À bout de souffle?


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Réponse aux questions de M. C., de A. L. et Esther… et à tous les parents enseignants qui traversent un passage à vide.

Le début de l’année avait bien commencé. Vous étiez heureuse car tout tenait en équilibre! Le temps de travail intellectuel se le partageait aux promenades en nature et vous aviez du temps pour les arts et la lecture offerte. L’IEF de rêve…

Mais ce temps béni n’a pas duré. Jeannot est tombé malade. Rien de grave, une simple gastro. Marinette a suivi puis ce fut le tour de Pierrot. Enfin – puisque ce serait moins drôle – vous avez conclu la série. Vous avez « perdu » une semaine de classe. Rien de grave!  Vous reprenez le collier la semaine suivante. La première journée est déjà interrompue en  matinée en pleine dictée car le chauffagiste fait sa révision annuelle (et vous aviez oublié qu’il passait ce matin-là). Vous devez le conduire dans la salle où se trouve la chaudière. Il vous signale un problème. Vous discutez de la réparation. Vous revenez vers vos enfants, mais ceux-ci se sont dispersés pour aller jouer… Vous les rappelez. Ils arrivent en rangs dispersés. Ils mettent dix minutes à se rasseoir car Marinette chouine que le playmobil avec le castor sur le polo est à elle, et Pierrot assure que non, c’est lui qui l’avait reçu pour son anniversaire! Le temps que le calme revienne vous ne savez plus où vous en étiez et regardant l’heure, vous réalisez qu’il est 11 heures 23…

« Bon, laissez faire, je vais préparer le repas.« 

En après-midi, vous arrivez à faire cette leçon d’histoire sur le Moyen-Âge qui plaît à vos enfants. Vous avez devant vous vos enfants,  tous déguisés:  Jeanne d’Arc , le chevalier Bayard et Richard Cœur de Lion avec sa couronne. Après la leçon, vous proposez de faire un château-fort en carton pour illustrer la leçon. Pierrot se souvient qu’avant d’être malades ils devaient faire une maquette en biscuits et cones et que le matériel attend dans le placard… Ah oui… bon, vous êtes un peu contrariée car depuis la gastro vous aviez au moins réussi à remettre dans la routine des goûters à base de fruits et de noix… « Allez chercher ces biscuits. » Pendant ce temps vous mettez un CD de comptines anglaises. Vous avez presque réussi une journée complète de classe. Demain sera meilleur…

Le lendemain matin, alors que le réveil a été pénible et que vous avez peiné à mettre tout le monde à la tâche – parce que Jeannot était de mauvais poil, puisque le playmobil avec le castor sur le polo était en fait le sien, et qu’il a mené une fronde dans la chambre des petits pour le récupérer – vous retrouvez enfin le fil de la dictée commencée hier, mais que vous mettez de côté car finalement vous allez revoir un peu de grammaire: les enfants ne savent plus le but de la leçon. Vous enchaînez avec un peu de maths. Vous en êtes au calcul mental quand sonne à la porte tante Gertrude que vous n’avez pas revue depuis plus d’un an! Elle arrive les bras chargés de cadeaux. Elle lance à la volée: « J’ai pensé qu’il serait bon  qu’en ce mois de novembre ces pauvres enfants soufflent une journée et leur maman aussi! Mes pauvres enfants, votre maman vous fait travailler trop fort! Tenez, voici pour vous! » Des petits jouets, des bonbons en quantité suffisante pour tenir jusqu’à Noël et pour vous une magnifique boîte de thé. On range les cahiers pour la journée…

Le mercredi, c’est une demi-journée. Vous avez prévu une classe promenade et une leçon de chose. Vous perdez une demi-heure à chercher les chaussures de Marinette qui sont toutes dispersées. Vous parvenez à mettre le nez dehors. L’air est frais et bon. Vous rentrez à la maison avec un petit panier d’objets de la nature à observer et dessiner. La leçon de choses se passe bien. Il n’y a le temps pour rien d’autre car il faut se dépêcher à partir pour les activités extérieures de l’après-midi.

Jeudi et vendredi, les enfants sont déconcentrés, vous avez des démarches administratives à effectuer et seuls le français et les maths ont le temps d’être faits. La lecture offerte ce sera dans une autre vie!

La semaine suivante n’est pas mieux. Vous regardez votre progression de l’année et voyez le « retard » s’accumuler. Ni les enfants, ni vous-mêmes ne pouvez vous concentrer sérieusement. Lundi prochain, on va reprendre les choses en main et mettre un horaire bétonné. Ce sera manu militari . Fini la rigolade!

Une photo de l'école de Buigny-lès-Gamaches, prise dans les alentours de 1910, et qui est apparu depuis dans beaucoup de livres d'histoire. Sur cette photo vous pouvez lire la phrase suivante : "Le peuple qui a les meilleures écoles est le premier peuple, s'il ne l'est pas aujourd'hui il le sera demain" Jules Simon.  Pour l'anecdote, cette photo a été prise pas très loin de mon lieu d'habitation ^^

Or, les choses s’enveniment car les enfants commencent à ne plus vouloir entrer dans le travail. Jeannot pleure dès qu’il est question d’écrire… Marinette ne se souvient de rien et Pierrot, bien qu’autonome et avançant vite, bâcle son travail…

Vous songez à rescolariser tout ce petit monde car vous n’y arrivez plus…

Remettre les enfants à l’école peut être une solution pour certains. Mais cela demande une très bonne raison pour le faire en plein milieu d’année car l’ajustement est exigeant dans ces conditions. Pour quelques enfants, il est possible que ce soit ce qui convienne le mieux. Mais pour la majorité, une simple remise en selle suffira en admettant quelques ajustements et réflexions.

L’IEF idéal n’existe pas tout comme l’école idéale n’est pas de ce monde. Il y a des IEF où cela se passe mieux. Mais en général, pour une même famille, les bonnes périodes alternent avec des passages à vide. Des périodes riches en apprentissages, où tout roule et d’autres qui sont plus interrompues… Il faut réajuster en maintes  occasions durant l’année. Il est normal que la classe se voit souvent dispersée car le rôle du parent enseignant n’est pas simple. Il ne referme pas la porte de sa classe en se dédiant à cette unique cause. Il gère également les aléas de la vie de famille: une naissance, un enfant malade, un bris d’appareil ménager avec les démarches nécessaires à la réparation, etc… Notre temps est souvent interrompu. Et il nous faut mener de front cette réalité.

2° Votre présence est essentielle. L’autonomie d’un enfant ne sera jamais totale. On ne peut pas laisser un enfant, surtout au primaire (et même au collège), gérer seul ses journées de travail. Si vous optez pour un horaire choisi par l’enfant, cela ne vous dispensera pas d’être là à ses côtés. Votre présence stimule et encadre son travail.

Structurez vos journées. Organisez les activités avec un peu d’avance (quitte à les modifier). Ayez une direction. Établissez une progression afin de vous y retrouver. L’improvisation peut s’inviter une journée mais on ne tient pas une année ainsi.

Soyez régulier dans vos horaires. Les enfants, contrairement aux idées reçues en IEF, aiment la routine, et apprécient retrouver un canevas sécurisant pour le rythme de leur journée.Commence-t-on par une lecture offerte ou un moment d’écriture, à moins que ce ne soit par de la morale ou du calcul mental? A vous de le définir!

Quand vous reprenez après un épisode « chaotique », ne tentez pas de le faire de manière rigide! Il est normal de stresser en voyant le retard que l’on prend sur ce que l’on s’était fixé. Mais résistez à mettre en place un emploi du temps rigide sans respiration car les enfants risquent fort de prendre en grippe le travail scolaire. Au contraire, s’il faut reprendre, miser sur une reprise où règne une bonne ambiance. Il faut relancer la dynamique, le processus et surtout la joie de faire la classe ensemble. Que votre classe soit chaleureuse!

Ne négligez ni la nature, ni les arts, ni la lecture. Quand on se sent bousculé par le retard, il est normal qu’on veuille faire sauter ce qui nous semblera le moins important. Il est vrai qu’il m’arrive aussi certains jours de renoncer à la promenade, à la lecture ou aux arts. Mais c’est une erreur! Ces moments sont aussi essentiels que ce que nous considérons comme fondamentaux. Il faut équilibrer les journées. Dès qu’on retire ces moments, l’IEF devient sec et sans joie, ni vie…

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Les chemins qui nous conduisent à l’instruction en famille divergent. C’est parfois un enfant en souffrance scolaire qui nous fait emprunter cette voie. Parfois, c’est par conviction pédagogique ou pour vivre la vie en famille autrement. C’est à n’en pas douter une responsabilité énorme! Mais aussi une occasion de vivre de beaux moments, tout en acceptant que tout ne soit pas facile ou idyllique! Ce temps passe très vite. Il est important d’en profiter pour assurer de bonnes bases à nos enfants. Mais ne négligeons  pas   toutes les occasions de vivre des bonheurs simples ensemble à travers des travaux manuels, des lectures partagées, des promenades en nature, des visites de musée. Car tout ce que nous partageons avec eux tisse le canevas de leur vie future.

 

 

 

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A propos Brune

Mère-enseignante de 8 enfants. Site: grandirpresduchataignier
Cet article a été publié dans accueil, école-maison, Divers, IEF, Instruction formelle, les rythmes "scolaires" IEF, Réflexions, Repas et tâches quotidiennes. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

8 commentaires pour À bout de souffle?

  1. Sylvie dit :

    C’est tellement… mais tellement « ça » !!!! 🙂

  2. Emma dit :

    Bonjour Brune,
    Merci pour ce billet.
    Merci de décrire de façon si réelle mon quotidien (ça m’a fait tout bizarre d’ailleurs) et si drôle.
    Merci de me permettre de me sentir moins seule : il y en a donc d’autres qui vivent ça !?!?
    Merci de montrer aussi cet aspect de l´IEF : exit les licornes et leurs amis les bisounours.
    Merci pour vos conseils, car oui, j’aurais tendance à me durcir, à me focaliser sur les matières « essentielles » (maths, français)… Alors que tout est important pour nos enfants.
    C’est toujours un plaisir de vous lire : vos billets sont nuancés et, même si je commence à avoir ce mot en horreur tellement il est galvaudé, bienveillants. La douceur et l’amour émanent de vos récits, de vos conseils, de vos anecdotes. Et ça fait du bien !
    Emma

    • Brune dit :

      Merci pour ce mot touchant! Tant mieux si vous avez pu vous y reconnaître. Je pense que cela nous touche tous, et même les professeurs en classe pour d’autres raisons… C’est peut-être dû à ce phénomène qu’on appelle « réalité »! 😀

  3. Cerina dit :

    👏👏👏👏

  4. EBM dit :

    Juste un mot : merci !

  5. nadeirdre dit :

    Courage ! et merci pour ces lettres et ces mots que vous prenez le temps d’écrire ! MERCI.

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