Et si on leur apprenait à travailler avec ténacité?


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Mes enfants ont toujours eu l’occasion de jouer énormément dans une journée. J’ai toujours cru qu’il était important de les laisser jouer et de les y encourager le plus longtemps possible dans leur vie. Mais reconnaître l’importance du jeu ne devrait jamais occulter la responsabilité que nous avons de leur permettre d’apprendre à travailler. Le travail est une source de grande satisfaction de soi et contribue à construire une saine estime de soi. Mieux encore, apprendre à travailler permet d’acquérir le goût de l’effort si important pour la réussite scolaire.

Curieusement on dirait que nous sommes entrés dans une ère où il faudrait que les moments d’apprentissages soient uniquement et intrinsèquement ludiques. Et avec la variable « écran » l’apprentissage scolaire et le jeu se fondent et semblent ne faire plus qu’un… en tous temps!

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Je suis amenée à faire beaucoup de soutien scolaire et je constate que les écrans rendent les élèves très passifs. Ils n’ont plus envie de faire d’effort, de faire leurs travaux scolaires, de lire et même, certains, de jouer dehors… Alors, je suis très dubitative devant les innombrables vertus que l’on prête à l’apprentissage avec tablette en classe (que cette classe soit  maison ou en établissement). Ces écrans, très captatifs, semblent retirer tout désir de passer à l’action de quoi que ce soit…Une professeur au collège me confiait qu’avec ses collègues elle a constaté que les élèves n’ont d’intérêt à rien d’autre qu’à leur portable. Elle organise des voyages scolaires et la seule question qui les intéresse est de savoir s’il y aura une « connexion » internet…

Or, les études nous montrent de plus en plus que la réussite individuelle (quels qu’en soient le but et l’orientation) repose essentiellement sur l’apprentissage à l’effort. Un enfant qui apprend à faire des efforts et à travailler avec ténacité a plus de chance de se réaliser dans le domaine qu’il désire que celui qui n’a pas appris à faire des efforts. Le Q.I. ne serait pour rien dans la réussite… et même il y aurait une corrélation inverse  selon Angela Lee Duckworth spécialiste américaine de la question. Son ancien travail de professeur de mathématiques au collège à New York l’a amenée à observer que le plus grand facteur pour réussir résidait dans l’effort et la ténacité (grit).

 

Je suis convaincue depuis le départ en IEF qu’il est impératif de développer le goût de l’effort chez l’enfant. Et le temps a amplifié cette conviction. J’y vois des bénéfices nombreux. Un enfant qui apprend à faire l’effort de travailler travaille plus facilement. Une lapalissade, dira-t-on… Certes, mais il nous faut retrouver cette vérité. Les savoirs ne peuvent pas tous se faire à travers les jeux, la motivation et le plaisir. Il faut parfois apprendre à se confronter à certains savoirs. Si nous n’apprenons pas à nos enfants à « tenir » devant la difficulté, ils ne connaîtront pas la joie et la fierté qui résultent lorsqu’on a enfin réussi à dépasser l’obstacle! C’est une véritable leçon de vie!

Le plus curieux dans l’histoire c’est que l’expérience de cette méthode m’a plus d’une fois démontrée que les enfants peuvent trouver du plaisir dans le travail. S’installer au calme, ouvrir son cahier, s’appliquer de son mieux pour écrire apportent beaucoup de satisfaction. Ce qui ne veut pas dire qu’un enfant qui aurait le choix ne choisira pas avant tout le jeu… Mais, je crois qu’il y a un temps pour chaque chose … Ce qui ne veut pas non plus dire que l’on ne peut jamais introduire une notion scolaire par le jeu. Mais je pense que tous les apprentissages ne se prêtent pas au jeu et que d’apprendre à travailler en leur absence est bénéfique.

Mon mari a dit à une de ses classes en début d’année: « Je vais vous faire deux promesses: je vous promets que mon cours ne sera pas intéressant –à ce moment le plus turbulent de la classe a pointé un œil totalement médusé en sa direction– et je vous promets que mon cours ne sera pas inintéressant. Car l’intérêt ne réside pas dans la matière que j’enseigne… L’intérêt réside en vous et c’est à la mesure de l’intérêt que vous porterez à mon cours que ce dernier deviendra intéressant. »

Après des décennies de pédagogie qui nous scandent en mantra qu’on apprend mieux par le jeu (avec le succès que l’on connaît tant les niveaux baissent), peut-être est-il temps de penser à apprendre en travaillant. Et que ce travail scolaire réserve de vrais plages de plaisir et de satisfaction pour l’élève.

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A propos Brune

Mère-enseignante de 8 enfants. Site: grandirpresduchataignier
Cet article a été publié dans accueil, école-maison, Divers, IEF, Instruction formelle, Réflexions. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

12 commentaires pour Et si on leur apprenait à travailler avec ténacité?

  1. Enid dit :

    Héhéhé, nous sommes du même avis. Mettre l’enfant en capacité de produire un travail personnel qui soit réussi, c’est effectivement lui permettre d’apprendre à travailler sans faux-semblant. Je crois qu’il y a une différence entre ludique et ce quelque chose qui touche l’enfant en profondeur et l’amène à travailler pour lui-même.

  2. Sabrina dit :

    C’est tres intéressant et je suis d’accord avec tout ce que tu dis. Mon deuxième garcon de 11 ans est a la limite de la disgraphie et pourtant il écrit au stylo plume. Pourquoi ? Parce qu’il aime avoir un cahier propre et joli, regarder l’encre bleue , il s’applique même s’il y passe beaucoup de temps. Il est tenace et du coup fier de lui.

    • Brune dit :

      Comme c’est touchant cette application chez ton fils malgré ce défi de dysgraphie! Combien abandonne se disant que de toutes façons, ce n’est pas la peine d’essayer!

  3. Tout à fait d’accord. Je partage ! Ce qui est valable en IEF l’est aussi largement à l’école. Merci Brune !

  4. Sandrine dit :

    Un article qui fait du bien à lire. Je vais le relier avec plaisir.

  5. Poulette dit :

    Merci Brune pour cet article. Cela a toujours été un souci chez nous: trop de facilité jusqu’au bac et aucune habitude de travailler. Un vrai massacre après pour certains. J’ai commandé le livre d’Angela Duckworth parce que n’ayant jamais eu moi-même cette niaque, je ne peux pas la transmettre! Dommage que n’habitions pas du tout ta région, je crois que mes enfants auraient beaucoup aimé avoir ton mari comme prof.
    Poulette

  6. Merepoule dit :

    Nous rèflechissions justement à ce sujet en vue d’une gazette sur le labo 😊ça t’etonne??héhé
    Bravo pour ce billet tellement juste !

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