La légende de la galette des rois CM1 (conte)

Catéchèse : Evangélisation des petits - L'EpiphanieQui ne connaît l’histoire des rois mages qui, gui­dés par une étoile, se ren­dirent à Beth­léem rendre hom­mage à l’Enfant Jésus ?

Le pre­mier s’appelait Gas­pard. Il avait le teint clair des Euro­péens, et appor­tait de l’or. Le second, Mel­chior, avait la peau brune des gens de Pales­tine et d’Arabie. Celui-​là était por­teur d’encens. Le troi­sième, Bal­tha­zar, était cou­leur de nuit sans lune et ses dents brillaient comme brillent les dents des Afri­cains. Ce der­nier offrit à l’enfant Jésus de la myrrhe.

On sait moins ce qui leur advint sur le che­min du retour.

* * *

Ils étaient savants en beau­coup de choses, certes, mais cela n’empêcha point qu’ils se per­dirent bel et bien, n’ayant plus le secours de l’étoile pour les aider. Après avoir erré plu­sieurs jours dans le désert, à bout de nour­ri­ture et sans eau, ils aper­çurent enfin une misé­rable cahute devant laquelle se tenaient un couple et deux enfants.

Les joues déchar­nées, les yeux brillants de faim, ils firent pour­tant bon accueil aux mages, les invi­tèrent à entrer, et leur offrirent un peu du peu qu’ils avaient : de l’eau pour se rafraîchir.

— C’est que nous avons faim aussi, dit Mel­chior. Un peu de pain, même ras­sis, ferait l’affaire.

— Hélas, sou­pira la femme, nous n’avons plus qu’un peu de farine, de lait, d’huile d’olive, une noi­sette de beurre ; juste de quoi faire une galette que nous par­ta­ge­rons entre les enfants. Ensuite, il ne nous res­tera plus qu’à nous jeter dans le puits ou à mou­rir de faim.

Les mages se regardèrent.

— Faites la galette ma brave femme, dit Gaspard.

La femme obéit. La galette était tout juste suf­fi­sante pour une personne.

Gas­pard, qui avait le teint clair des Euro­péens, plia la pâte en deux, et la galette dou­bla en volume. Mel­chior, le mage à la peau brune des gens de Pales­tine et d’Arabie, plia de nou­veau la pâte en deux, et il y en eu pour quatre. Bal­tha­zar, le roi Noir cou­leur de nuit sans lune, plia encore la pâte en deux, et il y en eut pour huit.

Le couple remer­cia cha­leu­reu­se­ment les mages. La femme étala la pâte et mit la galette à cuire. Elle était dorée à point.

L’homme se gratta la tête, le cou­teau à la main :

— C’est que cette galette est une galette pour huit, et nous sommes sept. Le par­tage sera difficile.

— La hui­tième part est celle du men­diant, dit Balthazar.

— Quel men­diant, dit homme ?

— Celui qui vient et que vous ne voyez pas encore.

À ce moment-​là le plus jeune des enfants, un gar­çon, recra­cha quelque chose. C’était une bague que Mel­chior avait glis­sée – volon­tai­re­ment ou non, l’histoire ne le dit pas – dans la pâte.

L’enfant vou­lut rendre le bijou. Le mage sou­rit, ôta la cou­ronne de sa tête et en coiffa l’enfant.

— Tout enfant est roi, dit-​il. Tel est le mes­sage que déli­vrera un autre Enfant, né il y a peu non loin d’ici. Pour com­mé­mo­rer ce jour, je veux que chaque année on fasse une galette, qu’on n’oublie pas la part du pauvre, qu’on y glisse une fève pour dési­gner un roi ou une reine, ne serait-​ce que pour une journée.

Les pauvres gens pro­mirent de res­pec­ter la volonté des mages.

* * *

C’est ainsi que naquit la tra­di­tion de la galette des rois, qu’elle se répan­dit, et qu’on se la trans­mit jusqu’à nos jours.

Jean-​Claude Renou

Source : Conte pour tous

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Cette vertu oubliée

En cette période de l’année, la nostalgie est palpable. Et nous plongeons – pour la plupart dphoto MAROLIN Décoration en verre patiné pour sapin de Noël représentant le petit chaperon rouge et un loup‘entre nous –  dans les petits rites qui nous rassemblent autour d’un thé de Noël pour les uns, un chocolat chaud pour d’autres quand ce n’est pas du vin chaud aux épices pour certains. Nous pensons aux Noëls d’antan, à nos Noëls d’enfant ou à celui de nos enfants devenus grands! Parfois, au fond d’un carton de décorations de Noël, nous retrouvons cette vieille boule en verre aux couleurs ternies qu’on garde miraculeusement d’année en année et qu’on avait oubliée. On n’en produit plus de ce modèle, elles étaient si cassantes. Pourtant,  combien  étaient-elles jolies!

Dans les cartons oubliés, on pourrait y retrouver également certaines vertus qui traînent au fond, notamment l’humilité. Sans doute l’associe-t-on à tort à l’humiliation qui tire son origine du même mot latin « humilis » de « humus » terre. A un suffixe près, c’est le même mot. Mais voilà, le suffixe change tout puisque l’un marque son appartenance à la terre tandis que l’action de l’autre ramène la personne au niveau du sol, plus bas que terre .

Au fil des décennies, cette vertu si plébiscitée autrefois s’est retrouvée gênante dans ce monde nouveau où surgissait l’exaltation du moi. Au départ, c’était très bien puisqu’on mettait de l’avant l’importance de l’estime de soi chez l’enfant après des siècles d’auto-culpabilisation. Et, l’humilité, à travers tout ce courant nous est apparue fort inutile car à quoi bon prêcher l’humilité à des enfants qui seraient si bien dans leurs pompes qu’ils n’auraient pas besoin d’écraser l’autre pour se faire mousser. Chacun aurait sa place…

Mais, on ne savait pas trop au juste comment s’y prendre avec l’estime de soi. D’office, c’était la faute des parents et des professeurs qui « brimaient » les enfants à coup de mots maladroits… Alors, il ne fallait plus dire les mots qui fâchent afin de s’assurer que chaque petit puisse grandir sainement. Et pour bien marquer le coup on s’est mis à les encenser à tout propos. Il leur suffisait de résoudre un bête calcul tel que 2+2 sur Adibou pour qu’une voix leur scande « Wow! tu es un génie! »

Dans le même temps, il a fallu que l’adulte se fasse moins imposants. On en est venu à convaincre tout un courant pédagogique que les professeurs au contact des enfants avaient tout à apprendre d’eux… L’enfant devenait auto-apprenant. Il n’avait plus besoin de recevoir, il savait déjà  ou avait toutes les clefs en main pour apprendre quand il le souhaitait. Avec l’entrée massive des écrans, l’enfant a vite fait de les préférer à tout autre intervenant qu’il soit parent ou professeur.

Nous assistons aujourd’hui à des classes remplis d’enfants qui non seulement ne veulent pas apprendre mais ne le désirent même plus… Ils ne veulent pas recevoir de l’autre , puisqu’ils deviennent souvent « suffisants »… On a cru que l’enfant qui décidait pour lui-même dès le départ ferait un décideur pour demain. Or, on se rend compte maintenant que ces enfants sont surtout devenus des « refuseurs » …

Pour inverser la trajectoire peut-être est-il temps de renouer avec l’une des plus douces et bienfaitrices  vertus: l’humilité! Le mot vertu du latin « virtus » désigne l’énergie morale, la force. L’humilité n’est donc pas une invitation à la faiblesse de l’être. Peut-être nous faut-il la mettre de l’avant dans l’éducation et ainsi inciter l’enfant à s’ouvrir aux autres, afin d’accepter de recevoir pour ensuite donner à son tour. Car la transmission est cet ultime trace d’humanité qui permet de briser l’enfermement sur soi. L’humilité, cette vertu qui permet de réaliser que nous appartenons à la même terre et qui nous invite à regarder vers le haut avec les autres en nous rendant plus humains…

joyeux Noël

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Poésie de Noël CM1

 

 

Décembre

Décembre, avec vos trois rois mages,
Votre crèche en papier doré
Et vos sapins émerveillés,
Dites, seriez-vous cette étoile
Si perdue qu’on a peine à croire
Que c’est du plus obscur de l’ombre
Que Jésus, tout nu, bleu de froid,
S’est un jour levé sur le monde
Avec le soleil dans les bras ?

 Maurice CARÊME (1899-1978)

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Poésie de Noël 4e

Tasha Tudor

Dans l’attente de Noël

Pays blanc
pays blanc comme l’eau
dans les jurons le jour
l’amour comme un berger rêve dans la rocaille
tant de gibets
le juste au vent de nuit s’éloigne
l’ogive des oiseaux et du silence autour
dans les vitraux la rivière des cathédrales
la joie couvait dans les ronces parmi les mûres
dans les châteaux naissaient d’étranges
parousies
on attendait un dieu (moitié ombre et d’azur)
le feu se moquait des audaces du rebelle
la brise labourait des océans de nuit
on s’en allait vers le pays des vieilles pages
d’un livre de plein ciel qui jamais ne s’écrit

  Charles Le Quintrec (1926-2008)

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Maths et période de Noël

 

Tasha Tudor.

Voici un petit site (Maths libres) qui propose des activités mathématiques de Noël qui peuvent toucher le primaire et le collège selon les exercices choisis. Je trouve que dans cette semaine qui n’en finit pas et où l’attention et le désir de faire surtout des bricolages et recettes de Noël, ces idées mathématiques offrent de belles révisions!

Maths Noël

Pour le collège, on peut également s’appuyer sur la section jeux du site Maths et tiques  bien que ça ne comporte pas le thème de Noël, les collégiens apprécient de pouvoir en cette dernière semaine, varier la révision des puissances, des fractions, du théorème de Pythagore, etc…

 

N.B. Attention , cependant, Gris Fleur nous signale des fautes d’orthographe dans certains dossiers de Maths Libres. 

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L’équilibre

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Paul Klee 1923

Enseigner à ses enfants est à chaque fois – et avec chacun – une traversée de funambule sur un fil de fer. Combien nous faut-il de douceur et de calme pour accompagner nos enfants… C’est le pied qui glisse le long du câble et dont le pas forme une caresse. Nos enfants ont besoin de cette douceur quotidienne. Mais combien nous faut-il aussi d’audace, de force et d’assurance pour mener la traversée. Il nous faut tirer la marmaille vers la rive sûre et cela demande d’oser les diriger!

Tout est question d’équilibre.

Trop de rigidité crispe la classe, trop de mansuétude de notre part inhibe les efforts ainsi que la motivation à se mettre au travail et tout va à vau-l’eau! Nous penchons régulièrement d’un côté ou de l’autre et à chaque fois nous devons rééquilibrer la direction… C’est une démarche délicate qui requiert  de la sagacité, de la générosité et surtout de fuir les idéologies qui nous enferment dans des certitudes parfois néfastes…

Il n’y a pas de secret… Les enfants ont besoin d’encadrement et d’encouragements remplis de bonté et de clémence mais qui ne cède rien à  l’exigence pour accomplir la traversée vers l’âge adulte.

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Le Noël de Minet-Chérie

Beskow decembre

Dans la maison, chaque matin, nous sentons que Noël se rapproche. Le sapin trône au salon, la crèche est sur le buffet et le calendrier de l’Avent voit ses portes s’ouvrir chaque matin, recelant sa petite surprise à déguster. Nous travaillons près du poêle à bois et nous prenons moult infusions pour nous réchauffer. Car il ne fait pas chaud par Toutatis comme dirait notre ami Astérix!

Nous dégustons ce matin un texte de Colette sur ses Noël avec sa mère Sido du temps de son enfance. J’aime le dépouillement du Noël qu’elle décrit et qui nous fait sentir que la joie et la tendresse se situent bien au-delà du faste de la consommation. Vous pouvez retrouvez ce texte dans le manuel de Souché CM2 La lecture nouvelle et le français, sur le site Manuels anciens.

Mes Noëls d’enfant

Il vous paraîtra étrange que mes Noël d’enfant – là-bas on dit « Nouël » – aient été privés du sapin frais coupé, de ses fruits de sucre, de ses petites flammes. Mais ne m’en plaignez pas trop, notre nuit du vingt-quatre était quand même une nuit de célébration, à notre silencieuse manière.

Il était bien rare que Sido, n’eût pas trouvé dans le jardin, vivaces, épanouies sous la neige, les fleurs de l’ellébore que nous appelons rose de Noël.

En bouquet au centre de la table, leurs boutons clos, ovales, violentés par la chaleur du beau feu, s’ouvraient avec une saccade mécanique qui étonnait les chats et que je guettais comme eux.

Nous n’avions ni boudin noir, ni boudin blanc, ni dinde aux marrons, mais les marrons

seulement, bouillis et rôtis, et le chef-d’œuvre de Sido, un pudding blanc, clouté de trois espèces de raisins – Smyrne, Malaga, Corinthe – truffé de melon confit, de cédrat en lamelles, d’oranges en petits dés.

Puis, comme il nous était loisible de veiller, la fête se prolongeait en veillée calme, au

chuchotement des journaux froissés, des pages tournées, du feu sur lequel nous jetions quelque élagage  vert et une poignée de gros sel qui crépitait et flambait vert sur la braise.

Quoi, rien de plus ? Non rien. Aucun de nous ne souhaitait davantage, ne se plaignait

d’avoir trop peu. Le sifflant hiver assiégeait les persiennes. La grosse bouilloire de cuivre, assise dans les cendres, et les cruchons de terre qu’elle allait remplir, nous promettaient des lits chauds dans les chambres froides.

Maman, je ne veux pas me coucher ! Je veux veiller toute la nuit, toutes les nuits !

   –      A ton gré, Minet-Chéri… Voilà le jour. Tu vois, la neige devient bleue entre les lames des persiennes.

 -Tu n’entends pas que les poules chantent ?

                       Je croyais veiller encore. C’est que, surprise par l’heure tardive, je dormais déjà, la tête  sur mes bras pliés, mes tresses au long de mes joues comme deux couleuvres gardiennes .

Colette

Tasha Tudor. Feeding the birds; a daily activity for some of us, winter &…

 

Pour télécharger le texte et le document de travail:    Mes Noëls d’enfant Colette

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e Story

Voilà un joli site en anglais que je vous invite à découvrir pour deux raisons. La première, c’est que ce site, dans la langue de Shakespeare, peut servir de base en anglais au collège. Plutôt que d’étudier des textes de manuels d’études qui portent malheureusement souvent sur des thèmes racoleurs pour les adolescents, dans ce site on peut trouver matière à s’instruire à partir de quelques lignes intelligentes. Les événements sont placés sous la forme d’une ligne de temps et les textes sont sciemment brefs. C’est le format idéal pour faire de la compréhension de texte pour un élève débutant en anglais. Ni trop long, ni trop facile.

e Story

http://estory.io/timeline?value=1Wed9L&id_timeline=220

La deuxième raison, c’est que le co-administrateur du site est un de mes fils. Il gère le site à ses heures perdues. Il travaille à temps plein à côté. On se demande souvent ce que deviennent ceux qui ont grandi avec l’IEF. Je trouve que son « passe-temps »  illustre on ne peut mieux l’un des grands objectifs qu’a été sa scolarisation à domicile: cultiver la soif du savoir. On ne peut (heureusement!) limiter cette soif à ceux qui font l’IEF, puisque l’ami qui a créé le site, provient, lui, du système scolaire. Mais je me réjouis que son parcours atypique ait, dans son cas, nourri cette soif d’apprendre sans cesse!

e Story Napo

http://estory.io/timeline?value=9ZPQEl&id_timeline=166

Ce qui m’intéresse également dans le site c’est qu’il me rappelle d’une certaine manière  les leçons de choses qui me sont si chères! e Story ne recense pas seulement les grands événements historiques qui ont une importance majeure, il s’attarde aussi à l’histoire de toutes ces inventions ou phénomènes plus mineurs, tels  que l’invention du trampoline, des échecs ou des Playmobils par exemple!

s story Chess

http://estory.io/timeline?value=4lr2Nl&id_timeline=244

e Story Playmo

http://estory.io/timeline?value=1lXY9L&id_timeline=256

Dans la colonne de droite, vous avez à chaque fois des suggestions de films, de livres ou d’articles en lien avec le sujet. Le site est tout jeune et foisonne déjà de bons sujets! On peut imaginer la ressource qu’il sera appelé à offrir à ceux qui, néophytes, désirent s’informer et situer un événement.

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A méditer

Un ami a fait circuler sur son mur Facebook un article tiré du journal Le Devoir (quotidien québécois) autour de la figure de l’enseignant. Une réflexion totalement à contre-courant qui place ce dernier dans un rôle autre que de simple « accompagnateur » ou « guide » tel que conçu dans le courant  « socioconstructiviste ». Il s’appuie sur une lettre de Camus recevant le prix Nobel à l’âge de 40 ans qui adressait toute sa gratitude à son enseignant d’autrefois. A lire et méditer tant pour l’école que pour le parent éducateur en IEF…

En 1957, donc trois ans avant sa mort, Camus reçut le prix Nobel de littérature alors qu’il n’avait que 43 ans. Dans une lettre magnifique, l’écrivain reconnaît qu’après sa mère, la première personne à qui il a pensé en gagnant ce prix fut son ancien instituteur : « une occasion de vous dire […] que vos efforts, votre travail et le coeur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève. » Alors que Camus était un enfant provenant d’une famille pauvre, M. Germain lui a tendu la main et l’a aidé d’une manière incommensurable en le perfectionnant après les cours pour que le futur écrivain s’inscrive au lycée. Sans les efforts de M. Germain, le parcours de Camus aurait été complètement différent.

 L’étrangeté de M. Germain

Dans son premier roman, L’étranger, Camus décrivait un homme étranger à sa société, qui ne pleure pas la mort de sa mère. Dans les pages de son dernier manuscrit, Camus y trace le portrait d’un instituteur qui serait étranger à l’école actuelle. La méthode de M. Germain était de ne rien céder sur la conduite tout en rendant la matière vivante et amusante. Les coups de règle en guise de punition faisaient partie de ses manières de faire et la lecture prenait une place toute particulière dans son enseignement.

Un bon jour, M. Germain faisait la lecture d’une histoire à la classe et, à la fin du récit, le jeune Camus était en larmes. Devant une réaction aussi forte de l’élève, le maître décida de lui donner le livre. Devant ce cadeau, la réaction du jeune Camus : « C’est trop beau. » Camus se sent quasi indigne de ce cadeau, car pour lui, le livre a une si grande valeur qu’il ne le mérite pas. À sa classe de milieu modeste et à Camus en particulier, M. Germain fait le plus beau des cadeaux, soit celui de la culture.

 À notre époque, et la tendance en ce sens se concrétisera sans doute dans les prochaines années, les nouvelles méthodes pédagogiques d’inspiration socioconstructiviste visent à effacer la figure du maître pour la remplacer par un accompagnateur ou un guide. Il s’agirait de ne plus gaver les élèves par un enseignement magistral et unilatéral, mais plutôt de rompre la dissymétrie entre l’élève et l’enseignant afin que l’« apprenant » découvre le monde par lui-même. Une telle conception de l’école se réclame de la démocratie et d’un rapport plus égalitaire entre l’enseignant et l’élève. Or ces méthodes n’ont pas le monopole de la démocratie et de l’égalitarisme. Pour M. Germain, l’égalité, c’est l’accès à la culture pour tous. Mais au-delà de cette différence dans la conception de l’égalité, l’étrangeté de M. Germain réside dans l’exotisme qui était au centre de son enseignement.

Pour lire la suite de l’article

 

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Lecture vers Noël CE2-CM1

DSC01479Quand arrive décembre, les jours commencent à sentir la cannelle, l’écorce d’orange et le chocolat. Le froid se fait pénétrant et parfois la neige vient enjoliver les paysages. Noël,  indéniablement, approche… Les textes de lecture de nos matins prennent une coloration différente. Je mets l’accent sur ceux qui invitent à prendre conscience de la souffrance humaine. Pourquoi en ce temps de joie et de lumière parler des gens qui souffrent? Pour ouvrir et toucher le cœur des enfants. Les enfants ont tôt fait de comprendre qu’à Noël on reçoit, mais il leur faut également comprendre que l’on donne. Il faut apprendre aux enfants à partager, à compatir, à voir ceux qui les entourent.

Si vous êtes un habitué des manuels scolaires anciens vous avez croisé Ernest Pérochon dont on donnait régulièrement des extraits tirés bien souvent de Nêne, son roman qui reçut le prix Goncourt. Il relate dans ses récits son amour des humbles, « les cherche-pain », dans son Bocage natal du début du xxe siècle. (les Deux-Sèvres). On entend à nouveau son nom par le biais du film « Les gardiennes » sorti en salle les derniers jours. Le film de Xavier Beauvois est tiré du roman du même nom d’Ernest Pérochon écrit en 1924.

Ernest Pérochon, ancien instituteur, a aussi écrit des manuels scolaires, lesquels étaient souvent illustrés par ce géant du dessin Ray Lambert. Le texte que je vous partage ce matin est celui qui a occupé notre première semaine de décembre. Il s’agit d’un conte en six parties de Pérochon tiré du manuel « Contes des cent un matins » que l’on peut retrouver sur le site Manuels anciens. C’est un joli conte qui dépeint la grande générosité d’un petit vieux et d’une petite vieille de condition modeste. Les enfants sont rapidement touchés par les deux héros.

                            LA FÊTE CHEZ LE PETIT VIEUX ET LA PETITE VIEILLE

Pérochon le petit vieux
l
Il y avait un petit vieux et une petite vieille qui habitaient dans une petite maison.
Ils avaient été, toute leur vie, si charitables, ils avaient tant de fois secouru les malheureux, qu’ils étaient devenus eux-mêmes très pauvres.
Ils ne possédaient plus que leur petite maison très vieille, un petit âne très vieux dans une petite écurie, une petite miche dans le buffet, une petite bûche dans le bûcher et un petit bout de chandelle dans le chandelier. Ah ! J’allais l’oublier ! Ils avaient aussi trois gouttes de pétrole au fond d’une lampe. Malgré leur pauvreté, ils étaient restés très gais. Tant que durèrent les beaux jours, ils ne se trouvèrent pas à plaindre. Mais, après la Toussaint, les jours devinrent courts et les premiers froids se firent sentir.
Un soir — c’était le 3 novembre, — il faisait noir dans la maison et il y faisait froid. Le petit vieux, qui avait de mauvais yeux, aurait voulu de la lumière pour lire son journal. La petite vieille, qui était frileuse, aurait voulu du feu. Le petit vieux, en marchant pour se réchauffer, donna du nez contre la pendule. Il dit :
« Bonne femme ! Allume ta lampe ! »
Mais la petite vieille lui mit ses doigts glacés dans le cou, ce qui le fit sursauter ; et elle dit, à son tour : « Allume ton feu, petit vieux ! » Mais ils ne voulaient allumer ni feu ni lumière, afin de ménager leur petite bûche et leurs trois gouttes de pétrole. Alors ils furent un peu tristes et allèrent se coucher.

Pour découvrir les autres textes qui complètent le récit et découvrir le travail relié cliquez sur le lien:

LA FÊTE CHEZ LE PETIT VIEUX ET LA PETITE VIEILLE Pérochon

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