La pointe du Raz


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Parfois, le hasard fait bien les choses. Revenant de la pointe du Raz, je suis tombée sur un texte d’Anatole France qui en traite dans un extrait trouvé au fil des pages du carnet Du vocabulaire à la Rédaction » Livret de l’élève n°1  de David A. Nous venions quelques jours plus tôt d’assister à un coucher de soleil à cet endroit. L’endroit doit être propice à ce type de contemplation vers le plein ouest puisque l’auteur y relate un coucher de soleil dans son livre intitulé  Pierre Nozière.

C’est dans ces moments que l’on sent toute la force des mots lorsqu’ils s’appuient sur une expérience fraîchement vécue. ma fille a lu très attentivement, assez émue, ce poignant passage descriptif dont elle se souvenait parfaitement.

A la baie des Trépassés

Nous approchons du bout de la terre. Nous avons passé la région des genêts et des ajoncs… nous touchons à la pointe du Raz. Déjà, nous découvrons à notre droite, une plage pâle que creuse une mer blanche d’écueils. C’est la baie des Trépassés.

Ici, sur le promontoire qui s’avance entre deux côtes semées d’écueils, finit la terre. Au bout de l’étroit sentier dans lequels nous nous engageons, la mer déferle, et déjà l’embrun nous enveloppe. Devant nous, l’Océan, où le soleil se couche dans un lit de flammes, étend au loin la nappe magnifique de ses eaux, que déchirent, çà et là, les rochers noirs, fleuris d’écume et sur laquelle l’Ile de Sein, sombre et basse, dort au ras des lames.

C’est ici que l’Océan est terrible ; c’est ici qu’il est puissant. Les lames qui brisent à quarante pieds au-dessous de nous couvrent d’écume la falaise et nous jettent au visage leur rosée amère. Après chaque coup de vague, le rocher, de nouveau découvert, répand avec un bruit clair, par toutes ses pentes, des cascades argentées.

A notre gauche, fuit la ligne désolée de la baie d’Audierne jusqu’aux rochers funestes de Penmarch. A droite, la côte hérissée de falaises et d’écueils se courbe pour former la baie des Trépassés. Plus loin, nous voyons luire comme un feu rouge sur le cap de la Chèvre. Plus loin encore, la côte de Brest et les îles d’Ouessant, bleuissant à l’horizon, se confondent avec le bleu léger du ciel.

L’océan et les falaises changent à tout moment d’aspect. Ses lames sont tour à tour blanches, vertes, violettes et les rochers qui, tout à l’heure, faisaient briller leurs veines de mica, sont maintenant d’un noir d’encre. L’ombre vient à grands coups d’ailes. Les dernières gouttes de flamme tombées dans la mer s’éteignent. Une grande lueur orangée marque seule l’endroit où le soleil s’est couché. C’est à peine si nous voyons encore les murs de granit qui, debout ou ruinés, ferment la baie des Trépassés.

Cette heure est d’une tristesse mortelle, et tout ici, le rocher, la lande et la mer, et le sable livide de la baie, tout nous dit la désolation de vivre.

Anatole France

Pour télécharger le document de travail: A la baie des Trépassés

Pointe du raz 1     Pointe du raz 2

Pointe du raz 3   Pointe du raz 4

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A propos Brune

Mère-enseignante de 8 enfants. Site: grandirpresduchataignier
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