Quand l’école est un business


L’école Dynamique de Paris est issue de la Sudburry Valley school dans le Massachusset fondée en 1968. Cette école « est une micro-société démocratique où les enfants sont libres de faire leurs propres choix concernant leurs apprentissages et tous les autres domaines de la vie. Elle est ainsi libérée des programmes scolaires, des emplois du temps et des classes d’âges.« 

En vérifiant les tarifs pour une année scolaire, nous apprenons que la scolarité à la Sudburry Valley school coûte sept milles dollars américain par année. L’école dynamique de Paris demande des frais de scolarité s’élevant à 5000 euros par année (soit 500 euros par mois, par enfant). Il n’y a guère qu’à La croisée des chemins (à Dijon) qu’il y ait un effort social dans la prestation des prix et qui les réduisent  à 2700 euros par enfant. Ce qui demande tout de même de pouvoir dégager 270 euros par mois pour un seul enfant.

Le malaise que je ressens en regardant la vidéo tient dans la prestation que Ramïn Farhangi tient dans la com’ qui constitue la trame même de la vidéo: on nous vend un produit qui est une école. Je ne discuterai pas de l’efficacité (ou non) des méthodes qui y sont prônées. Je me dis seulement que des parents qui ont 5000 euros à mettre annuellement dans une école pour un enfant ont sans doute donné un vocabulaire de plus de 500 mots à leur enfant quand sonne l’arrivée en classe pour lui. Ils auront sans doute des relations pour leur enfant plus tard en cas de déroute du projet éducatif…

« Dans quel monde vivons-nous »?  Les projets éducatifs sont vendus à l’élite. Les écoles Montessori et Waldorf offrent des places très chères qui contrastent avec les origines de ces mouvements. L’école est devenu un business et les plus riches peuvent s’offrir ce produit de luxe.

Afficher l'image d'origineRetournons il y a cent ans à peine. A la place de Ramïn Farhangi nous aurions eu Maria Montessori, Rudolf Steiner ou Célestin Freinet pour tenir la tribune. Où ces pédagogues ont-ils ouvert leur école? L’une dans le quartier populaire de San Lorenzo à Rome où en vue d’améliorer la vie du quartier, un organisme met en chantier la construction de deux immeubles pour regrouper la population des taudis.L’autre crée la première « Libre école Waldorf » (qui) est inaugurée le 7 septembre 1919, et accueille essentiellement les eJPEG - 65 konfants de (ces) familles ouvrières pour un cycle d’études prévu d’emblée sur douze années. Le troisième, communiste, on ne peut douter de la vision éminemment sociale de son approche et donc insérée dans le tissu social intégrant sans l’ombre d’un doute les différentes origines sociales. Marie Pape-Carpentier, elle, est une pédagogue et féministe française qui combat la misère et l’injustice sociale, lutte pour l’éducation des filles, milite pour la question des femmes. Charlotte Mason, en vogue dans la sphère de l’IEF, œuvre pour une école « ouverte » à tous. Le terme « ouvert » qualifiait un programme d’études offert à tous les enfants, quelle que fût leur origine sociale.

Il y a cent ans, ces pédagogues, sans aucune exception, recherchaient  une instruction/éducation pour tous. Une préoccupation sociale les habitait!

Afficher l'image d'origineCélestin Freinet n’a pas trouvé « probante » les écoles libertaires de Hambourg: elles étaient par trop individualistes à ses yeux. Qu’aurait-il pensé de tous ces projets à la sauce « je-me-moi » tels qu’on les voit dans les écoles Sudburry, mais aussi dans des idéologies en IEF tels les mouvement libertaires où l’enfant est son propre guide et n’apprend que ce qu’il veut et quand il le veut, basé sur sa motivation intrinsèque uniquement.

Ces mouvements libertaires ont ceci de répréhensible  qu’ils ne permettent pas de créer un tissu social très fort pour l’avenir. Que serait une société constituée uniquement d’individus qui ne veulent que ce qui les intéresse? Nous pouvons en avoir une certaine idée aux Etats-Unis. C’est bien le problème des libertaires américains d’extrême-droite qui veulent un Etat réduit à sa plus simple expression! Ils veulent la liberté en matière d’armement, peu importe le désastre des chiffres en terme d’homicide sur le sol américain. Les autres ne les intéressent pas… Ils ne veulent pas payer pour un plan médical pour tous (n’ont-ils pas lutté de toutes leurs force contre l’Obamacare?). Que les pauvres se débrouillent pour se faire soigner, ça leur est égal…

Afficher l'image d'origineDes prestations comme celle de Monsieur Farhangi causent un autre tort: ils vendent du rêve que seuls les riches peuvent se payer. C’est le même problème avec le film « Etre et devenir« . Dans le film, vous voyez des enfants libres et heureux qui apprennent et voyagent! Ils partagent leur temps entre Paris et San Francisco. André Stern, emblème du unschooling, a pour parents deux universitaires en relations avec quantité de personnes cultivées qui ont pu apporter une richesse culturelle extraordinaire aux enfants Stern.

Le souci en IEF c’est que nombre de parents, à la suite de tels films se lancent sans grand moyen dans le unschooling. Les familles en IEF ne vivent que sur un seul salaire le plus souvent, et plusieurs sont modestes… Peu nombreux sont ceux qui disposent de moyens importants… Mais, ils se lancent dans l’aventure. Il y a de cela fort longtemps, une de mes amies, mère solo de quatre enfants vivait dans un petit appartement sans jardin et sans grand moyen. Son expérience d’unschooler a vite fait de tourner au cauchemar. Les enfants ont tous été rescolarisés. On ne rapporte jamais ces histoires dans les films. Pourtant, en plus de vingt ans en IEF, j’ai pu constater que l’expérience de mon amie n’a pas été unique…

Je ne dis pas que le unschool ne donne pas dans certains cas de bons résultats. Mais on ne dit pas que pour vivre cette expérience, il faut de bons moyens afin de donner un environnement riche aux enfants. Ou à tout le moins, il faut un parent disposant de grandes ressources culturelles et dévoué pour pallier l’absence de moyens. A ce jour je ne connais qu’une maman dans ce cas!

DSC06223Je crois davantage à l’instruction formelle qu’on aurait tort d’associer à un mouvement de pédagogie rigide! Nous partageons une partie de savoir commun sur lequel la société s’entend ad minima. Un partage de culture est un trait d’union avec les autres qui forment la société avec moi. Nous avons, au niveau sociétal, un héritage à transmettre à nos enfants: la langue, l’histoire, les mathématiques, les sciences.

Lorsque j’accompagne mes enfants en IEF, je veux bien sûr les accompagner dans une atmosphère de détente qui optimise leur envie d’apprendre. Je suis attentive à leurs intérêts et je leur donne l’occasion d’étancher leurs curiosités propres; je les aide à trouver des réponses à leurs questions.

Mais je transmets également une part de cet héritage séculaire, voire millénaire, car je les relie également à la société dans laquelle ils évoluent et à partir de laquelle ils construiront le monde de demain. Pour cela, ils doivent pouvoir partager certaines bases avec ce monde. Il s’agit d’un partage commun un peu normalisé.

On ne construit pas une société démocratique soucieuse de l’autre avec pour seul horizon  son « moi ». Une pédagogie saine à mes yeux doit être mise à la portée de toutes les couches sociales.

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A propos Brune

Mère-enseignante de 8 enfants. Site: grandirpresduchataignier
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38 commentaires pour Quand l’école est un business

  1. Je n’ai même pas regardé la vidéo : ce que tu en dis me suffit…
    Je suis totalement d’accord avec toi : c’est un non-sens absolu de devoir payer une fortune pour une école alternative ! Tout comme les produits naturelles hors de prix. Cette société a vraiment perdu le sens des valeurs…

  2. martine42 dit :

    Bonjour,
    Totalement d’accord avec vous . Une fortune pour une école alternative, ce n’est pas l’esprit d’une école ouverte à tous pour le développement des nos enfants . Les lobbings sur le Bio est malheureusement aussi d’actualité !
    Martine42

  3. Formidable ! Merci Brune. Je relaie immédiatement !

  4. LAURENCE dit :

    très beau billet Brune, bravo!

  5. LAURENCE dit :

    J’ajoute aussi que les pédagogies citées (Mason, Montessori, Steiner ou Freinet) sont formelles et c’est pour cela notamment qu’elles peuvent s’adresser rapidement au plus grand nombre.
    Il n’y a pas de hasard, dans les pays pauvres, lorsqu’on instruit les enfants en surnombre en classe multiniveaux avec très très peu de moyens disponibles, on le fait en formel. Pourquoi? Parce que ça coûte peu, demande peu de formation et porte du fruit…

  6. Poulette dit :

    Brune je crois que tu mélanges un peu tout, là. Il y a aussi des écoles où on fait du formel et qui sont très chères. Ce n’est pas du business, c’est juste que l’état, par pure idéologie, refuse de donner la liberté de choix aux parents (au moyen du chèque éducation par exemple).
    Après, l’histoire de formel/informel, quelle importance? Comme toi, je pratique le formel, de façon classique, j’apprécie chacun de tes articles sur le sujet.
    Et faire l’école à la maison, n’est-ce pas une forme d’individualisme? Ce n’est pas un reproche, le devoir des parents est de vouloir le meilleur pour leurs enfants, et si c’est l’IEF pour les tiens ou les miens, en route pour l’IEF! Elle nous permet d’associer l’acquisition des bases avec une grande liberté. Et c’est formidable.

    • Brune dit :

      Poulette, j’ai l’impression que tu n’as pas saisi l’essentiel de mon texte: école formelle ou informelle : l’école de la réussite devient un produit à vendre et de luxe… C’est surtout là mon propos. Ensuite, on peut te vendre n’importe quoi… en te faisant miroiter non pas des faits mais un rêve. M. Farhangi a beau parler du succès de ces écoles avec 80% d’entrée en études supérieures, cela ne me convainc pas tant que ces mêmes méthodes n’ont pas été appliquées parmi les pauvres. Montessori a passé par toutes les couches de la société, c’est de la pédagogie solide… mais les deux pub’ pour l’informel dans l’école citée et dans le film sur le unschooling ne s’appuient pas sur autre chose qu’une campagne de rêve sans chiffre auprès des populations difficiles. Derrière la com’ ou les belles images de film, on ne dit pas assez qu’il faut avoir les moyens pour vivre ces méthodes. Et de plus, je ne dis même pas ici le constat que j’ai pu faire en voyant moult jeunes arriver sur le marché du travail après un parcours informel…

      J’ai décidé de faire l’IEF parce que j’aime l’école… c’est un peu curieux à dire…j’en conviens.
      J’ai une haute idée de l’instruction et je pense que l’on est en train de détruire une richesse indéniable culturelle pour les générations présentes et à venir en fabriquant une école formatée pour les besoins de l’entreprise plutôt que de former des être cultivés et capables de réfléchir… Il se trouve que mes enfants sont au milieu de ces tournants et que je ne peux me résoudre à les y abandonner sans transmettre ce que les générations précédentes ont reçu… (Mais, il y a également du bon aujourd’hui et je ne manque pas de le leur transmettre également.) Et que parfois, les enfants des milieux favorisés ont une longueur d’avance (minimum).
      L’instruction est une priorité pour tous les enfants, pas que les privilégiés…

    • Brune dit :

      Quand j’aurai le temps je reviens te répondre là-dessus. Là ma pause est finie! :)D

    • Brune dit :

      « Je n’ai pas compris si tu fustiges l’informel ou le hors-contrat, en fait. » – Poulette

      En fait, ce que je fustige c’est le procédé publicitaire… Il y a une malhonnêteté intellectuelle qui m’amène à m’insurger. Je pense que Ghislaine Cotentin explique bien cela.
      Je dirais également que cela repose sur « l’émotif »! Dans la pub de l’école dynamique de Paris, et dans le film sur l’IEF. Dans la pub: « les enfants font ce qu’ils veulent quand ils veulent et aussi longtemps qu’ils le veulent ». Je n’aime pas qu’on s’appuie sur les émotions pour passer un message. Imaginons-t-on Maria Montessori ne pas s’appuyer sur des faits tangibles??? mais uniquement parler au niveau émotif à l’auditoire?

      C’est pareil dans le film. Tout le long, des images de bonheur avec une belle petite musique. On ne s’appuie sur aucun fait pour étayer les propos, juste les émotions encore une fois. Cela devient un film de propagande sans aucun recul. Et attention,si on n’est pas d’accord avec les propos du film, c’est qu’on est fermé aux autres façons de faire. (testé!!)

      J’aime qu’on ne nous vende pas un projet éducatif comme un « jus d’orange » qui dès que je l’aurai bu le matin je serai en forme et « tellement plus » de bonne humeur…
      J’aime qu’on étaye les faits , qu’on use de rigueur intellectuelle pour bien cerner les faits.
      A écouter ces propagandes dans les deux prestations (pub et film) il suffirait qu’un enfant fasse ce qu’il veulent de ses journées. En poussant l’absurde jusqu’au bout, on peut se demander pourquoi dans les quartiers défavorisées les enfants laissés à eux-mêmes (donc libres en quelque sorte) ne parviennent-ils pas à la l’ascension sociale?
      On omet de dire que l’enfant est le fruit de son environnement… et qu’il nous revient de lui offrir un environnement suffisamment riche afin qu’il puisse s’épanouir de manière « holistique » …

  7. LAURENCE dit :

    En vidant les programmes de leur contenu, l’Etat a mis un formidable coup d’accélérateur…il a creusé encore plus fort et plus vite le fossé et développer les inégalités. L’école à 2 vitesses c’est maintenant! Ils affirment vouloir réduire les inégalités, ils clament l’égalité à tout prix et ils font exactement ce qu’il faut pour que cela n’arrive pas…

  8. Emmanuelle dit :

    Juste une petite réaction sur le bio: Nous sommes producteurs de légumes bio et de viandes bio.70%de notre travail se fait à la main , désherbage, récolte, nous embauchons pour cela plusieurs saisonniers et mon mari travail environ 80 heures par semaine (50 en période creuse : janvier, février).. Alors OK le bio coûte un peu plus cher que le conventionnel mais je peux vous assurer qu’un certain nombre de conventionnels ne gagnent pas leur vie .Très peu de gens acceptent de gagner moins que le SMIC alors pourquoi les agriculteurs devraient le faire.
    Vraiment je réagis car j’en ai marre d’entendre dire que le bio est trop cher, si on se contente des produits de base et non les produits préparés c’est quand même accessible à beaucoup de personnes . Qu’un certains nombre de personnes aient les moyens de fumer un paquet de cigarettes par jour, aient toute la hifi dernier cri, portable et vêtement de marques ,et les entendre dire que le bio coûte trop cher (je ne parle pas de vous mais de connaissances proches), vraiment je souris. Concernant l’éducation j’aide quelques enfants en math et en français, je demande 5 euros par heure et certains me disent que cela leur coûte trop cher mais ils apprécient mon travail avec leurs enfants, d’autres me payent 10 euros de l’heure ( parce qu’ils le veulent) , ils ont conscience du temps que je passe en préparation et le temps que je passe avec leurs enfants. tout est en partie question de choix .
    J’aime beaucoup vos articles mais là je ne peux pas ne pas réagir.

    • Brune dit :

      Merci pour ce commentaire vu de l’intérieur. Je peux comprendre ce que vous voulez dire. Une alimentation saine ça se paye. Que le bio soit plus onéreux n’est pas tant ce qui me gêne, mais je me souviens d’une rubrique au « Figaro » (je pense) qui parlait d’achat de proximité, local et bio et ça revenait moins cher… J’ai testé, et j’ai vu ma facture malheureusement grimper. Je soutiens malgré tout le local. On est passé par l’AMAP également. Par conviction 😉 Nous voyons bien que les conditions de l’agriculture et combien ce métier sont devenu difficiles! Dans la vie, on fait des choix… des choix de consommation, des choix de mode de vie 🙂 Et je suis admirative de ce que vous faites: bravo! votre salaire est pleinement mérité.

      • Plouf le loup dit :

        Et par ton AMAP, ça revenait plus cher, Brune ? Parce que par celle où je suis (pour les oeufs, les légumes, une partie des fruits, etc.), ça me revient à peu près au prix du conventionnel de supermarché, alors que c’est bio et local, donc j’y gagne vraiment. Du coup je suis étonnée.

    • Brune dit :

      Ecoute, Plouf, le sac de légumes me paraît quand même cher pour ce qu’on y trouve… Etant donné le principe qu’il n’y a pas d’intermédiaire on devrait trouvé un prix à peu près équivalent au marché, or c’était tout de même plus cher. Après, Emmanuelle explique bien le travail considérable derrière. Par conviction je compte de toutes manières poursuivre en choisissant ce type d’agriculture.

      • ploufleloup dit :

        Ah oui. Je ne mettais pas en doute ton propos (excuse-moi si j’ai donné cette impression), je m’étonne de la disparité entre deux amap, voilà tout.

  9. Marie dit :

    Il y a beaucoup ici qui rejoint mes réflexions du moment… Oui, il existe aujourd’hui un vrai business de l’éducation alternative et on oublie complètement que Montessori, Mason et beaucoup d’autres se sont avant tout préoccupé(e)s de permettre aux plus modestes de recevoir une éducation. J’ai vu pas mal de beaux projets se monter autour de moi… mais la réalité demeure que tout ces projets s’adressaient à des catégories de population qui avaient les moyens de payer 300 à 400 euros par mois pour leurs enfants, ce qui n’est pas mon cas et pas celui de beaucoup d’autres.

    Et je crois également qu’on oublie trop souvent ces derniers temps combien l’humanité est une aventure collective et que se préoccuper principalement de soi et oublier que nous n’avançons bien qu’ensemble ne permet pas de construire un avenir commun, pour tous et pour chacun, quel qu’il soit.

  10. ploufleloup dit :

    Sur la question du business-école, je suis totalement d’accord, choquée aussi. Je prends aussi souvent, dans les conversations, l’exemple des anciens pédagogues qui avaient vraiment ce souci prioritaire d’égalité culturelle à défaut d’égalité sociale, donc je ne peux qu’approuver.

    En revanche, sur le fait qu’il faille des gros moyens pour pratiquer le unschooling, je ne suis pas d’accord, et la généralisation me semble potentiellement préjudiciable. Nous sommes en IEF depuis 9 ans, certaines années ont été en formel, au début, puis plus du tout (et quand je dis unschooling chez nous, je ne veux pas dire juste informel, mais bien apprentissages auto-gérés -ce qui ne signifie pas non plus négligence éducative comme j’ai beaucoup vu la confusion). Nous n’avons pas les moyens de voyager, ni de beaucoup sortir en payant (expo, spectacles, etc.). Pour autant, nous avons maintenu (y compris les années où nous avons été au RSA le temps de rebondir après avoir dû liquider mon entreprise) un niveau culturel exigeant et des activités culturelles (sportives, artistiques, etc.). Avec tous les doutes qui peuvent aller avec pendant des années… Pour constater finalement que « ça a marché » (notre fils a voulu passer le bac, il l’a eu le mois de ses 16 ans ; une de nos filles est en lycée depuis un mois et « cartonne », un brin stupéfaite par la faiblesse du niveau général ; ça c’est pour le côté académique, et bien sûr je ne sais pas si ce choix sera aussi pertinent pour notre plus jeune… wait and see).

    Il n’y avait pas que les pédagogues dans cette mouvance, il y a eu aussi une tradition d’ouvriers cultivés, de prolétaires lettrés, qui mêlaient bas de l’échelle sociale et exigence culturelle élévée. C’est, globalement aussi, beaucoup ça qui s’est perdu au fil du temps, même si ça n’a pas disparu.

    • Brune dit :

      Tu rejoins exactement le constat que je dresse: cela prend des moyens (financiers et culturels) et je remarque qu’à défaut de ressources financières « en extra » le dévouement et une culture personnelle, un accompagnement pour guider me paraissent essentiels. Tes enfants ont beaucoup de chance d’avoir une maman comme toi :)!
      Mais, il ne faut pas se boucher les yeux non plus: il existe des familles où l’auto-géré correspond à l’enfant en libre accès au net, jeux vidéos et aucun élément qui structure la vie de l’enfant (enfant qui se couche à minuit « car c’est son rythme »). tu témoignes d’une expérience fort différente à mes yeux 😉

  11. Sandrine dit :

    « J’ai décidé de faire de l’IEF parce que j’aime l’école « : cette phrase traduit à merveille ce que je pense. Si je veux me lancer dans l’IEF ce n’est, paradoxalement, pas contre l’école mais au contraire parce que j’en ai une haute opinion. L’école d’aujourd’hui ne correspond plus à la haute idée que je me fais d’elle. On ne cherche plus à instruire, à transmettre le meilleur de notre culture. Au lieu d’ouvrir les élèves à « ce qui n’est pas eux », on les pousse à s’enfermer dans leur petite individualité.
    Sous prétexte d’égalité on ne transmet plus rien et les inégalités n’ont jamais été aussi criantes.
    Cette déroute de l’école publique s’accompagne d’une explosion d’une offre scolaire parallèle qui va des cours particuliers aux écoles alternatives hors de prix. Il y a biensur parmi ces nouvelles écoles des initiatives altruistes (ex: Fondation espérance banlieue) où l’on transmet des savoirs, des valeurs et qui invitent les élèves à regarder autre chose que leur nombril. Ces écoles qui ne s’adressent pas à des familles aisées sont malheureusement assez rares bien qu’elles connaissent un grand succès.

  12. Quelle vidéo !!! C’est ahurissant, du début à la fin. En vrac
    – Une intro. lance « Les hommes naissent libres et égaux en droit »… mais quand une scolarité coûte si cher, quelle égalité, quelle liberté ? Elle n’est plus que fiction !
    – Il dénonce : la liberté, au temps des Lumières n’était « que pour les hommes blancs »… D’abord c’est méconnaître tous les écrits des philosophes pour préparer l’abolition de l’esclavage, ensuite qui, au USA, dispose de tels revenus, sinon essentiellement les « hommes blancs », les fameux WASP ?
    – Souhait d’une école qui « soit « une expérience anti-intellectuelle »… prônée par ceux qui sont eux-mêmes des « intellectuels »… Facile, non ? Cela m’a rappelé un de mes profs en Fac qui, tout en préparant les étudiants à l’agrégation, disait le plus grand mal… de cette agrégation qui lui avait permis d’avoir son poste !
    – Cette école affirme fonder « une société démocratique »… Quelle démocratie quand la « sélection » se fait par l’argent ? Quelle démocratie là où chacun « fait ce qu’il lui plaît » ?

    Enfin – et cela sous-tend tout le discours – les « preuves » de réussite invoquées sont ressassées sur la base de « gagne pas mal d’argent ». Quel bel idéal à poser ! Et qu’on est loin des idéaux de ces Lumières invoquées en intro. !
    Entre ce type d’école informelle et les « boîtes à Bac » qui formatent en faisant du bachotage, entre les dérives de l’Educ’ nationale, qui ne font que creuser les inégalités sociales entre enfants, et les excès du « pas de programme », peut-être faudrait-il rappeler que l’enfant est une « personne », mais « en devenir » (et non pas en « avenir uniquement vu sous l’angle matérialiste »), et que ce devenir n’est pas « autistique » mais « holistique ». Cela me paraît, en tout cas, l’idéal vers lequel tout parent, dans le cadre notamment de l’IEF, devrait tendre dans la mesure de ses capacités…

    • ploufleloup dit :

      hum, le « autistique » utilisé dans ce sens à la fin pique méchant quand on a des enfants autistes, même avec des guillemets pour mieux faire glisser.

      • Brune dit :

        Non, Plouf, ici c’est injuste de s’offusquer sur cette expression qui n’est pas du tout utilisée pour blesser, mais pour exprimer l’idée d’une coupure de la réalité. Dans le dictionnaire ce mot est admis et utilisé au figuré: « Au figuré, par exagération. Déni de réalité qui pousse à s’isoler et à refuser de communiquer, et, particulièrement, d’écouter autrui. » Les procédés de langage permettent cet emploi qui n’a rien de dénigrant!

      • ploufleloup dit :

        Et bien je ne suis pas d’accord. Quel que soit ce qu’en dit le dictionnaire, l’autisme n’est pas une coupure avec la réalité, encore moins un refus de communiquer, et tant qu’on utilisera le mot dans ce sens, on continuera à véhiculer cette idée fausse qui nuit aux personnes concernées.

      • Brune dit :

        Les mots ont plusieurs nuances… Je comprends ce que tu veux dire Plouf… Pourtant, on ne peut pas couper le cheveu en quatre à chaque fois qu’on discute et communique. Ce mot a été utilisé dans un contexte précis et il illustre exactement le propos qui est de parler d’une coupure de la réalité. Si tu regardes l’histoire des mots (j’adore le faire, il y a notamment ce magnifique petit livre: https://manuelsanciens.blogspot.fr/2013/06/ballot-fougerouse-le-vocabulaire-par-la_25.html on s’aperçoit que le sens des mots glisse avec le temps. Il est important de bien faire évoluer la cause des personnes autistes en présentant le vrai profil de ces personnes. Mais, la vie d’une langue a aussi son profil et sa saveur… je ne crois pas qu’il faille faire une lutte pour chaque virgule 🙂

      • ploufleloup dit :

        Je ne fais pas une lutte pour chaque virgule, juste que là je suis concernée et c’est un choix de ma part d’intervenir chaque fois que c’est possible (bon, un peu impulsivement parfois, je n’ai pas toujours mes échantillons de diplomatie sur moi), justement parce que j’adore l’histoire des mots (c’est ma formation universitaire de base), et que c’est aussi comme ça qu’on les fait évoluer.

      • Brune dit :

        Ecoute, je comprends combien ce doit être difficile de voir cette maladie incomprise 😦

        Je ne sais pas si c’est ainsi qu’évoluera la vision dont on se fait de ce handicap. Et si c’est ton but, je te souhaite de réussir 😉

        Ceci dit, certains mots ont perdu totalement le sens des mots de départ et participent à la richesse de notre langue.

    • Brune dit :

      Vos ajours permettent de mesurer à quel point ce type de procédé est assez malhonnête. Merci pour votre éclairage!

  13. … et merci à vous aussi pour votre pertinence lexicale. Les guillemets ne visaient, bien sûr, pas à « faire glisser » la moindre attaque, encore moins à blesser quiconque, mais à attirer l’attention sur l’opposition « autistique » / « holistique ». Les guillemets deviennent souvent aujourd’hui le seul moyen d’utiliser des termes précis sans être accusée, souvent bien rapidement !

  14. Isabelle dit :

    J’ai beaucoup aimé cette vidéo! Merci de l’avoir partagé 🙂

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