Chaque marche compte


DSC07464Combien de fois sommes-nous tentés de sauter certaines notions en croyant qu’elles sont sues, vues et revues par nos enfants et que ceux-ci les savent si bien! Ils les savent trop bien… Ils pourraient s’ennuyer…

Vraiment?

Contrairement à la pensée ambiante, je crois que nous avons tort en classe maison de nous fier à ce qui semble être su. Récemment, une mère  disait qu’elle expliquait une leçon, faisait ensuite faire un exercice du manuel et s’il était réussi, il était inutile de s’y éterniser: on passait à autre chose… Attention! Ce n’est pas si simple. Les exercices d’un manuel sont toujours gradués du plus simple au plus complexe et les différents exercices permettent aussi d’exercer son savoir-faire dans différentes situations afin de faire le tour de la question. (Evidemment, il ne s’agit pas de tout tout faire non plus…).

De plus, après avoir entendu fraîchement une leçon, il est normal que l’on ait encore l’explication et la capacité de faire en tête. Mais si on redonne un exercice sur la même notion une semaine après, l’enfant a-t-il retenu s’il ne s’est pas exercé? Souvent, l’apprentissage nécessite de la répétition. On appelait d’ailleurs les personnes chargées des leçons des « répétiteur ». Ne dit-on pas d’un professeur qu’il répète sans arrêt? Ce n’est pas pour rien dans bien des cas! La mémoire est une faculté qui oublie!

Bien sûr, il est vrai qu’en classe un enfant peut aller vite et doit entendre une énième fois LA même explication qui d’adresse à ceux qui sont plus « lents » à comprendre. Dans ce cas de figure, effectivement, l’enfant en question peut s’ennuyer.

Mais à la maison, notre situation est fort différente. Nous pouvons varier la façon de voir une leçon. Par exemple, si l’on craint un ennui de la part de notre enfant, surtout si ce dernier affirme connaître « par coeur » la notion, pourquoi ne pas lui demander de nous faire la leçon, ou de la lui faire faire pour un plus jeune (en notre présence)? Ainsi, on est à même de vérifier à quel point l’enfant maîtrise la notion. On lui demande de donner des exemples, de trouver des exercices sur la leçon (avec la réponse!). Enseigner une notion révèle toujours ce qu’on en sait, et peut même nous aider à mieux comprendre, puisque pour expliquer nous devons… comprendre!

DSC07318Plutôt que de survoler des notions en les croyant sues, je préconise davantage d’étoffer les exercices. Je suis persuadée que la répétition est nécessaire à la majorité des enfants! Les savoirs se construisent souvent en escalier. Chaque marche conduit à la suivante, et en cherchant à sauter d’un coup trop de marches, on risque de « rater » la marche et de dégringoler de quelques unes jusqu’à recommencer l’escalier plus bas.

Partir du plus simple permet souvent à l’enfant d’être confiant, de sentir qu’il maîtrise bien la matière et de là, on monte une marche. On peut monter l’escalier plus ou moins vite selon les enfants. On peut rester d’ailleurs longtemps sur une même marche ou même reculer un peu. Mais il est souvent préférable de passer par chacune… Nous montons plus solidement quand nous prenons le temps de faire l’ascension une marche à la fois!

 

A propos Brune

Mère-enseignante de 8 enfants. Site: grandirpresduchataignier
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13 commentaires pour Chaque marche compte

  1. claire-lise dit :

    Ouah..parole de sagesse. Et que le chemin est parfois très longggggggggggggg pour leur faire acquérir une notion. Combien de fois ai je du changer ma manière de faire pour leur faire comprendre ou un arrêt pour une période. Il n’y a pas seulement l’ennui des enfants, mais des parents. Combien de fois ai je envie de continuer ! Et, surtout, parfois il est difficile de savoir ce qu’il retienne vraiment !

    • Brune dit :

      Tu as raison Claire-Lise, c’est parfois ennuyeux pour le parent aussi la répétition. Et quand on sent que l’enfnt ne comprend pas plus, alors nous ressentons parfois de l’impuissance, et certains parents peuvent se remettre en question en pensant qu’ils sont de mauvais pédagogues… Mais pourtant dans ces cas, il s’agit parfois uniquement de laisser mûrir le fruit. On peut y revenir plus tard, ou retourner légèrement en arrière pour mieux avancer! 🙂

  2. Kalumaya dit :

    J’aime ta réflexion, elle est tellement juste! J’ajouterais que les marches d’un enfant en difficulté d’apprentissage sont souvent de longs paliers, mais l’ascension est toujours possible si on ne se décourage pas. Et on tombe moins avec de longs paliers. Pour un enfant doué, les marches sont très étroites et la dégringolade arrive plus fréquemment. Enfin mon expérience mène au même constat que le tien. Mieux vaut prendre les marches une à la fois et prendre le temps de regarder le paysage chaque fois pour ralentir le rythme et laisser mûrir l’esprit.

  3. claire-lise dit :

    J’observe que parfois, il est difficile de savoir si l’enfant a acquis ou non quelque chose.

    Franchement, parfois, nous travaillions un truc et j’ai l’impression qu’ils n’apprennent rien. C’est six mois après, je me dis punaise, qu’est ce qu’il en a retenu !

    Ce n’est vraiment pas linéaire. Quand je sens une fatigue, un ennui, mais que ce n’est pas acquis, je fais une pause. Puis, j’essaie de trouver une autre manière de l’amener. Souvent, cela aide ! Comment le vivez-vous ?

    • Brune dit :

      Cela dépend en même temps de l’âge de l’enfant… Il y a des notions qui s’acquierent dans le temps. On sait que l’on va les revoir année après année. Et oui, le processus d’apprentissage est délicat. Avant tout ne pas dégoûter. Il est inutile de l’écraser sous le poids d’exercices en espérant qu’il comprendra mieux. Faire une pause est salutaire quand on craint la surdose. Il faut éviter qu’il déteste cette notion et se sente en échec. Mais justement, comme cela demande de la délicatesse tout cela… car parfois affronter des difficultés demande un petit effort et c’est là que nous devons être vigilant… à savoir quand s’accrocher et quand ne pas insister: la nuance est parfois faible!
      Je préconise de garder une petite « routine » régulière pour les notions générales qui reviennent tout le temps (analyse grammaticale, analyse logique, table de multiplication, opération, dictée de nombre, calcul mental) de tout régulièrement et un petit peu à la fois pour garder alerte ce qui a été vu. Je ne sais pas si je m’exprime clairement?

  4. Laurence dit :

    Je suis tout à fait en accord avec ton billet, Brune. J’utilise d’ailleurs quelques routines pour consolider les notions. Par exemple : je fais toujours une dictée de nombres le lundi matin mais tous les jours les enfants font des opérations au tableau que je dicte-si bien qu’en réalité il font une dictée de nombres tous les jours sans y prêter attention. Je fais une phrase de dictée tous les jours qui est préparée en début de matinée, si bien que les enfants font un premier travail de copie et de l’analyse tous les matins, mais elle ne dit pas son nom. Je leur fais lire des textes dans les matières d’éveil si bien qu’ils font de la lecture et des questions de compréhension (que je cible souvent en fonction des notions de français vues) en plus des temps de littérature etc…
    Je trouve par ailleurs que la routine et les temps fixes sont le meilleur moyen de ne rien oublier et d’avoir passé tous les domaines en revue dans la semaine.

    • Brune dit :

      « Je trouve par ailleurs que la routine et les temps fixes sont le meilleur moyen de ne rien oublier et d’avoir passé tous les domaines en revue dans la semaine. »

      Je trouve aussi!

  5. Voilà une grande vérité… enseigner = répéter !!! Répéter autrement, varier la répétition, trouver les formules simples… mais répéter toujours et encore parce que la mémoire est sélective et que l’enfant, s’il apprend volontiers (et aussi parce qu’il sait que cela va le valoriser) oublie aussi vite ce qui, finalement, à ses yeux n’est pas « si important ». J’ai toujours été sidérée de constater la phrase récurrente des lycéens « on l’a jamais fait »… y compris quand j’avais été leur prof l’année précédente !
    Mais je crois que le 1er « gros défaut » de l’apprentissage, au collège en tout cas, vient précisément de cette notion d’exercices, trop ciblés exclusivement sur le nouvel acquis… Le résultat est que le collégien réussit fort bien des exercices – même complexes – sur des conjugaisons ou sur les pronoms relatifs, mais, arrivé au lycée, est incapable de rédiger en employant correctement les temps verbaux, ou confond systématiquement « qui », « que » et « dont ». Il me semble qu’il faudrait (et sans doute est-ce bien plus facile à faire « à la maison ») mettre les apprentissages en action, les sortir du manuel et des exercices (un peu comme vous le faites pour les leçons de choses…), faire de « sujet/verbe/COD » la clé de l’histoire d’une fourmi ou d’une araignée, faire de la nature des mots des « passeports » pour embarquer à bord d’un avion… Bref, montrer à l’enfant que ce qu’il apprend à un véritable intérêt !

    • Kalumaya dit :

      J’aime bien comment vous dites ça.

    • Brune dit :

      Comme Kalumaya, j’aime vraiment ce que vous dites à ce sujet. Particulièrement :
       » Il me semble qu’il faudrait (et sans doute est-ce bien plus facile à faire « à la maison ») mettre les apprentissages en action, les sortir du manuel et des exercices (un peu comme vous le faites pour les leçons de choses…), faire de « sujet/verbe/COD » la clé de l’histoire d’une fourmi ou d’une araignée, faire de la nature des mots des « passeports » pour embarquer à bord d’un avion… Bref, montrer à l’enfant que ce qu’il apprend à un véritable intérêt ! »
      Pourriez-vous expliquer davantage l’exemple de la fourmi ou araignée avec le passeport? Je sens qu’on touche une approche différente pour aborder la manière d’expliquer la grammaire. Cela m’intéresse!

  6. Ce sont 2 exemples différents.
    1°. Le 1er est inspiré des jeux surréalistes à « contraintes ». Et l’araignée et la fourmi ne sont qu’un « cas ». En vous promenant, vous voyez une araignée… vous imaginez son histoire, un épisode de sa vie, mais dans des phrases où il y aura obligatoirement un sujet/ un verbe / un COD seulement. Après, on peut enrichir avec adjectif (épithète-attribut), avec des compléments circonstanciels… On peut aussi varier le temps, imaginer son futur, son passé… On peut aussi faire passer l’histoire de l’actif au passif (avec des déjà grands !) Pas obligé que ce soit long… et cela reste oral, pour que ce soit plus dynamique… On peut (si plusieurs enfants sont impliquées) faire un « concours » de la plus jolie histoire, ou de la plus drôle… , voire de la plus « gore » ! A varier à l’infini, avec tous les animaux… L’intérêt est de faire assimiler en action la différence entre un COD qui ne peut fonctionner qu’avec un verbe transitif, par rapport à l’auxiliaire être, les verbes d’état et intransitifs… et cela sans « drame » ni métalangage ! Il m’arrivait d’enregistrer une « histoire » bien réussie, et de la ré-écouter à l’occasion d’un autre apprentissage pour l’enrichir ! Les élèves adoraient voir la « progression » de l’histoire initiale…
    2°. Pour le 2nd ex. cela débute par une fabrication d’un « passeport-type », un par catégorie [ sur une petite fiche bristol, par ex. ] à construire comme « aide-mémoire et qui pourra être à usage multiple, car on laisse vide les indications : il mentionne le « NOM » du futur « passager », par ex. VERBE, NOM, ADJECTIF, DETERMINANT (écrire ces catégories sur la fiche)… , son PRENOM (pour le verbe = son groupe / pour le nom = propre ou commun / pour l’adjectif = qualificatif, démonstratif…/ pour le déterminant = article… / pour le PRONOM = personnel, possessif… certains mots, tels les prépositions, les négations, les adverbes n’auront pas de prénom), ses PARTICULARITES ( = les précisions de l’analyse, telles le groupe pour le verbe, son temps, son mode, sa personne… ou bien le genre pour le nom, pour l’adjectif…), et sa PROFESSION (= sa fonction dans la phrase…) Tout cela est variable selon le niveau, perso. je l’ai beaucoup pratiqué avec des 6ème et des 5ème, mais on peut sûrement débuter avant. Il suffit alors de fabriquer une phrase et on peut varier l’activité : Soit les « passagers » – les mots de la phrase – doivent passer la douane avec le « bon » passeport, en répondant exactement à l’interrogatoire d’un « douanier » (très exigeant, bien sûr !), soit le douanier appelle un « passager » pour complément d’informations, soit on recherche « un sujet », « un objet », « un lieu »…

    Le but de cela n’est pas seulement « ludique », il s’agit plutôt de faire intuitivement percevoir que la « grammaire » n’est pas seulement l’apprentissage de « catégories » dont un enfant voit mal l’intérêt réel (puisqu’il sait se faire comprendre sans savoir la « grammaire » ! « à quoi ça sert, la grammaire ? ») mais que les mots, comme les humains, les animaux, sont vivants, ne sont pas interchangeables, et jouent des rôles dans le langage qui est le support de la vie de tous les jours. Fixer les « catégories » est, en plus, essentiel dès que l’on passe à l’apprentissage d’une langue étrangère (mes collègues d’anglais gémissent beaucoup à ce propos !) et bien sûr pour l’orthographe, car « ils les chantes » est au hitparade des erreurs, tout comme « ils sont tranquillent » ou « ils on chanter »… et j’en passe ! Enfin, cela « prépare » aussi l’enfant à la « stylistique », c’est-à-dire à mesurer les intentions que véhicule le langage, au fait, par ex., que dire « Moi, maire de …x, je promets la construction de routes » n’est pas équivalent à « le maire de …x promet la construction de routes » ni à « En tant que maire de… x, la construction rapide de routes sûres, je la promets »… alors que, dans les 3 cas, le « message » est identique. Ainsi s’ouvre la porte de l’esprit critique… et celle de la littérature…
    J’ai aussi enseigné beaucoup à l’étranger, le FLE…comme on dit, et en France, le FLS (français langue seconde, notamment pour les primo-arrivants placés directement en collège ou lycée, ou pour certains enfants bilingues). Intéressant de constater que nos petits Français font de telles erreurs que ne font pas les enfants étrangers du même âge, qui apprennent la langue dans son fonctionnement actif et non pas par ce métalangage sclérosé auquel se résume trop souvent l’enseignement de la grammaire en France.
    Votre blog est une mine de réflexions !!

    • Brune dit :

      Un immense merci Ghislaine d’avoir pris le temps de me détailler la démarche: c’est très très clair. Je vais prendre le temps de lire ces activités et j’en ferai très bientôt l’essai avec mes enfants. Je vois toute la richesse que cela promet! 🙂 C’est très enrichissant pour nous de bénéficier de l’expérience de gens chevronnés et du métier!

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