur se transforme en multiples aigrettes plumeuses tout comme le pissenlit. C’est doute pourquoi nous confondons ces plantes. A noter cependant que la boule blanche du salsifis des prés comporte des aigrettes beaucoup moins douces et duveteuses que celles du pissenlit.

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Quand on évoque la fleur, on pense immédiatement aux légumes que l’on cuit. En fait, en tirant sur la racine, nous découvrons également le légume à l’état sauvage. C’est le même principe que la carotte sauvage. En le cuisant, il n’est pas moins délicieux que celui cultivé! Ceendant, il faut surveiller la saison de récolte. En début juin, les racines sont encore trop maigrelettes pour assurer un repas copieux.

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Une bonne manière de distinguer le salsifis des prés et le pissenlit demeure la comparaison de leurs feuilles. Celles du salsifis ressemblent à de longues herbes fines  alors que le pissenlit a des feuilles  plus larges  dont les pointes rappellent des dents de lion.

illustration botanique UK : 1910, H. Isabel Adams, pissenlits, fleurs

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J’insiste beaucoup sur la narration écrite de la leçon par les enfants eux-mêmes. A partir du CE2CM1 l’enfant peut commencer à résumer par écrit de lui-même en un tout cohérent la leçon qu’il vient d’entendre. Avant ce niveau, je rédige un résumé à recopier non sans avoir laissé l’enfant narrer lui-même la leçon de manière orale. Cela lui permet de se la réapproprier tout en incluant les nouveaux mots de vocabulaire . Les dessins qui accompagnent sont également précieux car ils permettent de mieux observer la plante étudiée.

The Jack-Go-To-Bed-At-Noon Fairy, from Flower Fairies of the Wayside https://flowerfairies.com/jack-go-bed-noon-fairy/

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Etre maman

Anna Ancher 1859-1935

D’où vient la mère? De quelle source est-elle issue? Comment devient-on mère? Quels flots nous montrent la voie navigable?

Parler de la maternité semble parfois être devenu « gnan-gnan »… Quel dommage! Je n’ai pas envie d’entrer dans ce moule « où l’on se tord la bouche » pour dire, sans dire tout en évitant de nommer afin de ne pas exclure… etc… La maternité a traversé huit fois ma vie:  ce fut, et c’est formidable! Je ne laisserai aucun « mot atténué » mettre de l’ombrage sur cette belle dimension de ma vie!

La maternité est à la fois l’expérience la plus grandiose mais aussi la plus banale que nous connaîtrons. Tout le monde peut être une maman! C’est à la fois le plus beau rôle mais aussi  le plus ingrat car il faut tôt ou tard, après avoir occupé le devant de la scène, se résoudre à être figurant.

Je me souviens de mon premier fils, quand je l’ai tenu dans mes bras fièrement après douze heures de souffrances inimaginablement  concevables avant d’être ressenties… En un clin d’oeil, tout souvenir douloureux était effacé. Il est difficile de trouver un pic de bonheur plus fort sur terre. On aura beau tenter le saut en parachute, le vol en orbite autour de la Terre, la plongée sous-marine dans la barrière de corail, ce sera toujours faible à côté de ce bonheur immense et indescriptible qu’est celui de prendre ce petit humain, autre,  qui logeait en soi, et qui maintenant se découvre à nos yeux…

« Les premières années sont celles des projecteurs solaires. La maman est le centre de son petit monde. C’est au moment où elle est en scène qu’elle doit rayonner et guider. Les petits, les yeux braqués sur l’astre solaire, l’imitent, l’adorent et cherchent à lui plaire… C’est lorsqu’ils sont petits que la mère « doit » parler, dire, guider et non remettre l’enfant seul face à lui-même.

Au fil des ans, la mère prend un rôle de plus en plus discret bien que toujours présent et à l’écoute. Sa parole doit se raréfier. Les enfants connaissent et ont intégré sa pensée. A eux maintenant de prendre plus d’autonomie et de construire leur réflexion. Le jeune a besoin d’écouter un monde plus large et de le découvrir. Si  la mère ne l’a pas guidé avant, il est un peu tard pour commencer . Elle prend , avec le temps, un rôle plus « lunaire », avec un éclat plus doux, plus effacé. Elle demeure là dans l’ombre à l’écoute tel un satellite qui sert de repère. Son rôle n’en est pas moins précieux. Elle assiste à l’éclosion des fleurs qu’elle a cultivées… »

Albert Anker (1831 - 1910) Interieur Bei Lampenschein (32,5 x 23 cm)

Albert Anker

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