Fables de mon jardin


JeAfficher l'image d'origine suis en train de travailler les textes de lecture pour ma plus jeune à partir des manuels anciens et diverses sources. J’ai découvert ce beau petit texte de Georges Duhamel qui prendra place au fil du mois de septembre en lien avec les différentes cueillettes de fruits.

Vous pouvez trouver le travail sur le vocabulaire et la compréhension de texte ici.

FABLES DE MON JARDIN
1. Les arbres nouveaux devisaient à mi-voix sous le hangar, en attendant qu’on les plantât.
«Moi, disait un jeune cerisier, je fleuris toujours de bonne heure. Ce n’est pas pour me distinguer. Non, je vous assure : je suis la modestie même. Je fleuris de bonne heure parce que c’est une tradition dans ma noble famille. A vrai dire je fleuris de façon merveilleuse
: un manchon neigeux qui va jusqu’à l’extrémité de mes branches. Quelle tenue des pétales!
Et quel parfum! Et quand vient la défloraison, quelle pluie candide! Et quel tapis sur le sol
, à mes pieds! Vous verrez: c’est un poème. Les fruits que nous donnons dans la famille
sont renommés dans tout l’univers. Pensez, le bigarreau!
Nous faisons le bigarreau blanc. Et vous, monsieur mon voisin?
2. –Moi, répondit le voisin d’un ton revêche, moi, c’est la poire.
–Vraiment, la poire! C’est très intéressant. Vous n’avez pas de
noyau, paraît-il!
–Dieu merci, non! Mais des pépins et plus que je n’en

voudrais. De la poire, j’en donne, au besoin, à condition bien entendu qu’on ne me tourmente pas. S’ils me laissent tranquille, ici, je ferai peut-être une ou deux poires. S’ils me taillent, s’ils me tripotent, alors bernique.

3. –C’est très intéressant. Et vous, le petit, là-bas?
– Plaît-il?
– Oui, vous! Qu’est-ce que vous faites?»
L’arbre ainsi mis sur la sellette était un petit pommier tout rabougri, tout chétif.
«Oh! répondit-il à voix basse, moi, je fais ce que je peux.»
4.  Les arbres furent plantés en terre. Dès la première année, le cerisier montra ses belles fleurs et donna quatre ou cinq cerises. Le poirier ne donna rien. Le pommier, qu’on avait placé dans un coin transi d’ombre et de courants d’air nous offrit un boisseau
de pommes. Il y a dix ans de cela. Le petit dévoué continue de nous
confondre par sa générosité. Le poirier tient parole: il n’a jamais donné de fruits. Le cerisier, à chaque retour de l’avril, dit à qui veut l’entendre:
«Vous allez voir ce que vous allez voir!»
Et son beau feu d’artifice régulièrement se termine par un déjeuner de moineau.
 
Georges Duhamel, Fables de mon jardin (1936)
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A propos Brune

Mère-enseignante de 8 enfants. Site: grandirpresduchataignier
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6 commentaires pour Fables de mon jardin

  1. Caroline dit :

    J’aime beaucoup « les fables de mon jardin »
    Voilà un autre texte extrait de ce livre que j’apprécie particulièrement, également issu de ce livre, et qui m’a fait découvrir Duhamel

    « Le jour que nous reçûmes la visite de l’économiste, nous faisions justement nos confitures de cassis, de groseille et de framboise.
    L’économiste, aussitôt, commença de m’expliquer avec toutes sortes de mots, de chiffres et de formules, que nous avions le plus grand tort de faire nos confitures nous-mêmes, que
    c’était une coutume du moyen âge, que, vu le prix du sucre, du feu, des pots et surtout de notre temps, nous avions tout avantage à manger les bonnes conserves qui nous viennent
    des usines, que la question semblait tranchée, que, bientôt, personne au monde ne commettrait plus jamais pareille faute économique.

    Attendez, monsieur! m’écriai-je. Le marchand me vendra-t-il ce que je tiens pour le meilleur et le principal ?

    Quoi donc? Fit l’économiste.

    Mais l’odeur, monsieur, l’odeur! Respirez : la maison toute entière est embaumée. Comme le monde serait triste sans l’odeur des confitures!

    L’économiste, à ces mots, ouvrit des yeux d’herbivore. Je commençais de m’enflammer.

    Ici, monsieur, lui dis-je, nous faisons nos confitures uniquement pour le parfum. Le reste n’a pas d’importance. Quand les confitures sont faites, eh bien! Monsieur, nous les jetons.
    J’ai dit cela dans un grand mouvement lyrique et pour éblouir le savant. Ce n’est pas tout à fait vrai. Nous mangeons nos confitures, en souvenir de leur parfum.
    GEORGES DUHAMEL, Fables de mon Jardin

  2. Sylvie dit :

    Moi aussi je l’avais proposé à mon plus jeune… j’aime tellement ce genre de textes!!!!

  3. Sandrine dit :

    Ce deuxième texte résonne tellement dans notre époque noyée par la bouffe industrielle bon marché!

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