Rendre vie aux mots


Afficher l'image d'origineCombien de fois entend-on que le français, la grammaire, le vocabulaire ce n’est pas très folichon tout ça! Je ne sais pas pourquoi on réfère toujours à une expérience sèche du travail de notre langue…Pourtant, l’étude de la langue est passionnante! Les mots ont une histoire, une couleur, une odeur, une saveur, une texture! Ils sont l’univers dans lequel nous évoluons. Ils font partie de ce « patrimoine immatériel » dont parle Enid. Notre langue, nous l’avons reçue comme outil de communication qui nous relie aux autres.

Il nous appartient de rendre vivant, concret ce travail qui peut sembler rébarbatif au départ. Classer une liste de mots de vocabulaire avec des enfants peut être un pensum s’il consiste à aligner les mots en colonne, et hop on passe à la prochaine liste de mots…A quoi peut rimer une liste de noms de poissons pour des enfants du primaire? Une expérience désincarnée leur rendra l’heure ennuyeuse et longue…

Mais si au lieu de cela, nous leur donnons à entendre un extrait de texte de grand auteur (Emile Zola, dans notre exemple ci-dessous) et que préalablement à cette lecture de Zola nous donnions une dimension à ces mots, nous permettons alors aux enfants d’accéder à un nouvel univers. Transmettre, c’est ouvrir des mondes aux enfants!

Comment rendre vie aux textes, aux mots?  Je me suis inspirée d’une fiche tirée d’un journal d’instituteurs des années ’60 (donc, d’il y a plus de cinquante ans!). A chaque fois, je suis émerveillée des idées très dynamiques de ces anciens maîtres d’école. On constate qu’il nous faut aller à la rencontre de cette vie . Évidemment, nous ne pouvons pas toujours nous déplacer pour illustrer l’étude du jour, mais nous pouvons utiliser les sens des enfants au moins à partir des images, pour faire saisir les mots. C’est dans les sens que s’incarnent les savoirs!

Dans cet exemple, on propose d’emmener au préalable les enfants dans une halle au poisson, ou, à tout le moins, dans une poissonnerie. Et pourquoi pas, au marché!En allant à la rencontre des poissons cités dans le texte, les sens des enfants sont soudain éveillés. Le sens olfactif sera le premier atteint (les mains se portent au nez: « ça pue »). L’odeur du poisson est forte, prégnante. Le texte de Zola se voit ainsi enrichi d’odeurs qui ne sont pas spécifiées dans les phrases, mais qui existent…

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Les yeux sont également sollicités. Les enfants peuvent apercevoir les différentes sortes de poissons regroupés: leur forme, leur taille, leur couleur. A défaut de déplacement extérieur, les images peuvent largement contribuer à enrichir la connaissance que l’enfant se fait des poissons. Mais, nous comprenons déjà à quel point la première expérience porte tellement plus loin.

Dans un marché, les enfants entendent également les sons, les voix. L’été dernier, nous croisions au marché un marchand très « coloré » qui animait son étal par sa voix à l’accent du sud et passait des remarques humoristiques au sujet de ses produits.

Puis, la fiche propose une activité autour de gravures de poisson afin de les classer. Cet exercice représente un travail préparatoire autour de l’adjectif qualificatif. Il s’agit de classer les poissons selon les caractéristiques qui leur sont propres.

Afficher l'image d'origine https://i1.wp.com/environnement.ecole.free.fr/images%202bg/dessins%20gravures%20poissons/Cyprinus%20cultratus.%20Die%20Ziege.%20Le%20rasoir.%20The%20knife-carp.jpg

https://i2.wp.com/environnement.ecole.free.fr/images%202bg/dessins%20gravures%20poissons/Cottus%20gobia.%20Le%20chabot.%20The%20river%20bullhead.%20fig.3%20%20Cottus%20cataphractus.%20Le%20cataphracte.jpg https://i0.wp.com/environnement.ecole.free.fr/images%202bg/dessins%20gravures%20poissons/Cyprinus%20barbus.%20Der%20Barbe.%20Le%20barbeau.%20The%20barbel.jpg

Après les avoir classés, les enfants sont invités à faire une présentation du poisson de la gravure choisie (forme, taille, couleur).

Afficher l'image d'origineC’est ensuite que le travail sur le texte prend « sens ». La définition des mots comme « pêle-mêle » est directement liée à l’image que renvoie le texte de Zola. On voit ce filet. Il est vivant. Les poissons y sont mêlés et on comprend mieux la définition du mot… L’expérience des sens permet de rencontrer les images des textes qui ne demeurent que des mots alignés les uns à côtés des autres si aucune image ne leur sont reliées.

C’est beaucoup de travail, se disent certains! Oui, l’instruction en famille demande du temps. Donner de la vie à l’enseignement est toujours plus exigeant que d’ouvrir la page du manuel et de faire l’exercice. Il est aussi plus demandant que de laisser l’enfant découvrir par lui-même un jour, s’il en a envie, le monde des poissons.

L’important n’est pas qu’il ait envie ou pas de s’intéresser aux poissons et de développer un savoir sur les poissons. L’intérêt porte sur la possibilité  d’entrer dans la littérature. Plus l’enfant fera d’expériences réelles différentes, plus les textes auront une résonance en lui, plus les textes renverront à une expérience enfouie qu’il fait ressurgir à ce moment-là en référence et le texte lui parlera.

L’enfant ne peut s’intéresser à tout, c’est bien entendu. Mais, en lui ouvrant les horizons, nous augmentons en lui la capacité de développer de l’intérêt pour différents sujets. Nous lui ouvrons le monde.

Le français ainsi vécu, les mots réveillés de leur torpeur sur le papier ne restent plus vides d’intérêt. Ils ont une dimension, une histoire, un passé (si on plonge dans l’étymologie), une vie.

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A propos Brune

Mère-enseignante de 8 enfants. Site: grandirpresduchataignier
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12 commentaires pour Rendre vie aux mots

  1. Sylvie dit :

    C’est exactement ça! C’est exactement le travail que j’aime proposer puisqu’il fait «sens»!

  2. Solios dit :

    Excuse moi mais quand tu as commencé ton texte par  » ce n’est pas très folichon tout ça  » c’est exactement ce que je ressens. J’apprends petite à petit à voir quelques utilités à la grammaire mais vraiment elle a longtemps été ma bête noire avec son vocabulaire (tiens donc) obscur et sa variété qui me paraissait infinie et le perdait. Et pourtant ………. on m’a , de bonne heure, reconnu un vocabulaire étendu. Il est rare que je connaisse pas le sens d’un mot.
    Et pourquoi ? Parce que je lisais beaucoup , de tous les styles , de toutes les époques. Les livres les plus anciens étant les plus pourvoyeurs de vocabulaire. Parce que , également , j’ai de l’imagination et une curiosité qui fait que je m’interroge et retiens de ce fait facilement les mots nouveaux rencontrés.
    N’est-ce pas cela qu’il s’agit de développer ? Ton exemple du poisson, qui s’apparente à une leçon de choses, n’est il pas ce développement des sens et cet aiguisement de l’esprit qui permet ensuite de s’immerger dans un autre monde?
    Est-cela la fameuse transversalité?

    • Brune dit :

      Je ne sais pas… Je me réfère plus aux pédagogies « intuitives »… Dans les programmes actuels je ne m’y retrouve pas car on met en place des rencontres de disciplines improbables et artificielles. On veut faire se croiser les disciplines même si c’est tordu.
      Alors que je pense qu’en enseignant une notion, de manière naturelle, parfois nous croisons des disciplines et là cela prend tout son sens!
      Ici, il s’agit de mettre un texte à la portée des enfants. Il s’agit de développer leur vocabulaire. Pour certains enfants, la lecture suffit car ils plongent avec facilité dedans. Mais, je pense que l’expérience des sens aide la majorité. Il s’agit plus de rendre concrets les apprentissages. D’ailleurs, parlant de leçons choses, il est intéressant de savoir que les plus grands promoteurs des leçons de choses voulaient que cette dernière s’infiltre dans toutes les disciplines 🙂 Donc, en un sens, oui, il s’agit d’une leçon de choses en français autour du vocabulaire!

  3. martine42 dit :

    Expliquer le vocabulaire des poissons en allant sur une halle aux poissons , c’est vraiment génial!
    Et le mot « sens » prend vraiment tous ses sens !
    En plus ZOLA j’adore ! J’espère un jour transmettre cette passion de l’auteur à Melle J.
    Martine 42.

    • Brune dit :

      Evidemment on ne peut pas faire ça tous les jours et à chaque leçon. Mais, même en amont, par exemple l’été, nous profitons de différentes sorties pour aller « découvrir » ce qui vit! 🙂

  4. Papillons et libellules dit :

    Bonjour.
    Oh que j’aime cet article !
    Je suis totalement d’accord , je fonctionne plus ou moins ainsi mais cette petite piqure de rappel est la bienvenue.
    Je désespère parfois un peu de faire aimer le français ( même s’il y a une très nette amélioration) à ma grande sortant de cinq ans d’école à tendance  » vide de sens « …
    Bref, merci.
    Bonne soirée .

    • Brune dit :

      Merci!
      Le temps fait souvent son œuvre. Une bonne copine à moi a retiré sa fille de l’école et elle a mis du temps, de la patience avant que sa fille reprenne goût à apprendre. Et cette année, c’est nickel 🙂 Nous avons des atouts indéniables 😉

      • Papillons et libellules dit :

        Oui…
        Ça commence à aller mieux ( ça fait un an ), mais quand je vois le contraste avec mes plus jeunes jamais scolarisées , c’est déprimant.
        Enfin, si , elle est super enthousiaste et demandeuse pour les maths et les langues étrangères ( elle ambitionne de parler toutes les langues qui existent , oui oui 😉 ) mais le français a encore trop souvent l’air d’être vécu comme une corvée ( même si je trouve des parades et qu’elle finit par s’y intéresser 😉 )
        On dirait qu’elle associe français et école , donc ennui ( parceque c’est ce qu’elle a retenu de l’école : » c’est long …. » « On fait toujours la même chose … », etc.)
        J’ai toujours aimé l’étude du français , au contraire ( mais je n’ai visiblement pas eu les mêmes instits ), ça m’attriste un peu.
        Bref, merci pour cette piste intéressante , j’ai partagé ton article sur Facebook et je le ferai également sur mon blog.
        Bonne nuit!

      • Brune dit :

        Cet élan que l’on voit naître est toujours bon signe: le désir d’apprendre! 🙂 C’est lui qui nous construit et nous indique le « bon » chemin…

  5. LAURENCE dit :

    en fait, on se fiche pas mal de savoir s’il s’agit de transversalité…c’est le problème de la pédagogie actuelle, elle est hors-sol, on passe plus de temps à essayer d’y mettre des mots et des concepts plutôt que d’en faire vraiment en suivant bon sens, instinct et connaissance de l’enfant!
    Je ne trouve que peu le temps de faire des sorties pour illustrer mes leçons mais je puise dans les souvenirs de vacances et de we des enfants pour rendre les leçons vivantes, et ça fonctionne très bien! Donc pour celles qui ne peuvent dégager du temps en semaine, rendez riche vacances et we, attirez l’attention des enfants sur toutes sortes de détails dans ces moments là. Ils vous serviront bcp au moment des leçons.

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