« Il faut marcher » : un court texte à méditer


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Voici un court texte qui permet d’inciter les enfants au plaisir paradoxal de la marche, de l’exercice, de l’effort. La satisfaction au bout du chemin se découvre à la condition d’avoir -n’ayons pas peur des mots- « peiner ». Ce texte de l’historien Halévy, écrit en 1935, n’est pas un appel au masochisme malgré qu’on puisse y lire que « l’homme est fait pour la peine« . Il s’agit plutôt de l’éloge de l’effort. Sans effort point de satisfaction… Ce principe s’applique, d’ailleurs, au-delà de la marche à tout domaine et particulièrement à celui du travail scolaire.

L’été est à nos portes. Les enfants randonneront peut-être avec vous sur les sentiers de la nature. Ce petit extrait contribuera peut-être à faire écho à la cadence de leurs pas. Mais il faut avoir déjà « marcher » pour bien saisir ce texte. La marche, la longue marche, est une leçon de vie.

Il faut marcher

Il faut marcher; c’est le plus vieil exercice des hommes. Nos pères ont traversé l’Asie, l’Europe, leurs pas ont fait sonner deux continents. Comme eux, il faut marcher: c’est la plus antique habitude, elle n’est pas perdue, mais seulement affaiblie, et bien vite on la réacquiert. C’est la marche qui a fait l’homme, et le corps de l’homme est fait pour la marche, il se réconforte en marchant, il s’apaise et se réjouit.

Et l’esprit de l’homme, comme son corps, est fait pour la marche, pour la durée d’un  jour et la longueur d’une étape. Rien ne lui est si favorable que l’aube du départ et le crépuscule de l’arrivée.

Ecoutons la cadence de nos pas: c’est la plus vieille musique des hommes. Le premier de tous les chants, les chants de marche, c’est le pas qui les a rythmés. Ecoutons la cadence de nos pas; pendant des heures, écoutons-la, qu’elle nous porte et nous rassérène. Elle sonne invariable et forte, mais le sol a des réponses variées: le franc granit, la tourbe ou le douteux humus. Rien n’est si beau que la cadence de nos pas.

Il ne faut pas craindre la peine; c’est la peine qui a fait l’homme et l’homme est fait pour la peine; il s’y retrouve et s’y anime. Il faut, plusieurs fois l’an, connaître la chaleur ou le froid des routes, l’effort de gravir les côtes avec le soleil sur la tête ou la neige dans les yeux, et sur les épaules le poids d’un fourniment, d’un repas, d’un livre. La peine est bonne pour le corps et utile à la pensée. Si l’étape est enfin pénible, c’est ce qu’il faut! A quoi donc pensera-t-il, celui qui n’a pas connu la vie, l’antique vie mesurée par la peine, la dure journée mesurée par ses pas?

Daniel Halévy
Visite aux paysans du centre (1935)
Tiré du manuel de Marguerite Reynier « Lecture et travaux « 1946
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A propos Brune

Mère-enseignante de 8 enfants. Site: grandirpresduchataignier
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9 commentaires pour « Il faut marcher » : un court texte à méditer

  1. Sylvie dit :

    J’adore… merci de la découverte !

  2. Anika dit :

    Ce texte fait écho au livre « Pas à pas, faites de la marche un art » qui vient de paraitre, écrit par Erling Kagge, un explorateur/marcheur norvégien. Je n’ai pas encore lu, mais voici le descriptif :
    Erling Kagge, aventurier des temps modernes, choisit de prendre le temps dans une société où tout doit aller vite. Dans Pas à pas, il défend un «art de vivre» mettant la marche au cœur de notre existence, comme principe fondateur de l’homme et discipline philosophique à part entière.
    Si vous le souhaitez, je peux vous scanner l’article de l’hebdomadaire La Vie qui parle de ce livre.
    Anika

  3. Mama Maus dit :

    « La peine est bonne pour le corps et utile à la pensée.  »
    Tout à fait d’accord. Quand j’ai des soucis, j’aime tant aller marcher…
    Et lorsque nous avons eu des décisions importantes à prendre avec mon mari, nous aimons tant aller marcher et discuter du problème que nous devons résoudre. C’est incroyable comme cela nous aide à structurer nos idées ou … oublier les soucis et vibrer avec la nature.

    Nous avons réussi à donner le goût de la marche à notre fille. Bien sûr, au départ à 4 ans, c’était avec une récompense au bout : on va faire un pique-nique tout en haut… ou … tu vois le petit refuge : on peut y manger des saucisses. Si tu as bien marché, nous irons à la piscine après.

    Maintenant, à 6 ans et demi, elle n’a plus besoin de telles récompenses. C’est la fête d’aller en forêt pour voir les champignons (sa passion) et les insectes. C’est toujours la fête, car il y a toujours un pique-nique et des moments rigolos.
    Et enfin, on finit toujours par un bon moment de détente à la maison : un énorme goûter, une bonne douche puis un bon film pour se détendre. La rando, cela fleure bon le week-end, cela sent bon l’aventure.
    Et quelle fierté pour elle d’avoir su se dépasser en termes d’efforts physiques.

    La marche, une activité si saine pour le corps et l’esprit.
    Tant d’effort et d’endurance sans traumatismes ou chocs pour les articulations.
    Les choses les plus simples sont parfois les meilleures.

    • Brune dit :

      Votre fille est bien chanceuse de vous avoir! Cela fait plaisir à lire! 🙂

      • Mama Maus dit :

        Merci, c’est très gentil ! Cela me fait chaud au coeur.
        J’entends souvent des critiques comme quoi j’en fais trop… « mais tu en fais trop pour ta fille » ou « si elle n’était pas fille unique, tu ne pourrais pas t’en occuper ainsi » avec un ton empli de reproches. Or c’est juste une question de priorité 😉 Contrairement à mes collègues, nous ne sommes pas chacun dans je ne sais pas combien de club d’activités. Nous favorisons les activités communes qui nous rapprochent au lieu de tous passer le dimanche chacun dans son coin au foot, à l’équitation, à la danse et à la course. Si j’avais la chance d’avoir d’autres enfants, je les aimerai toujours autant et aurai toujours encore envie de m’en occuper… Car c’est la mission d’un parent.
        Ce qui compte, c’est que les parents aiment leurs enfants, les aident à grandir et leurs transmettent des valeurs. Que la famille soit toute petite ou une grande ribambelle joyeuse comme la vôtre. Le bonheur, ça ne se compte pas, ça se prend comme ça vient 🙂

        Je suis heureuse d’avoir pu trouver votre blog qui donne beaucoup d’importance au partage en famille.

        Bien à vous,

        Mama Maus

    • Brune dit :

      Il faut laisser dire. Je pense qu’on ne regrette jamais, jamais le temps qu’on a passé avec nos enfants.

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