Lecture: Le Kon-tiki

Il est des récits vivants qui nous rendent meilleurs après qu’on les a lus. C’est le cas de l’expédition du Kon-Tiki. Thor Heyerdahl est un anthropologue, archéologue et navigateur norvégien qui  entreprit , en 1947, de prouver sa théorie sur le peuplement de la Polynésie par les Indiens péruviens il y a plus de quinze siècles. Il fit donc de l’archéologie expérimentale et entreprit, avec cinq collègues, la traversée de l’océan Pacifique, dans les conditions supposées des gens de cette période, soit sur un radeau! Il pense que les Indiens ont dû dériver grâce aux courants favorables du Pacifique qui les auraient guidés immanquablement dans les îles depuis le Pérou. C’est un pari fou, audacieux, qu’il réussira à prouver après 8000 kilomètres de navigation  en 3 mois et demi. Thor Heyerdahl ne savait pas nager!

Ce récit est passionnant! L’extrait choisi le fut pour la richesse de vocabulaire et l’emploi du passé simple utilisé pour sa narration. Il est extrait d’un manuel ancien.

Sur le Kon-Tiki

En 1947, six jeunes Norvégiens décident de traverser l’Océan Pacifique. Ils pensent, en effet, que des Indiens du Pérou, il y a environ quinze siècles, ont quitté la côté péruvienne sur des radeaux et sont allées peupler les îles de la Polynésie. Ils veulent suivre le même chemin. Construisant un radeau qu’ils nommeront le Kon-Tiki (nom du Dieu-Soleil chez les Indiens) ils quitteront le Pérou et atteindront effectivement les îles Touamotou après un voyage de cent jours, tour à tour dramatique et merveilleux.

1          Dès le premier jour où nous fûmes seuls sur la mer, nous remarquâmes qu’il y avait des poissons autour du radeau, mais nous étions alors trop occupés par la manœuvre de la barre pour songer à pêcher. Le second jour nous entrâmes dans un banc épais de sardine et peu après un requin bleu de huit pieds (2,60 m), roulant sur lui-même, mit en l’air son ventre blanc et vont se frotter contre l’arrière du radeau où Herman et Beng, leurs pieds nus dans l’eau, étaient à la barre. Il joua un moment autour de nous, mais disparut quand nous nous approchâmes le harpon à la main.

2          Le lendemain nous reçûmes la visite de thons, de bonites et de dorades. Un grand poisson volant étant tombé à bord avec un bruit mat, nous l’employâmes comme appât et prîmes aussitôt deux grosses dorades pesant dix à quinze kilos pièce. Nous avions à manger pour plusieurs jours. Pendant nos quarts nous pouvions voir des quantités de poissons que nous ne connaissions même pas et un jour nous nous trouvâmes au milieu d’un important banc de marsouins, qui ne semblait jamais prendre fin. Les dos noirs roulaient, se tassaient les uns près des autres le long du radeau et, si loin que nous puissions voir de la tête du mât, ils surgissaient çà et là sur toute l’étendue de la mer.

3          Plus nous approchions de l’équateur, en nous éloignant de la côte, plus les poissons volants devenaient fréquents. Arrivés enfin dans les eaux bleues où la mer, calme et ensoleillée, se déroulait majestueusement, à peine frisée par de légères bouffées de vent, nous les vîmes briller comme une pluie de fusées qui jaillissaient de l’eau et volaient en ligne droite jusqu’au moment où, leur puissance de vol épuisée, ils disparaissaient sous la surface des flots.

4          Si la nuit nous sortions la petite lampe à pétrole, des poissons volants de toutes tailles, attirés par la lumière, se précipitaient au-dessus du radeau. Ils se heurtaient souvent contre la cabine de bambou ou la voile et tombaient sur le pont, tout perdus. Ne pouvant prendre l’élan qu’en nageant, ils gigotaient impuissants…

Un riche fonds de mets délicieux nous arrivait ainsi par la voie des airs. Le poisson remplaçait le poulet rôti. Nous les faisions frire pour le petit déjeuner.

Thor Heyerdahl

      Kon tiki a  Kon tiki b

Pour télécharger le document de travail: Sur le Kon Tiki Lecture CM1

Pour pousser plus loin, je me suis procuré les livres sur le sujet. Il existe dans la vieille édition Idéal bibliothèque « L’expédition du Kon Tiki » de Thor Heyerdhal. Je choisis sciemment une vieille édition afin de m’assurer de la richesse de la langue. La version jeunesse de 200 pages est bien adaptée pour les enfants du CM1. Quant à ma collégienne, je lui ai choisi la version de poche qui est le  récit complet.

   

On peut trouver sur Youtube des reportages sur le sujet.

Je ne saurais passer sous silence l’excellent film biographique qui porte sur le Kon Tiki! Pour les âmes sensibles, à part une scène « saignante » avec un requin , le reste du film (pour mémoire) peut être vu en famille.

 

 

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Leçon de choses: les bourgeons de marronnier

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Bien que le froid des derniers jours puisse nous faire douter du printemps, des signes  évidents nous montrent qu’il arrive bientôt. La nature se réveille doucement après l’hiver. Les bourgeons commencent à gonfler. C’est le cas de ceux des marronniers que nous avons aperçus au cours d’une promenade! Les leçons de choses sont des moments privilégiés  pendant lesquels nous prenons le temps d’observer le monde qui nous entoure afin de mieux le connaître. Une question surgit: pourquoi les bourgeons sont-ils de différentes grosseurs? Est-ce dû à une maturité à géométrie variable? C’est en voulant répondre à cette question que cette leçon de choses est née.

 Les bourgeons du marronnier sont disposés deux à deux sur la branche. Les plus gros se trouvent tous à l’extrémité des branches (certaines branches en portent deux). On les désigne  sous le nom de bourgeon terminal. 

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Pourquoi le bourgeon terminal est-il plus volumineux ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord ouvrir les bourgeons petits et gros afin de mieux comprendre ce qu’ils recèlent. Les petits, sous une petite bourre cotonneuse,   renferment  la feuille palmée à cinq folioles  sous forme embryonnaire. Les gros, en plus de la feuille, portent  également la grappe de fleur printanière pas encore éclose.

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Le bourgeon est recouvert d’écailles disposées deux par deux et qui se recouvrent les unes les autres. Lorsqu’on le touche: les doigts collent. C’est dû à la résine qui imperméabilise et protège le bourgeon de la pluie – sans quoi il risquerait de pourrir. On peut observer la trace que cette résine laisse sur le papier en s’en servant d’outil « scripteur » pour être dans le jargon bien tendance.

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Les écailles sont brunes vers l’extrémité, et vertes vers le coeur. Avec l’arrivée des beaux jours, elles s’écartent et verdissent entièrement. Les petites feuilles portées par leurs tiges poussent et apparaissent. Les grappes de fleur se développent. Puis, une tige, d’abord verte et qui brunira par la suite, va croître. Un nouveau rameau est formé!

Cette leçon de choses a été inspirée par celle que l’on retrouve sur le site Manuels anciens dans le manuel « Exercices d’observation » CE1-CE2-CM1-CM2 d’Orieux et Everaere« .

   

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Les méthodes « ordinaires »

Albert Anker

Après m’être lancée dans l’apprentissage de l’italien il y a quelques temps, je me suis rendue compte que je n’accrochais vraiment pas aux méthodes auxquelles j’ai facilement accès sur internet et qui me promettent toutes d’apprendre la langue sans effort et rapidement. Chacune prétend être une méthode différente des approches classiques et traditionnelles. Moi, je ne veux pas d’une méthode « différente », je veux une approche bien classique avec sa grammaire et son vocabulaire bien ciblé! Mais il semble que ce soit une quête bien rare, et que ces approches prétendues « originales » soient en fait devenues la « norme »!

J’ai ce même sentiment quand je navigue dans les discussions au sujet des approches pédagogiques en général. On bat en brèche les approches traditionnelles que tout le monde fantasment  comme étant encore celles pratiquées dans les écoles. Or, c’est absolument faux! On n’enseigne peu (ou plus) les matières avec une approche classique . Depuis plusieurs décennies, on prétend toujours innover avec des approches nouvelles qui sont en fait devenues  la norme et enseignées dans les IUT. Il est très difficile pour les professeurs de faire autrement puisqu’ils doivent veiller non plus aux connaissances mais aux compétences de leurs élèves.

Les parents qui démarrent l’école maison sont souvent submergés par les différentes méthodes qui s’offrent à eux. Combien de fois m’a-t-on demandé quelle méthode je jugeais la meilleure… « Est-ce que Montessori est vraiment la meilleure méthode pour commencer? Je trouve que c’est cher mais en même temps je ne veux pas passer à côté »… « Est-ce que les méthodes Waldorf sont assez poussées? Elles m’attirent, mais j’ai peur que le niveau soit insuffisant » … « En vous lisant, je  crois comprendre que vous vous inspirez de Charlotte Mason… Vous en pensez quoi? »…

A chaque fois ma réponse est très peu flamboyante. J’ai parfois été influencée par ces approches  -en vogue en ce moment- mais je ne m’y suis jamais investie afin d’entrer dans leur « tout ». L’approche de Charlotte Mason (qui date de la fin du 19e siècle) est sans doute celle de laquelle je me rapproche le plus avec ses  trois moyens éducatifs « l’atmosphère, la discipline de l’habitude et la présentation d’idées vivantes ».  Mais, je l’ai connu trop tardivement pour avoir subi une quelconque influence de sa part et je ne partage pas son approche de la grammaire.

En éducation je n’ai aucune prétention autre que celle de m’inscrire dans les pas de milliers et milliers de professeurs qui m’ont précédée. Je pense à mes propres professeurs qui m’ont fait tant aimé l’école enfant. Je songe à ma cousine qui a démarré sa formation alors que j’étais en maternelle et qui a sans nul doute possible déterminé ma future vocation. Je n’oublie pas non plus ma belle-mère qui m’a partagé son matériel au tout début de ma classe maison. Enfin, au fil des ans, les vieux manuels anciens écrits par des professeurs des années cinquante et soixante m’ont particulièrement influencée. Je leur rends hommage d’avoir appris à des millions d’enfants à lire et écrire en les mettant au contact  de textes choisis d’une grande richesse. On leur doit aussi la qualité des grands mathématiciens qui ont été la fierté du pays.

Je pense aussi à ces quelques professeurs d’aujourd’hui qui ont conçu un matériel moderne à partir de la structure des manuels anciens: je songe à Catherine Huby d’une part et au GRIP d’autre part. Catherine Huby est à mes yeux l’une des plus grandes pédagogues contemporaines, mais beaucoup trop « innovante » par son approche classique (si je peux me permettre cet oxymore) qu’elle demeure sans doute incomprise du marché lucratif qu’est devenu le monde pédagogique. Elle a conçu un merveilleux livre sur la maternelle du XXIe siècle. Bien que ce livre s’inscrive davantage dans un esprit de maternelle en établissement, sa conception du monde de la petite enfance est totalement rafraîchissant et respecte  les règles de l’enfance telle qu’on peut la souhaiter à la maison également! Elle a oeuvré longtemps dans les multi-classes et offre  de nombreux conseils sur son blog pour gérer plusieurs niveaux dans une petite classe rurale. Les parents enseignant à plusieurs enfants en même temps peuvent y trouver des astuces fort précieuses!

J’aime la simplicité de ces approches traditionnelles. On rejoint  sur ce point Charlotte Mason avec la discipline de l’habitude. Ces méthodes invitent à un travail constant et sans prétention. C’est de la pédagogie « ordinaire ». On part du plus simple pour aller au plus complexe, graduellement! On en fait un petit peu, régulièrement afin de rendre solides les bases. Ces méthodes s’appuient également sur une connaissance de l’enfance qui tranche avec ce que nous en concevons aujourd’hui. On ne les « divertit » pas, on les instruit. Ce qui ne veut pas dire que ces approches ne recèlent pas d’innombrables astuces pour égayer la transmission.

Ces méthodes ont maintes fois été décriées injustement. Pierre Jacolino replace l’efficacité de l’école d’autrefois dans son contexte. Son analyse diffère des lieux communs qu’on trouve généralement dans les écrits sur le sujet. Si ces approches ne sont pas du tout tendances, elles sont pourtant à redécouvrir! Ce sont des pédagogies « ordinaires » et leur simplicité est plus que rafraîchissante. Elles offrent un son de cloche différent dans un monde normé qui se croit encore en marge alors que ces pédagogies dites nouvelles incarnent le conformisme actuel…

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Leçon de choses: le perce-neige

Le perce-neige ... quelques gravures

 

Ida BOHATTA MORPUGO

 

C’est l’une des première fleurs qui nous fait espérer le printemps. A la fin de l’hiver, le perce-neige se parsème délicatement sur les parterres en février et mars. Dans les régions faiblement enneigées, la fleur réussit même à éclore en perçant  la couche de neige  d’où son appellation. Son nom scientifique est  Galanthus nivalis « fleur de lait » « des neiges ». On la retrouve également sous différentes appellations toutes plus poétiques les unes que les autres,  telles que goutte de lait,clochette d’hiver, galanthine, galant d’hiver, galanthe des neiges.

Cette fleur est classée dans la famille des Amaryllidacées qui sont des plantes bulbeuses. Elle peut atteindre jusqu’à quinze centimètres de hauteur.

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Elle est constituée de trois tépales extérieurs oblongs blancs et trois tépales intérieurs, plus petits, en forme de coeur, rayés verts et blancs. On dit tépales lorsque les sépales et pétales d’une fleur se ressemblent! Chaque fleur a deux longues feuilles étroites qui ressemblent à des brins d’herbe plus épais. La tête de la fleur penche vers le sol. Elle dégage un doux parfum de miel. La dispersion des graines est assurée par les fourmis.

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Gulliver

Au retour des vacances, nous avons entamé le nouveau thème de lecture qui porte sur le voyage en mer et sur les eaux. La première série d’extraits porte sur le fabuleux roman satirique de Jonathan Swift, plus précisément après qu’un naufrage ait fait échouer Lemuel Gulliver sur l’île de Lilliput où vivent de minuscules habitants. Un récit qui m’a fascinée enfant! Les trois extraits sont tirés du manuels scolaires anciens « Une semaine avec… » de Marcel Berry que l’on retrouve sur le site Manuels anciens. Le tapuscrit a été réalisé par Pierre Jacolino. J’y ai ajouté mon travail habituel de lecture inspiré en partie du manuel de Berry.

                                                     I – Prisonnier des nains
1. Quand je m’éveillai, il faisait grand jour. Je voulus me lever, impossible ; mes bras
et mes jambes étaient attachés à la terre par des milliers de fils, ma tête était retenue au sol par mes cheveux, tendus un par un au moyen de pieux minuscules fichés en terre. Il semblait que je fusse pris au piège d’une immense toile d’araignée. 

2. Je sentis quelque chose courir sur tout mon corps, et je crus à une invasion de
souris. C’était une multitude de créatures humaines à peine hautes comme la main et armées de flèches, qui grimpaient et descendaient le long de mon corps en poussant des cris aigus, en prononçant d’une voix aigre des paroles inintelligibles pour moi ! Ces insectes humains me traitaient comme une cible en me lançant une grêle de flèches, et je me trouvai bientôt transformé en pelote d’aiguilles.

                                                                           . . .

                                                                          

                            La suite du récit sur le dossier du site Littérature au primaire

Pour retrouver les trois extraits de Gulliver tirés du manuel de Berry et mis en version Word par Pierre Jacolino: Gulliver en version Word

Pour télécharger le travail d’accompagnement du texte:  Gulliver CM1 .

 

Gulliver 1                   Gulliver 2

 

Gulliver3           Gulliver 4

 

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Pour démarrer le matin

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J’aime que la journée s’entame avec un mot copié dans le cahier. Il s’agit parfois de devinettes, d’énigmes, de mots riches de vocabulaire, de proverbes, de virelangues, de citations. Une courte phrase suffit. Quand elle exprime une noble idée c’est encore mieux! Durant cette courte période, l’enfant est appelé à écrire avec soin. Pour alimenter cette période,j’ai trouvé chez Charivari une mine de ressources qui égaye ce temps. Les exemples illustrés sont tirés des phrases 16 petits bonheurs.

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Le bonheur d’écrire au début de la journée et de décorer joliment son cahier: c’est si précieux et cela démarre bien la journée!

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L’instruction en héritage

« Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à la raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain ces opinions de commande seraient d’utiles vérités ; le genre humain n’en resterait pas moins partagé en deux classes : celle des hommes qui raisonnent et celle des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves. »

 Condorcet 1792

Albert Anker

Quelle extraordinaire leçon nous apprend l’histoire! Alors que  si longtemps le savoir était réservé aux puissants, on a voulu étendre l’instruction à l’ensemble de la population. On a voulu rendre les humains égaux. On a désiré rendre capable de raisonner par lui-même chaque individu. Et ce processus a mis des siècles à se mettre en place!

Aujourd’hui, à force de chercher à décortiquer la pédagogie, nous sommes en train de perdre l’essentiel: l’instruction! Un héritage culturel colossal est en train de disparaître et entraîne dans sa chute la capacité de raisonner des générations à venir. Il n’est pas étonnant que le retour à l’obscurantisme refasse surface avec comme nouveaux charlatans les réseaux sociaux.

Nous en sommes venus à interpréter que celui qui veut transmettre est un dominant  alors qu’il a joué dans les siècles derniers le rôle de celui qui tend la main pour hisser à ses côtés, élever l’élève vers le savoir . D’ailleurs l’étymologie d’élève parle pour elle-même…

Peut-être faudrait-il relire Condorcet :

« Messieurs,

Offrir à tous les individus de l’espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d’assurer leur bien-être, de connaître et d’exercer leurs droits, d’entendre et de remplir leurs devoirs ; Assurer à chacun d’eux la facilité de perfectionner son industrie, de se rendre capable des fonctions sociales auxquelles il a droit d’être appelé, de développer toute l’étendue des talents qu’il a reçus de la nature, et par là, établir entre les citoyens une égalité de fait, et rendre réelle l’égalité politique reconnue par la loi : Tel doit être le premier but d’une instruction nationale ; et, sous ce point de vue, elle est pour la puissance publique un devoir de justice.

Diriger l’enseignement de manière que la perfection des arts augmente les jouissances de la généralité des citoyens et l’aisance de ceux qui les cultivent, qu’un plus grand nombre d’hommes deviennent capables de bien remplir les fonctions nécessaires à la société, et que les progrès toujours croissants des lumières ouvrent une source inépuisable de secours dans nos besoins, de remèdes dans nos maux, de moyens de bonheur individuel et de prospérité commune ;

Cultiver enfin, dans chaque génération, les facultés physiques, intellectuelles et morales, et, par là, contribuer à ce perfectionnement général et graduel de l’espèce humaine, dernier but vers lequel toute institution sociale doit être dirigée ;

Tel doit être l’objet de l’instruction ; et c’est pour la puissance publique un devoir imposé par l’intérêt commun de la société, par celui de l’humanité entière. (…) Nous avons pensé que, dans ce plan d’organisation générale, notre premier soin devait être de rendre, d’un côté, l’éducation aussi égale, aussi universelle ; de l’autre, aussi complète que les circonstances pouvaient le permettre ; qu’il fallait donner à tous également l’instruction qu’il est possible d’étendre sur tous, mais ne refuser à aucune portion de citoyens l’instruction plus élevée, qu’il est impossible de faire partager à la masse entière des individus ; établir l’une, parce qu’elle est utile à ceux qui la reçoivent ; et l’autre, parce qu’elle l’est à ceux même qui ne la reçoivent pas. La première condition de toute instruction étant de n’enseigner que des vérités, les établissements que la puissance publique y consacre doivent être aussi indépendants qu’il est possible de toute autorité politique. (…) Nous avons observé, enfin, que l’instruction ne devait pas abandonner les individus au moment où il sortent des écoles ; qu’elle devait embrasser tous les âges ; qu’il n’y en avait aucun où il ne fût utile et possible d’apprendre, et que cette seconde instruction est d’autant plus nécessaire, que celle de l’enfance a été resserrée dans des bornes plus étroites. »

Cité dans « 1789, recueil de textes et documents du XVIIIème s. à nos jours », édité par le Ministère de l’Education Nationale et le Centre National de la Documentation Pédagogique 1989, p. 139

 

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La force de l’ennui

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Il fait un froid de 5 ou 6 « bérie » aurait dit mon beau-père! Nous avons la chance de travailler au chaud à l’intérieur. Nous en profitons pour nous concentrer dans ce calme qui nous enveloppe. J’aime à penser que le bonheur se trouve dans les petites choses ordinaires du quotidien. Je  crois aussi que le travail le plus simple demeure le plus efficace sur le long terme.

Il  existe une course effrenée pour le podium des pédagogies. On cherche souvent à innover, à amuser, à rendre ludique notre approche en enseignement, en croyant qu’ainsi intéressés, les enfants apprendront mieux. Plus le temps passe, plus je me rends compte que la routine tranquille fait plus pour la solidité des apprentissages que l’activité effervescente à paillettes.

Hier, ma plus jeune travaillait sur un texte de Gulliver de Jonathan Swift. Dans l’un des exercices, il lui était demandé de faire cinq propositions à partir de l’extrait du récit , en commençant la phrase par « Gulliver… ». Ainsi, par exemple, en se référant au texte, elle pouvait écrire: « Gulliver se réveille sur la plage », « Gulliver est attaché par des liens »etc. Pour être honnête c’était à la limite d’être « barbant » pour elle. Et je constate que dans ce contexte très cadré, elle a écrit ses cinq propositions sans faute d’orthographe.

Dans l’exercice suivant, il lui était demandé d’écrire cinq phrases qui contiennent chacune deux propositions. L’exercice ne portait plus sur le texte lui-même et seul le premier terme de la phrase lui était « imposé ». Il n’en fallait pas plus pour que son esprit débordant s’enflamme et qu’elle se mette à pondre des phrases autour d’un récit rigolo! Ainsi, la boulangère mangea  tous ses gâteaux et fit un gros rot. Les clients eurent peur et s’en allèrent en dehors de la boulangerie. La poule arrêta de pondre des oeufs pour la boulangère et s’enfuit. Le fermier arriva avec sa hache et chercha sa poule. La baleine qui avait vu l’avis de recherche, hébergea la poule.

Le texte qui a fortement amusé ma fille était par ailleurs rempli de fautes d’orthographe! C’est normal car dans ce contexte, son imagination le disputait à sa concentration sur l’exactitude de l’orthographe. Bien souvent, un enfant qui ne maîtrise pas encore tout à fait l’orthographe, ne peut exécuter plusieurs tâches à la fois. Est-ce qu’il faut en conclure qu’à présent ma fille ne fera plus que des exercices qui l’ennuient? Bien sûr que non! Ce serait dommage de passer à côté de tels petits récits qui sont le sel de nos petits travaux!

Cela me permet cependant de constater l’importance de savoir réserver des plages de travail dans « l’ennui ». On a vite fait de vouloir bannir l’ennui de l’enfance.  « Il s’ennuie en classe » est presqu’un mantra qu’on entend partout autour de nous. Il est vrai que devant l’indigence des programmes scolaires, un enfant qui maîtrise bien, aura vite fait de trouver le temps long car il manquera de défis. Mais même lorsque le niveau présente à l’enfant des défis, celui-ci peut s’ennuyer. C’est ennuyant d’apprendre les tables de multiplication par coeur. Pourtant quel outil merveilleux pour aller plus vite et plus loin en mathématiques. Quel ennui ces règles de grammaire et ces conjugaisons! Mais quel sésame pour entrer dans une communication plus fluide et mieux exprimer ses pensées!

Ainsi, l’ennui est un précieux allié pour mieux travailler des notions qui exigent de la concentration, ou pour développer des automatismes qui facilitent les apprentissages.

La règle d’or en enseignement repose sur la même sagesse qu’en alimentation: n’abuser de rien, et prendre de tout en portion raisonnable…

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Leçon de choses sur la neige

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La leçon de choses en est une d’observation. Nous étudions un « objet » que sous sa forme concrète et observable. Il a donc fallu attendre la neige pour en traiter!

Ces leçons peuvent sembler inutiles. On prend toujours trop souvent pour acquis certains sujets abordés ensemble. Ainsi, il est évident qu’ils connaissent la neige. Ils savent qu’à 0°C, l’eau gèle! Que vont-ils apprendre alors? C’est à chaque fois avec un étonnement ravi que je découvre qu’il y a toujours matière à mieux connaître des sujets dont on croit tout savoir!

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Des flocons gros comme des plumes d’oie tombaient. Vite, nous nous sommes empressées d’enfiler nos vêtements chauds et sommes parties nous promener. Pour mieux observer ces flocons, je m’étais munie d’un linge noir. Le contraste des couleurs nous a permis de mieux détailler les branches des cristaux formés. Mais, quand la température est autour de zéro, ces cristaux sont bien éphémères! Ils fondent rapidement sur le linge.

Cformes cristaux de neigehaque flocon composé de cristaux de neige est en soi une oeuvre d’art unique! Mais comment se forment ces cristaux de glace?  » (Ils) naissent et se développent au sein des nuages à température nettement négative. Sous l’action de mouvements ascendants au sein de l’atmosphère, de la vapeur d’eau provenant des couches basses de l’atmosphère remonte vers des couches atmosphériques d’altitude plus élevée. Elle s’y condense alors sur les microscopiques poussières en suspension dans l’air, soit sous la forme de micro-gouttelettes d’eau en surfusion(1) soit sous celle d’un microscopique germe(2) de glace : c’est la naissance du cristal. Débute ensuite sa phase de croissance : de la vapeur d’eau continue à se condenser sur le germe de glace initial, en provenance des micro-gouttelettes d’eau liquide surfondue également présentes dans le nuage, par effet Bergeron. La taille du cristal passe ainsi de quelques micromètres(3) à quelques millimètres. Sa forme dépend principalement de la température à laquelle il se développe. On observe trois formes types : les étoiles, les plaquettes, les aiguilles et colonnes.« 

Le flocon ne demeure pas dans sa forme initiale une fois formé. En évoluant, les flocons ont tendances à se briser , les branches peuvent se fusionner ou s’arrondir.

Grains fins        Grains à faces planes       Gobelet      Grains ronds

La neige se tasse au fil des jours et l’air commence à se retirer entre les flocons. Cette neige au départ si légère, si  meuble, si tendre, devient plus dure, plus tassée en l’absence d’air. Plus la neige se durcit, moins elle se prête aux jeux des enfants. On remarque facilement quand elle est « bonne » pour faire des boules ou non! La neige aux grains ronds est, elle, idéale pour la glisse. C’est sans doute pourquoi la neige artificielle est propice aux pentes de ski: le grain rond du flocon est conçu sciemment à cette fin!

L’eau gèle à 0° mais selon qu’elle se formera en neige ou en glace, elle ne présentera pas les mêmes propriétés. La neige est blanche et se moule. La glace est transparentes et pour la faire changer de forme il faut la casser.

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La leçon est ensuite colligée dans le cahier.

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Béa neige

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Je me suis inspirée de la leçon du manuel ancien J. Lasalmonie et P. Fournier, Leçons de choses au Cours Élémentaire, Delagrave (1958) , de Orieux-Everaere – Exercices d’observation CE1 ,en plus du lien de Météo France, cité plus haut, afin d’apporter plus de contenu suivant le niveau de l’enfant.

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Image tiré du blog Manuels Anciens

Neige leçon de choses

Image tiré du blog  Leçon de choses

 

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Berceuse du soleil

Parmi les petits trésors que j’ai retrouvés, voici ce poème de Pierre Gamara qui était le préféré de mon fils aîné lorsqu’il était en CM1. J’avais tenté sans succès de le retrouver sur internet. Je le mets donc en ligne, ainsi cela permettra de partager ce joli poème rempli  d’images colorées autour du coucher de soleil.

Berceuse du soleil

Dans une chemise vermeille

Brodée de lapis-lazuli,

Le soleil trotte vers son lit,

Clémentine, orange, groseille.

 

Sur des tapis de caramel

Tranquillement prenant ses aises,

Le soleil roule au fond du ciel,

Mûre, figue, framboise, fraise.

 

Le soleil a sommeil je crois,

Sans craindre le petit vent froid,

Monsieur soleil se déshabille,

Citron, pêche, melon, vanille.

 

Otant ses chaussettes lilas,

Reine-claude et prune violette,

Le soleil met son pyjama

Et s’approche de sa couchette,

Le soleil s’endort dans des laines,

Dans des duvets et des nylons,

Et ses draps sentent la verveine.

 

Madame la nuit sur la plaine

Danse dans ses noirs pantalons.

 

Berceuse su soleil dessin Jonathan

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