Quand l’IEF a un rôle social à jouer


DSC09597Quand je vois ce qui s’annonce dans les programmes, j’avoue être soulagée d’échapper un peu à tout ce nouveau jargon et à ces improvisations pédagogistes plutôt déstabilisantes, voire navrantes. Il ne s’agit pas d’être râleur et de tout dépeindre en noir… Je suis tout simplement heureuse de poursuivre dans le même sens  ce que j’ai entrepris en continuant d’enseigner de la façon qui me semble la plus adéquate et qui réponde le plus à ma vision de l’instruction. Pour certains, cela peut sembler très individualiste comme choix. Pourtant, j’estime qu’il n’en est rien! Je me sens appartenir à une force de résistance incarnée et virtuelle  qui comprend des parents qui refusent ce qui est proposé De leur côté, un bon nombre de professeurs  persévèrent à construire, réfléchir et diffuser une instruction faite par et pour les professeurs.

Dans les groupes de soutien d’IEF, nous accueillons de plus en plus d’enfants qui sont déscolarisés par leurs parents car  en souffrance réelle dans le système. Les parents ont la douleur parfois de se faire dire que leur enfant n’a pas sa place dans l’établissement. Peut-on en blâmer les professeurs qui ne disposent pas de moyens pour accueillir tous les élèves? Je ne le pense pas. L’état fait croire que chaque élève peut être admis dans un système unique. Sur le terrain, c’est totalement faux, faute de moyen. Et ce sont souvent les groupes de parents d’IEF qui vont soutenir ces parents qui déscolarisent leurs enfants. Une réalité totalement ignorée…Cette année j’ai vu un jeune adolescent renaître socialement en fréquentant notre groupe de soutien. Un enfant qui est arrivé vers nous avec un comportement de repli sur soi très marqué. Récemment, il était détendu et allait facilement vers les autres jeunes du groupe… Pour la première fois depuis les débuts de sa scolarité il se sentait intégré. Quelle joie de le voir ainsi se reconstruire! Le groupe de soutien ne peut pas tout, le parent non plus, mais le milieu est plus propice à l’accueil de l’autre dans le respect, car le ratio parent-enfant est nettement à la hauteur: chaque parent veillant sur ses enfants…

DSC09532Je me suis parfois fait dire qu’il était dommage de priver le système des enfants instruits à la maison qui fonctionnent très bien socialement. Si l’IEF était réservée seulement à ceux qui ne peuvent fonctionner dans le système régulier n’assisterions-nous pas à la mise au « rebut » des enfants dont on ne veut pas à l’école? Il est important qu’en IEF il y ait aussi un mélange d’enfants différents permettant une insertion optimale et réelle de tous les enfants. Quand c’est le parent qui joue le rôle de « l’AVS » je peux vous dire que l’accompagnement dans la plupart des cas est très bénéfique. Il se produit alors ce que le système éducatif espère tant: une insertion qui aplanit les différence travaillant l’accueil des uns et la confiance en soi des autres.

Bien sûr, il y a des enfants tellement blessés ou alors handicapés  (dans leurs apprentissages ou socialement) que même le réseau IEF peinera à leur assurer une intégration réelle. L’IEF ne peut malheureusement pas tout… Mais, elle assure un bon levier très méconnu qui participe aussi à la rescolarisation de plusieurs enfants. Et d’autres continueront l’IEF car ils y sont bien. Certains ont grandi et sont un apport pour la société.

Quant à la vision différente de l’instruction, j’estime également qu’elle doit rester libre. On le sait, c’est parfois par la minorité qu’adviennent les changements. Pour garantir la liberté à tout le pays, il est nécessaire d’encourager les différentes formes d’enseignement qui participent à la réflexion collective sur le sujet.

Publicités

A propos Brune

Mère-enseignante de 8 enfants. Site: grandirpresduchataignier
Cet article a été publié dans Divers. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

13 commentaires pour Quand l’IEF a un rôle social à jouer

  1. poirple dit :

    Pour bien comprendre l’horreur pédagogo que l’on nous prépare, il faut visiter le site de Catherine Huby, »bienvenue chez les P’tits » (on y trouve aussi de très bonnes idées de leçons), celui de J-P Brighelli « bonnet d’âne »( + intervention sur le site du « Point »).
    j’espère sincèrement que profs et parents vont se mobiliser contre cette mort programmée de l’école (elle n’était pourtant pas très vaillante) et de la culture. J’ai l’impression que le but de nos politiques est de créer des générations de zombies juste bons à consommer et à se taire.
    L’IEF ne peut pas être une solution car elle ne peut concerner qu’une petite partie de la population. Il faut se battre pour tous les enfants, leur offrir une école digne de ce nom.

    • Brune dit :

      La situation scolaire qui s’annonce à l’échelle du pays est absolumment un non sens. Je pense sincèrement que si l’on cherchait à rendre une population inculte et incapable de réfléchir (ou pas trop) on ne s’y prendrait pas autrement… Des écrans bien captatifs, une disparition de la culture intellectuelle et la mise en place de compétences qui répondent aux attentes des entreprises…
      Merci de me laisser ce commentaire qui me permet de préciser: l’IEF n’est pas une solution ni d’ailleurs une non-solution pour l’ensemble de la population bien entendu. Mais elle est une option pour les parents en désaccord avec l’école (pour maintes raisons), d’autant plus si ces parents ne peuvent payer une école prestigieuse qui permettrait d’échapper à cette orientation scolaire…
      L’IEF est aussi une expérience autre qui existe en tant que telle en dehors de la qualité ou l’absence de qualité des programmes scolaires offerts à la population. L’existence de l’instruction obligatoire pour tous dans notre civilisation est très récente, et l’école a répondu à une grande demande. Mais avant cela, de nombreux enfants ont été formés à la maison très naturellement, que ce soit pour un apprentissage d’artisan, d’agriculteur ou d’instruction au plan intellectuel. Aujourd’hui, le mode de vie a changé et peu de gens choisissent de faire l’école à la maison. La plupart travaillent et ont besoin qu’une institution se charge de l’instruction de leurs enfants. Ce que je peux comprendre, puisque j’ai été très heureuse à l’école. Mais l’IEF a encore une place importante à jouer, conférant au parent la décision première du choix d’éducation . Elle est aussi une porte ouverte qui permet à certains enfants de souffler et de se reconstruire en cas de mauvaise expérience scolaire (ce n’est pas si rare que cela!). Parfois quelques mois, une année suffisent à « sauver » un enfant qui n’arrivait plus à aller à l’école. L’IEF demeure enfin un mode d’éducation non moins sain que l’école, non moins adaptée à l’éducation d’un enfant. Cette liberté est aussi socialement très précieuse pour garder le rôle premier aux parents concernant leurs enfants…

  2. maman poisson dit :

    j’avoue que je suis vraiment dans ma bulle d’ief … j’ai vaguement entendu qu’il y avait des modifications au niveau du programme, mais à vrai dire … le système est tellement décevant que cela ne m’étonne pas. Je ne suis pas touchée, je m’en fiche… tant pis pour eux, moi je fais ce que je veux.
    Ils choisissent le « gratuit », le « facile », le « comme tout le monde » et bien c’est comme lorsqu’on vole sur ryan air, il ne peut pas y avoir les mêmes avantages sur le lowcost que sur air france.

  3. ACT dit :

    Bonjour,
    Oui, l’ensemble des programmes, primaires et collèges fait très peur tel que présenté.
    Ici, les enfants ont fait une scolarité classique, mêlant le publique et le privé en fonction des possibilités. Avec une nette préférence pour le privé où dans l’ensemble, les enfants y étaient bien suivis.
    Notre dernière a pu étudier l’anglais et l’allemand dès la 6° et commencé le latin en 4°.
    Elle a fortement rouspété de ne pas pouvoir prendre une 3° langue en 4° et finalement, s’est butée lorsque la possibilité a été possible en 2°.
    Beaucoup de ses camarades de classes étaient comme elle, avides d’apprendre.
    Les enfants ont une soif d’apprendre impressionnante, même ceux dits en difficultés.
    Les programmes proposés donnent l’impression que les enfants étant bêtes et lents, il ne faut surtout pas trop leur en faire faire. Alors que c’est souvent l’inverse, lorsque la bienveillance est présente, les progrès sont toujours meilleurs dans une classe porteuse.
    Nous avons vu, pour notre dernière, l’ennui s’installer, la non envie d’aller en classe.
    Actuellement, étant malade, elle est à la maison depuis un mois et travaille à son rythme.
    Ayant 15 ans, elle préfère le faire seule, mais qu’est ce qu’il est difficile de récupérer les cours !
    Je suis toujours impressionnée par tout ce qui est fait par les familles qui choisissent l’IEF.

  4. poirple dit :

    je suis un peu choquée par les propos de maman poisson. Elle a choisi d’instruire elle-même ses enfants, c’est très bien, je n’est rien contre, mais je la trouve bien méprisante envers la majorité des parents qui ne peuvent avoir le choix de l’IEF ou de l’école privée. L’IEF n’empêche pas d’avoir une attitude citoyenne et de se préoccuper du sort des autres enfants car ils seront citoyens aux côtés de ses propres enfants.

  5. Brune dit :

    Je pense que Maman Poisson a toujours une pointe d’humour dans ce qu’elle dit! C’est pourquoi je pense qu’il ne faut pas le prendre au premier degré. Rassurez-vous, je suis absolument certaine qu’il n’y a aucun mépris de sa part. Elle est dans sa première année d’IEF, où comme quand on tombe en amour, on vit une véritable « lune de miel » . Je comprends ce qu’elle veut dire quand elle parle de bulle (je l’ai vécue aussi en son temps) 🙂

    C’est vrai que ce n’est pas pour tout le monde du point de vue de la logistique dans laquelle on vit, de la carrière, de la capacité aussi.

  6. poirple dit :

    J’aime de toute façon beaucoup son blog et je continuerai de le visiter avec plaisir.
    C’est moi qui suis peut être un peu trop à cran sur ce sujet!

    • Brune dit :

      Je pense surtout que ce qu’on nous concocte est assez désarmant! Et tout le monde est concerné, y compris l’IEF. Il est bien normal d’être affecté et sensible sur ce sujet!!! Nos enfants sont une priorité! En IEF, nos enfants réintègrent (pour la plupart) un jour ou l’autre le système. De mon côté mon mari est professeur et vit ces conséquences au quotidien. Donc, je suis sensible également à ce qui se passe. Peut-être mon texte n’était-il pas clair à la base. J’avais envie de dire que plus le temps passe, plus je vis l’IEF comme ayant un rôle dans la société(minuscule bien sûr!!!) mais bien là pour les naufragés du système. Je suis attentive, interpellée par des cas de souffrance scolaire. J’accompagne en ce moment des amis sur ce sujet… et ce n’est pas la première fois… Je connais également des personnes très généreuses de leur temps dans les associations d’IEF… Et j’ose dire qu’une chance que l’IEF peut aussi est une piste pour certains. 🙂 Enfin, il y a des expériences très positives en IEF (que ce soit socialement ou scolairement) qui pourraient nourrir l’ensemble par la réflexion que cela peut susciter…
      En passant, je suis aussi une fidèle « d’échappé du bocal » 😀

  7. poirple dit :

    Je crois que c’est moi qui me suis mal exprimée. Je ne condamne absolument pas l’IEF, je l’aurais même choisie si ma fille n’était pas fille unique. Tu as parfaitement raison de dire que l’IEF a un rôle à jouer dans la société: liberté d’éduquer et d’instruire son enfant selon ses valeurs, possibilité de vivre pleinement « l’enfance » de ses enfants, possibilité de soulager des enfants en souffrance scolaire. Si l’IEF continue à se développer en France, elle pourra peut être même, sait-on jamais, interpeller nos politiques et les amener à corriger leurs erreurs en matière d’instruction (oui, je sais, je rêve).
    Mais comme tu le dis; les enfants finissent un jour ou l’autre par réintégrer le système et je souhaiterais juste que ce système ne soit pas aussi absurde et débilitant. Et puis il y a les enfants qui par la force des choses seront dans le système scolaire du début à la fin. C’est à eux que je pense.
    Je t’avoue que j’envisage de plus en plus l’IEF pour ma fille car, bien qu’elle soit dans une école privée, elle est soumise au programme de l’EN (école privée sous contrat). Pour l’instant, je complète à la maison (lecture, un peu de maths) mais je ne veux pas que cela devienne trop lourd pour elle ( vu les programmes, les lacunes à combler seront de plus en plus énormes).
    En tout cas merci pour ces échanges, ils sont très enrichissants.

    • Brune dit :

      Oui, je sais que tu ne condamnes pas l’IEF, au fil des commentaires que tu as déjà donnés depuis un moment sur le sujet.Et tes derniers m’ont permis de clarifier ce que j’avais à dire. Nous sommes tous sur ce bateau… Je ne veux en rien être alarmiste et jouer les Cassandre! mais il est difficile pour moi de ne pas considérer que le bateau semble être en train de prendre une direction que je n’approuve pas… Je ne me vois pas y mettre mes enfants en attendant que cela s’arrange… J’ai la possibilité de leur faire la classe en ce moment, donc, je le fais… Mais je sais aussi que ce n’est pas tout le monde qui est en mesure de vivre cela…

  8. Ghislaine Cotentin dit :

    Je découvre l’IEF via vos blogs à toutes… , vraiment intéressants (je vais en signaler plusieurs lors d’une formation à des enseignants grecs que je dois effectuer en mai), et je découvre de ce fait le rôle que vous pouvez jouer… Pour les enfants qui ont échoué dans le système scolaire traditionnel, sans doute s’ils sont encore jeunes, mais je m’interroge quand même quand cela se décide au niveau du collège… Mon constat en tout cas : de plus en plus d’enseignants de la « laïque » – comme on disait, fut un temps – mettent leurs propres enfants dans des établissements privés… ce qui était rarissime il y a 15 ans !! Les statistiques montrent aussi que les enfants « de profs » forment la base de ceux qui « réussissent », sans doute parce que leurs parents à la fois maîtrisent les rouages du système scolaire, et peuvent suppléer ses manques… Alors quelle égalité ? Les nouveaux programmes vont continuer à fabriquer le contraire d’une véritable formation – et d’une véritable égalité – , et ont oublié le sens même du mot « élève »… en réservant la réussite à ceux qui pourront, intellectuellement et culturellement via la famille, ou financièrement, se « l’offrir »… les autres seront réduits à un terrible nivellement, arasement de toutes les curiosités et, comme vous le dites si bien, du désir d’apprendre que chaque enfant porte en lui ! Votre évocation des anciens manuels de lecture en dit long sur ce point… quand on compare les textes alors proposés, et ceux aujourd’hui mis entre les mains d’élèves du même âge… Et le paradoxe est que nous avons aujourd’hui tant de moyens de rendre accessibles des acquis parfois ardus ! Ultime paradoxe… à en juger par la fréquentation de mon blog et de mon site, c’est à l’étranger, dans les pays francophones notamment, que la culture exigeante (dite, en d’autres termes « élitiste »…) proposée par la France reste attractive, alors que cette même France la dénie à ses propres enfants… Vos enfants ont une réelle chance !

    • Brune dit :

      Je vous remercie de votre commentaire Ghislaine. Oui, quel paradoxe qu’à l’heure où l’on dispose de tant de moyens, la transmission se passe aussi difficilement!
      Pour les jeunes déscolarisés au collège, je ne dis pas qu’il s’agit d’une panacée ou que l’IEF assure leur réussite scolaire: je constate que des collégiens en souffrance scolaire – soit dû à du harcèlement, de la phobie scolaire ou une inadaptation scolaire reliée à un handicap d’apprentissage – retrouvent souvent « hors les murs scolaires » un nouveau souffle, se reconstruisent et obtiennent une scolarité plus à leur rythme. J’ai en tête deux cas de jeunes qui ont été retirés quelques mois en fin d’année et – avec à la clé un accompagnement extérieur plus l’IEF – ont pu réintégrer le système à la rentrée qui a suivi. Un de ces jeunes a même retrouvé le goût de la réussite scolaire…
      Je souligne ici surtout l’idée que l’IEF ouvre aussi des courants de générosité et d’entraides, donc assure un rôle scolaire dans les cas de jeunes dont l’école ne veut plus . Sur le net aussi l’entraide est présente, on peut penser au blog de Sylvie Brûlé (http://ecolemaison.net/ ) qui partage son savoir-faire avec une telle générosité: elle aide ainsi d’innomblables « homeschoolers »…
      Et cette même générosité est évidemment très présente chez les professeurs qui refusent d’abdiquer la qualité et la culture: votre site en est la preuve tangible 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s