Dessiner pour réconforter


DSC01530Hier, nous avons repris tout doucement la classe. Mais, ce ne fut pas facile. La classe fut douce! Dessin, lecture, discussions, jeux et suivi du discours du Président. C’est tout… Je croyais qu’on pourrait faire classe à peu près normalement… mais non.

J’ai abordé la journée d’hier en publiant une leçon de choses sur le blog sous le mode « haut les cœurs » le travail va nous aider à retrouver notre vie normale. Mais la vie normale a été secouée. Il a fallu accueillir leurs émotions et les miennes! N’est-ce pas ça au fond, la vie normale? Nous sommes faits d’émotions et nous devons les intégrer afin de retrouver ensuite une vie qui ressemble à « avant ». Et quand on est à la maison, la brisure avec nos préoccupations se fait moins nette. Il faut intégrer toutes les dimensions de nos vies et c’est un processus peut-être un peu plus long, mais aussi efficace au bout de la ligne.

J’ai entendu à la radio dimanche un représentant du syndicat du monde de l’éducation qui avait de réelles paroles de réconfort. C’est heureux car c’est lui qui était chargé de communiquer les directives du Ministère de l’Éducation aux enseignants afin que ceux-ci trouvent les paroles pour accompagner les élèves le lundi 16 novembre.

J’ai été frappée par une des initiatives qu’il préconisait. Il disait que de se mettre en action aidait beaucoup les gens à se ressaisir après ce choc traumatique. les gens donnaient du sang, ouvraient leur porte pour accueillir d’autres, etc..  Et ce mouvement était salvateur pour eux-mêmes tout en apportant une aide précieuse aux autres.

La possibilité d’action d’un enfant est plutôt limitée dans un tel contexte. C’est pourquoi il suggérait d’inviter les enfants à dessiner afin de réconforter les personnes endeuillées ou qui ont besoin de courage pour continuer à vivre normalement à Paris.

Ainsi fut fait dans notre maison hier. Les enfants ont dessiné avec tout leur cœur. Mais une fois que ce fut fait, elles m’ont demandée « Comment fait-on pour les faire parvenir afin que ceux qui ont besoin de réconfort puissent les voir? » Bonne question… Ce n’était pas le tout de dessiner et de se réconforter, il fallait que le réconfort aux autres soit réel. Or, j’habite loin de Paris…

En me triturant les méninges, j’ai pensé à une formule spéciale enfants IEF, mais non exclusive et ouverte aux écoliers qui voudraient se joindre du fait qu’à l’école ils n’en aient pas eu l’occasion. J’ai donc ouvert une page Facebook communauté destinée à recevoir ces dessins de réconfort. Peut-être que l’idée ne trouvera pas écho, et ce n’est pas important. L’idée peut mourir comme elle est venue! Mais si elle répond à un besoin ressenti par plusieurs enfants IEF , alors elle trouvera sa vocation…

Je la mets donc en lien ici et utilisez la si le besoin est ressenti chez vous…

Elle est destinée aux enfants d’ici pour les Parisiens afin de guérir du choc traumatique causé par ces violences du 13 novembre dernier. Et si on la trouve restrictive, on pourra sans mal reprendre l’idée et créer de nouvelles pages à d’autres intentions.

fb enfants

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A propos Brune

Mère-enseignante de 8 enfants. Site: grandirpresduchataignier
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18 commentaires pour Dessiner pour réconforter

  1. mairym dit :

    Je trouve ton idée vraiment bien.Ici pour mes filles c’est encore plus dur puisque leur père passait avec le RER avant le Stade de France pendant les explosions.Il va bien mais maintenant les filles ont peur quand il va travailler.Pas façile de les rassurer.

    • Brune dit :

      Il s’agit d’un véritable traumatisme qui est vécu par la population. Une grosse bise à tes filles. Et, heureusement que ton mari a évité le pire…

  2. poirple dit :

    Quand ma fille est rentrée de l’école lundi soir, elle m’a dit combien elle était triste qu’il existe des gens méchants. Dans sa naïveté de petite fille douce et confiante elle était intimement persuadée que tous les gens sur terre étaient « gentils ». Les larmes qui brillaient dans ses yeux ont fait monter les miennes.

  3. Vic dit :

    C’est une magnifique idée, qui vient d’une magnifique personne…

  4. Encore un de vos textes qui conduit à bien des réflexions, quand on compare nos enfants du XXI° siècle avec ce que nous apprennent les textes sur les temps passés… Les enfants grandissaient bien moins « protégés », comprenaient bien vite – trop vite sans doute ! – que le monde n’était pas composé que de « gentils »… depuis les petites princesses, qui quittaient leur cour d’origine pour se marier si jeunes, jusqu’aux jeunes paysannes, éduquées « à la dure », en passant par les petites bourgeoises, victimes de tant de contraintes. Depuis le milieu du XX° siècle, notre société a voulu épargner à ses enfants toute souffrance…, notamment en écartant soigneusement la mort de leurs yeux, en en faisant une sorte de « réalité virtuelle », via les écrans… Souhait légiitime, et bien compréhensible de la part du monde adulte et des parents aimants… mais qui conduit à s’interroger, me semble-t-il… sur une génération « fragile » que nous avons ainsi fabriquée. Les chagrins prennent une force incommensurable, les larmes coulent très vite, les problèmes psy se multiplient, nos jeunes ados, notamment, sont d’une totale naïveté dans leurs relations, et le moindre échec fait chez eux des dégâts incroyables (je l’ai tellement vécu chez les lycéens !)… Alors, comment leur redonner force et foi dans les capacités merveilleuses que chacun porte en soi, parfois sans le savoir ? Réconforter, rassurer, consoler, certes, le « care » à l’américaine est utile, mais aussi éveiller l’objectivité de l’observation, la lucidité, l’esprit rationnel, le sens critique… Ce sont aussi les fondements de notre héritage culturel français…

    • Brune dit :

      Vos remarques sont fort intéressantes. Je n’avais jamais vu la situation sous cet angle, et je vais méditer cela! Je me souviens il y a peu, das les vieux manuels, j’ai « écarté » des textes vraiment trop difficiles portant sur la mort d’un parent, ou d’un enfant. Les gens étaient beaucoup confrontés à ces réalités avec les deux guerres… Et aujourd’hui, ils résonnent différemment à mes yeux…

  5. Oui, ces textes nous choquent aujourd’hui… parce que les faits eux-mêmes sont choquants. Vous me faites penser aussi à ces pages sur la mort de l’enfant dans « La Peste » de Camus, et au silence qui a régné dans une de mes classes de 1ère – pas des littéraires ! – quand je leur ai lu « Souvenir de la nuit du 4 » de V. Hugo… Il me semble que l’on touche là à deux des atouts de l’oeuvre littéraire pour les enfants – même jeunes – d’aujourd’hui, le recul dans le temps qui facilite l’approche de questions, malheureusement, bien actuelles, donc le dépassement de la simple émotion pour entreprendre de rationaliser, de réfléchir, et l’expression de la révolte devant l’insoutenable, l’inacceptable, mise en force, donc plus prégnante, de la « vraie » révolte si on la compare à tous les cris stériles qui parcourent nos écrans… Mais l’accès à la littérature nécessite une maîtrise de la langue, un enrichissement du lexique, le fait de donner le goût de lire… alors encore bravo à tout le travail que vous faites sur cela, autant de portes que vous ouvrez !

    • Brune dit :

      Je découvre votre commentaire ce matin et les mots que vous mettez sur ce processus de réflexion de l’enfant par le biais des œuvres littéraires classiques sont tout à fait éclairants. Je n’aurais as eu ces mots pour le dire aussi bien, mais je pense la même chose! Merci.

  6. tiphanya dit :

    J’aime beaucoup la réflexion lancée par Ghislaine. Elle me fait penser à une remarque que ma mère a reçu lors de l’enterrement de mon grand-père. On lui a reproché d’emmener sa dernière fille (de 2 ans), que ce n’était pas un lieu pour les enfants.
    Une réflexion à poursuivre sur mon propre comportement maintenant…

    • Emilie dit :

      Effectivement, la société veut absolument éluder la mort, comme si elle pouvait s’en protéger ainsi. Et la douche est d’autant plus froide quand on y est confronté !
      Perso, j’avais 20 ans il me semble lors de mon 1er enterrement. Ma grand-mère paternelle est décédée quand j’avais 9 ans et mon grand-père paternel quand j’avais 12 ans. Mes parents pensaient aussi bien faire en ne nous emmenant pas aux enterrements. Mais j’ai eu énormément de mal à accepter la disparition de mes grands-parents. Pendant des années, je rêvais qu’ils revenaient, qu’on s’était trompé, qu’ils n’étaient pas réellement morts !
      Quand mon grand-père maternel est décédé, j’avais 26 ans. Bien sûr, j’y suis allée. J’ai vu le corps, j’ai pu lui dire « au revoir », et ça m’a beaucoup aidée dans le processus de deuil.
      Je pense que ce refus de voir la mort, ce refus de la mort tout court est très fortement lié au rejet de la religion : sans religion, on ne sait plus expliquer (en tout cas positivement) pourquoi on meurt.

    • Brune dit :

      Oui Tiphanya, les mots de Ghislaine sont comme toujours très éclairants ❤

  7. Emmanuelle Bernier dit :

    Je suis maman de 4 enfants âgé de 6 à bientôt 11 ans. Lors de ma 1ere grossesse (que j’ai attendu 6 ans) j’ai perdu ma maman suite à longue maladie. Durant les trois années de sa maladie ( sclérose latérale amyotrophique) ma mère a fait preuve d’une force extraordinaire malgré son état qui se dégradait (elle ne pouvait plus avaler et articuler) je pense que la foi l’a beaucoup aidé.L’annonce de la maladie a été pour moi un choc terrible , j’ai perdu 10 kilos en un mois mais j’ai compris après que ma mère ne voulait pas qu’on déprime elle voulait profiter de la vie qui lui restait ; Depuis cet évènement j’ai une autre vision de la vie et de la mort, je sais que la mort fait parie de la vie et que personne n’y échappe. C’est ce que j’ai essayé de transmettre à mes enfants , ils n’ont absolument pas l’air d’être perturbés, ils ont pu voir des animaux morts mais ils ont aussi assisté à la naissance de petits veaux , je pense que ce qui est dur pour les enfants c’est lorsqu’un sujet est tabou et que d’un seul coup on y est confronté. bien sûr les attentats de Paris sont terribles et on ne peut que être tristes mais le monde ne va pas mal qu’en France . Depuis le début de l’année scolaire j’envoie presque tous les jours les enfants à l’école à vélo matin midi et soir ils ont 2 kilomètres à chaque fois soit 8 par jours. Je m’entends dire par certains adultes que je leurs en demande de trop, moi je leurs explique qu’ils participent ainsi à la protection de leur terre , nous avons en plus visionner sur les chemins de l’école et ils se sont aperçu que dans d’autres pays des enfants faisaient bien plus qu’eux. Ce que j’ai expliquer à mon fils aîné c’est que les méchants sont certes ceux qui se sont fait exploser mais les plus méchants sont ceux qui les manipulent.Peut être que je me trompe mais je discute de beaucoup de sujet avec mes enfants triste ou joyeux . dernièrement ma fille de 8 ans m’a dit avec un joli sourire maman si un jour tu meurs je continuerai a rigoler parce que la vie continuera j’ai trouver cette réflexion très rassurante.

    Emmanuelle

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