L’urgence de ralentir


En lien avec mon dernier billet, je recommande chaudement le visionnement de ce reportage diffusé sur Arte et pouvant être visionné sur leur site replay pour quelques jours… L’urgence de ralentir est un reportage rempli d’espérance sur notre pouvoir d’agir. On parle d’un mouvement de transition, de gens qui n’attendent plus que nos politiciens agissent, mais que nous la base (notre nouveau sobriquet me tente drôlement ce matin, mais ce serait trop facile…)  pouvons faire pour changer le monde. Une bouffée de fraîcheur dans le monde cynique des mauvaises nouvelles!

http://www.tv-replay.fr/redirection/02-09-14/l-urgence-de-ralentir-arte-10876712.html

Comme parents-enseignements nous sommes, malgré nous, entrés en résistance avec le système. Même si plusieurs parmi nous avons des enfants également scolarisés… Même si nous n’avons aucun goût pour le « bashing » de l’école. Je ne suis pas anti-école! Pourtant par mon geste d’assumer moi-même l’instruction de mes enfants, je refuse et je juge l’instruction dispensée par l’Etat.

Je suis républicaine et crois à la construction commune d’une société. Je suis prête à moi-même assumer, pour ma personne, les conséquences parfois négatives qu’implique la citoyenneté. Mais, je n’arrive pas à y laisser mes enfants pour qu’ils paient les suites du grand fouillis pédagogique et des « rythmes scolaires » imposés par l’Etat. Il y a des professeurs merveilleux encore dans les écoles. Il y a des projets qui fonctionnent bien. Pourtant, la mauvaise gestion de la discipline* (qui conduit à beaucoup trop de harcèlement en classe), le flou pédagogique basé sur une approche constructiviste qui ne fonctionne visiblement pas; l’improvisation totale des nouveaux rythmes scolaires, l’éducation aveugle perpétrée en classe qui conduit à alimenter notre système économique de surconsommation, le rabaissement réel des niveaux auront tous eu raison de mon épisodique questionnement de mettre mes enfants à l’école en début d’année…

J’ai l’impression -ce sera ma minute de pensée noire ce matin- qu’il y a une volonté de la part de nos sociétés de construire une société de consommateurs capables d’exécuter des manœuvres (ayant les fameuses compétences!) mais incapables de réfléchir… C’est sûrement plus facile de gouverner un peuple qui ne pense pas mais qui consomme et est obnubilé par les I-phone, ordinateur etc… Suis-je alarmiste sans fondement? Je l’espère, mais le cynisme avec lequel les grands de ce monde nous gouvernent laisse à penser qu’on ne se préoccupe pas tellement de la base… Nos enfants sont la base de demain… N’est-il pas naturel que nous nous préoccupions de leur instruction?

Ce reportage, pour y revenir, ressemble à la société que je veux construire pour mes enfants demain… et j’ai la conviction que l’IEF s’inscrit tout à fait dans ce mouvement paisible, en marge, et qui avance carpe diem « sois la moins crédule possible pour le jour suivant » comme nous aurait dit Horace

 » Small is beautiful… il faut prendre notre destin en main. » (paroles tirées du reportage)

 *Les problèmes de discipline à l’école ne sont pas liés à une incompétence plus grande des professeurs, mais de décisions d’en haut qui laissent souvent les enseignants avec peu de moyen pour intervenir de manière efficace…

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A propos Brune

Mère-enseignante de 8 enfants. Site: grandirpresduchataignier
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10 commentaires pour L’urgence de ralentir

  1. Claudine dit :

    J’ai enregistré le reportage, je vais le visionner sous peu…
    Ta dernière phrase de ton billet me laisse perplexe, elle donne matière à débat…

    • Brune dit :

      Très bon reportage;)
      Sinon, la dernière phrase : sur la discipline et les professeurs? j’exprime cette phrase, vue de l’intérieur… Mon mari enseigne, et j’ai des tas d’amis qui enseignent. Les profs dans leurs classes sont devenus comme des soldats de l’ONU. Ils disposent de peu de moyen pour se faire écouter… Il est difficile de faire régner le calme dans une classe quand on ne dispose pas de moyen de pression sur ceux qui la perturbent .et dérangent tous les autres. Ce qui ne veut pas dire que tous les professeurs agissent bien avec leurs élèves, ne disent pas de paroles désobligeantes et parfois malheureusement destructrices! Ce que je veux dire, c’est que, un climat peut vite dégénérer en classe: dans certains établissements, les élèves font la pluie et le beau temps en sachant qu’aucune sanction ne sera prise contre eux! Enfin, je ne sais pas si je suis claire, et effectivement un débat pourrait naître de cela… Je pense qu’on fait porter de lourds reproches aux profs, mais que le problème du harcèlement ou autre indiscipline en classe est la conjoncture de plusieurs facteurs…

      • Oui, plusieurs facteurs… mais, curieusement, on en oublie un, et de taille… Pour une même classe (je parle du collège et du lycée), dans un même établissement, il y a des profs qui ont des problèmes de discipline, et d’autres qui n’en ont pas… et ce n’est sûrement pas la dose de « sanctions » données qui fait la différence ! La question ne serait donc pas « peu de moyens pour se faire écouter », ou pas de « moyen de pression », mais, oserais-je le dire ?, « Comment le prof réussit-il à rendre un cours – a priori rébarbatif pour beaucoup !- intéressant ? « , « Quel temps a-t-il pris pour préparer ce cours, le rendre vivant en impliquant ses élèves (et même ceux qui, a priori, s’en désintéressent !!), le tout sans fournir un « enseignement au rabais »? », « Quels liens est-il capable de créer entre des connaissances à des années-lumière des intérêts principaux des élèves, et ce qu’ils vivent quotidiennement ?  » Car (autre curiosité par les temps qui courent), il s’avère que les élèves – et tous, sans exception, y compris dans les établissements jugés les plus « difficiles » – respectent ceux qui les « élèvent », et non pas ceux qui leur fournissent le brouet insipide qu’on juge trop souvent « à leur portée » ! Mais ces prof-là, quand on voit comment on recrute au niveau des concours, et comment on utilise les « vacataires », ces profs qui ont une vraie culture à transmettre, dans une discipline qu’ils maîtrisent à fond, combien en restera-t-il dans 10 ans ? Le « climat ne dégénère pas » sans signe annonciateur de l’orage… Et le « tout pédagogique » au détriment des savoirs à enseigner est, me semble-t-il, un signe déjà bien présent.

    • Brune dit :

      C’est vrai que c’est un problème de taille: la passion dans la transmission. Mais ne pensez-vous pas que par moment, le « système » en place décourage parfois les bonnes volontés? J’ai une amie qui enseigne les sciences et est TZR. Dans un des collèges où elle enseigne, elle est la seule de formation scientifique. Les deux autres professeurs pour cette matière qui assument régulièrement la matière proviennent de d’autres disciplines. Or, pour les expérimentations, il n’y a AUCUN matériel prévu. Et les deux profs en place ne font JAMAIS expérimenter les élèves. Cette amie est assez découragée de voir que les élèves ne recevront pas ce qu’ils devraient: le matériel à commander prend six mois au moins à arriver!
      Une autre est remplaçante sur 3 collèges avec 3 niveaux!!! On a beau aimé sa matière, la transmette dans ces conditions atteint tout de même (je crois, je ne le vis pas personnellement) la qualité de l’enseignement qui s’en trouve atteinte, malheureusement…
      La’accent mis sur les compétences plutôt que les connaissances, sur le tout pédagogique, oui, on peut craindre que la dégringolade n’est pas terminé.
      Merci Ghislaine pour ces commentaires qui poussent toujours plus loin nos réflexions!

      • Ce que vous dites ne fait que souligner mes réflexions… Une TZR « la seule de formation scientifique », les 2 autres « proviennent d’autres disciplines »… = Vous pouvez donner à ces deux-là tout le matériel le plus sophistiqué… ils n’auront jamais « la passion » et la maîtrise de la matière enseignée… Mais on les garde comme « titulaires » des postes par « ancienneté », aux dépens de la malheureuse TZR qui se ra pendant plusieurs années d’un collège ou d’un lycée à l’autre, sans pouvoir vraiment donner toute la mesure de ce qu’elle pourrait faire -par ex. un vrai projet scientifique pour motiver les gamins – en étant implantée de façon un peu plus durable dans un établissement. Et quiconque oserait suggérer une « affectation en fonction des compétences » (et non de l’ancienneté…) se verrait immédiatement clouer au pilori par toute la bien-pensance enseignante… Question de « mentalité » et non de « système »…
        L’autre qui est « remplaçante » vient prouver encore plus cruellement le problème d’un recrutement solide dans les matières scientifiques, avec CAPES voire Agrégation… ces concours qui exigent, pour les réussir, de sacrifier totalement 2 ans (au moins) de vie personnelle pour une carrière qui n’a plus rien de valorisant ! On en rit, de ces concours, mais la formation qu’ils impliquent est irremplaçable, quelle que soit la bonne volonté par ailleurs.
        Alors « le système » ? Je n’aime pas trop ce terme passe-partout, souvent alibi commode pour excuser des choix individuels… Le « système » n’interdit pas au chef d’établissement l’achat de matériel ni même le recrutement d’un agent de labo… Mais celui-ci dépend d’un Conseil d’Administration, qui a posé d’autres priorités (sans doute des heures sup’ notamment pour « élèves en difficulté », très demandées par les parents qui siègent au C.A., ou pour compléter l’emploi du temps d’un prof – demande syndicale fréquente aussi – ou pour un projet linguistique, du matériel informatique, du meilleur « effet » pour son établissement…), le principal ayant certainement jugé qu’avec ses 2 non-spécialistes et une TZR (forcément « provisoire »), ce n’était pas un investissement prioritaire car il serait sous-utilisé ! Enfin, savez-vous combien, à une époque où c’était « la mode », de « labo de langues » ont été créés, équipés, qui n’ont fonctionné que très rarement, voire jamais, en raison du départ de celui/celle qui devait l’utiliser ? Aujourd’hui, c’est la même chose avec des tableaux blanc interactifs – très chers ! – qui restent non-utilisés car les profs ne sont pas formés – non pas qu’il n’y ait pas d’offre de formation, mais parce que, finalement, ils n’ont aucune envie de modifier leur façon d’enseigner… De plus, je reste persuadée (là encore par comparaison entre des collègues) que ce n’est pas parce que les gamins feront des TP en sciences qu’ils aimeront les sciences… ! Oui, c’est ce que demandent les sacro-saints programmes, avec leur lot de « compétences » à acquérir, mais il y a bien d’autres moyens de les amener à « observer », à « formuler des hypothèses » (dixit le programme…) qu’à travers des TP pédagogiquement conformes aux exigences ministérielles…
        Derrière le « système », il me semble qu’il y a des hommes, leurs choix, en fonction aussi des pressions qu’ils subissent, et un « bon » chef d’établissement peut modifier totalement le fonctionnement d’un collège ou d’un lycée, comme un « mauvais » (je l’ai, hélas, mesuré !) peut le « détruire » ! Et il « régit » d’autres hommes, les profs, qui, eux aussi, font leurs propres choix de vie…
        Même vous, plus isolée et éloignée du « système », vous faites des choix, de rythmes, de manuels, de mode d’approche d’une leçon dans le manuel, d’activités de contrôle, de textes en français, de projet global sur l’année… et je suis sûre que, par-delà ces choix, c’est votre passion que vous transmettez aux enfants, qui, eux, ont fort bien compris, en discutant avec d’autres enfants, que, dans un établissement scolaire, quelque attractif qu’il soit, ils n’auront pas cette garantie de la part de TOUS leurs profs…

    • Brune dit :

      J’ignorais le fonctionnement au niveau du budget alloué dans les établissement et votre intervention concernant tous ces aspects est très enrichissant! Un grand merci d’avoir pris le temps d’écrire ici ces mots qui éclairent nos choix, nos pas, plus que vous ne croyez…
      Je ne sais pas ce que seront les solutions collectives pour demain en matière d’instruction. Le fait que ce soit une grosse institution n’aide pas à simplifier la démarche et permettre d’aller à l’essentiel : c’est à dire former nos jeunes et leur transmettre des connaissances dans un cadre qui leur donne la passion d’apprendre!
      J’ai une fille en seconde cette année au lycée public. Plusieurs de ses professeurs semblent avoir le feu sacré… et je suis reconnaissante qu’il y ait en place des professeurs comme vous, qui, malgré les difficultés actuelles du métier, sachent encore lui donner cette envie d’apprendre. Quand ma fille revient le soir et me raconte certains de ses cours, je sais que ses enseignants ont su lui transmettre avec passion !

  2. Claudine dit :

    Oui Brune, je parlais bien de cette phrase 🙂
    Ne penses-tu pas que le problème de perturbation en classe est un manque de bonne éducation à la base des élèves ? Je ne veux pas tirer à boulets rouges sur les parents, mais certaines situations poussent à la réflexion…
    Dans notre pays, les sanctions tombent assez vite et assez lourdement , pas vraiment de juste milieu ce qui provoque souvent des drames (entre autres, décrochage scolaire de l’élève), mais nos enseignants sont très loin d’être innocents.
    Mais je parle de ma propre expérience, je ne mets pas tous les enseignants dans le même panier 🙂

    • Brune dit :

      Je pense aussi que l’éducation des enfants est en cause en bonne partie, tu as raison 😉 L’un des grands facteurs est l’absence des parents dans certains cas… mais pas pour tous! Parfois c’est aussi l’enfant-roi que le parent défend bec et ongles. Et il arrive que de bons parents et de bons professeurs soient en face d’une petite terreur! Tout ceci n’exclut pas également que ce soit le professeur lui-même qui s’acharne sur un enfant 😦 Et ça c’est terrible. Il y a des sanctions sûrement injustes! Mais quand je vois la latitude réelle des profs en France, je serais bien embêtée de gérer une classe si j’avais à le faire… Et, quand un enfant perturbe une classe ce peut être pour tant de raisons! Il est en avance, il est au contraire largué, il vit des moments difficiles à la maison… Le professeur ayant autour de 25 enfants à guider n’a parfois aucune aide (AVS, ortho, psy scolaire, ou direction) à offrir à l’enfant en besoin 😦
      Je pense que les politiques d’économie, puisqu’il faut couper partout, créent un bazar parfois ingérable dans les écoles, car on coupe dans le personnel de soutien. Enfin, en si peu de lignes, on ne peut parler de toutes les facettes scolaires… mais j’ai sûrement un parti pris (non objectif peut-être?) envers plusieurs professeurs car j’en suis une, j’en ai épousé un et j’ai des tas d’amis profs 😀

  3. popounete dit :

    merci pour ce partage.

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