Le vocabulaire de la chasse


Livre de chasse Gaston Phébus, comte de Foix, XVe siècle

Bien qu’aucun chasseur ne fasse partie de nos rangs, la semaine de français s’est déroulée autour de la chasse. Dimanche dernier était l’ouverture de la chasse! Mais pourquoi parler de la chasse si personne ne la pratique? Parce que son riche vocabulaire s’est imprégné dans notre quotidien. Nous utilisons souvent des mots qui proviennent de ce champ sémantique et qui comportent maintenant un autre sens. N’oublions pas qu’il n’y a pas si longtemps, la chasse était courante pour nombre de personnes. Nos mots nous le rappellent. C’est également un sujet de discussion fort intéressant à entamer avec nos enfants! Il traite de la mort, des animaux, de la nature.

Plusieurs petits textes ou dictées sur ce même thème nous ont occupées tout au long de la semaine. Parmi ceux que j’ai proposés, le texte de Daudet, dans les contes du Lundi: « Les émotions d’un perdreau rouget », a été particulièrement apprécié et prétexte à analyse de texte et de grammaire pour ma fille en 5e.

Le vieux, lui, était toujours aussi calme. Très attentif aux aboiements et aux coups de feu, quand ils se rapprochaient il me faisait signe, et nous allions un peu plus loin, hors de la portée des chiens et bien cachés par le feuillage, Une fois pourtant je crus que nous étions perdus. L’allée que nous devions traverser était gardée de chaque bout par un chasseur embusqué. D’un côté un grand gaillard à favoris noirs qui faisait sonner toute une ferraille à chacun de ses mouvements, couteau de chasse, cartouchière, boîte à poudre, sans compter de hautes guêtres bouclées jusqu’aux genoux et qui le grandissaient encore ; à l’autre bout un petit vieux, appuyé contre un arbre, fumait tranquillement sa pipe, en clignant des yeux comme s’il voulait dormir. Celui-là ne me faisait pas peur ; mais c’était ce grand là-bas…―« Tu n’y entends rien, Rouget, » me dit mon camarade en riant ; et sans crainte, les ailes toutes grandes, il s’envola presque dans les jambes du terrible chasseur à favoris. Et le fait est que le pauvre homme était si empêtré dans tout son attirail de chasse, si occupé à s’admirer du haut en bas, que lorsqu’il épaula son fusil nous étions déjà hors de portée. Ah ! si les chasseurs savaient, quand ils se croient seuls à un coin de bois, combien de petits yeux fixes les guettent des buissons, combien de petits becs pointus se retiennent de rire à leur maladresse !…Le jour tombait. Les coups de fusil s’éloignaient, devenaient plus rares. Puis tout s’éteignit… C’était fini. Alors nous revînmes tout doucement vers la plaine, pour avoir des nouvelles de notre compagnie.

Ma fille de CM2 s’est bien amusée avec un texte d’Henri Pourrat « Le gros lièvre » tiré de « Trésor de contes ». Il s’agit d’un garçon maladroit, Berthaud, qui part à la chasse avec le père Antonin. Il doit chasser un lièvre. Il ne sait pas ce que c’est (on lui décrit: à poil gris, avec de grandes oreilles)! A la description, celui-ci croit avoir fait une grosse prise: en fait, il a tiré sur l’âne!

Une dictée riche à explorer: (Jean Aicard: « Maurin des Maures »)

Des cris sauvages, des coups de fusil, des sons prolongés de conques marines, des roulements de tambour éclatèrent. C’était, au profond du fourré, les rabatteurs qui se repliaient vers les chasseurs, en faisant le plus de tapage possible pour forcer les sangliers à se lever et à fuir devant eux… Puis tout ce bruit s’apaisait durant quelques secondes pour reprendre comme une huée de tempête. 

Vocabulaire:

Battre, rabattre, une battue, un braconnier, un rabatteur, la carnassière, la gibecière, la chasse à courre, la meute, le flair, la venaison, bredouille, giboyeux, épauler, gibier, détaler, se terrer, terrier, bauge, à tire d’ailes, à toute jambes, ventre à terre, quêter.

Les animaux: Faisan, sanglier, laie, marcassin, renard, renarde, renardeau, lièvre, hase, levraut, cerf, biche, faon, perdrix, perdreau.

La chasse

La remise des chevreuils Courbet

Les cris des chiens, les voix du cor
Sonnent dans les bois de Ferrières;
L’écho de ces rumeurs guerrières
Épouvante le frais décor.

Les habits d’écarlate et d’or
Resplendissent dans les clairières;
Les cris des chiens, les voix du cor
Sonnent dans les bois de Ferrières.

Les meutes ont pris leur essor,
Et le cerf dans les fondrières
Fuit, sentant leurs dents meurtrières;
Mais partout il retrouve encor
Les cris des chiens, les voix du cor.

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A propos Brune

Mère-enseignante de 8 enfants. Site: grandirpresduchataignier
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6 commentaires pour Le vocabulaire de la chasse

  1. Laurence dit :

    Je trouve que même si l’on ne chasse pas, il est important d’aborder ce thème avec les enfants. C’est une façon de nous relier à la Nature et surtout à notre nature première de chasseur-cueilleur. Nous avons à nous nourrir, chasser sa nourriture devrait permettre de ne prélever que ce qui est nécessaire à notre vie, ce n’est pas le cas de la production industrielle qui surproduit puisque nous jetons beaucoup trop ! Et cela rappelle à la plupart des enfants qu’avant d’être un nugget, le poulet a été prélevé, sacrifié, plumé …cela ne devrait pas appeler le dégoût mais le respect pour cet animal.
    Merci Brune pour tous ces billets enrichissants.

    • Brune dit :

      « Nous avons à nous nourrir, chasser sa nourriture devrait permettre de ne prélever que ce qui est nécessaire à notre vie, ce n’est pas le cas de la production industrielle qui surproduit puisque nous jetons beaucoup trop !  » Tiens, je trouve ton commentaire très inspirant… Je vais poursuivre avec les enfants! C’est tellement vrai!

  2. Et, à propos de chasse, pour des 5ème, le si joli texte sur les bartavelles dans « La gloire de mon père » (cf. http://www.la-cause-des-hommes.com/spip.php?article39) et, pourquoi pas ? l’extrait correspondant dans le film… de belles images de l’enfant brandissant les trophées… et une réflexion sur ce qu’a pu symboliser la chasse dans les relations « masculines »…

    • Brune dit :

      Merci Ghislaine, je cherchais justement un autre passage dans la « Gloire de mon père ». Ma grande a lu en début de semaine sur la préparation avec les cartouches, mais c’est vrai, en le relisant, que ce passage avec les bartavelles est vraiment le clou!

  3. mathilde dit :

    Merci pour ces bonnes idées que je garde pour un tableau que nous allons étudier en Histoire de l’Art !

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