La mère enseignante, une mère surinvestie?


DSC06421Devenir l’enseignante de son enfant pose toujours question à l’entourage… Récemment j’entendais une mère se faire dire qu’elle était surinvestie dans l’éducation de son enfant quand elle a annoncé son choix de scolariser son enfant à domicile…

Quelle est la définition de la « mère surinvestie »? J’ai cherché une définition propre à ce terme qui revient parfois quand on allaite, qu’on cododote, qu’on enseigne à la maison, etc… Mais à part tomber sur des propos fumeux de psychanalyse, je n’ai rien trouvé de « scientifique » à ce propos, mais plutôt une condamnation de la maternité peu importe les choix que l’on fasse- autrement dit la seule maternité saine serait celle que l’on n’a pas! Si on part de la définition du verbe surinvestir –  investir au-delà des besoins réels d’une entreprise, d’une collectivité locale –  et qu’on l’applique à la maternité, on pourrait donc affirmer qu’une mère surinvestie est celle qui investit au-delà du besoin réel de son enfant.

Appliquons maintenant cette définition à celle qui choisit l’école-maison pour son enfant. Partons du postulat que tout enfant – dans notre société actuelle – a besoin d’une instruction afin de s’insérer dans notre monde une fois adulte. Reconnaissons qu’il a besoin également d’une éducation afin d’entrer en relation avec le monde environnant et connaître les codes sociaux. Il nous faut donc lui trouver un lieu et des personnes pouvant lui permettre  de recevoir ce dont il a besoin.

Je crois qu’en enseignant à la maison, en fournissant l’instruction et l’éducation , nous répondons à un besoin réel.DSC02694

D’où vient le terme « surinvestissement » alors, puisqu’on ne répond pas au-delà? Si un enfant est victime de violence à l’école, on comprendra son retrait pour l’IEF. S’il est en échec scolaire pour un handicap d’apprentissage ou est HP, nous aurons la bénédiction de la société, du style Mère Courage qui agit en citoyenne car le système ne peut rien pour l’enfant. Mais si rien de tout cela n’existe au préalable à notre choix d’éduquer en famille, là naît une totale incompréhension. « Vous voulez faire le tour du monde: ça c’est vraiment chouette! -Non, on va rester à la maison… -Restez à la maison? -Oui… – Mais, l’école, ça va pas lui manquer de ne pas se faire de petits camarades? – Mais il s’en fait également… -… »

Il arrive que nous choisissions cette voie simplement parce que nous avons envie de vivre cette histoire en famille, et c’est souvent là que les gens parlent de surinvestissement puisque le « service » est déjà offert par l’Etat.

Si je suis formée pour bâtir des maisons, on comprendra forcément que je construise moi-même ma maison. Si, parmi mes hobbies, je me passionne pour la menuiserie et  caresse le rêve de construire ma maison en auto-didacte on sera admiratif devant mon travail. On ne m’affublera pas d’un sobriquet « hobbiste surinvesti »!!!

DSC02571Pourquoi alors la mère qui enseigne car c’est sa formation ou parce qu’elle se forme en dilettante est affublée du titre « mère surinvestie »?

La maternité fait peur. Un certain Freud est passé par là, et une certaine vague féministe également qui désire détacher la femme du modèle de mère afin qu’elle endosse un rôle plus important dans la société. Je connais plusieurs mères enseignantes qui sont pourtant féministes. Le féminisme n’est pas antagoniste à l’IEF. J’ai choisi d’être à la maison. Et j’éduque mes cinq filles à choisir le mode de vie qu’elles auront envie! Je désire qu’elles aient le choix!

Pendant des siècle, l’apprentissage et l’éducation se faisaient à la maison et tout le monde trouvait cela naturel. Nous avons organisé un jour les savoirs en institution et avons offert à tous les enfants cette chance de l’instruction par des spécialistes car souvent, à l’époque, les parents étaient illettrés et ne pouvaient offrir cette instruction eux-mêmes à leur enfant. Aujourd’hui, il en est tout autrement!

A l’heure où on ne cesse de pourfendre l’école et son système qui ne fait pas que des heureux, on regarde de manière suspecte les parents qui font autrement… Il est vrai que l’on peut glisser vers un surinvestissement en IEF.  Je sais qu’il y a aussi des mères surinvesties qui envoient leur enfant à l’école! Y a-t-il plus de mère surinvesties en IEF? Je l’ignore, aucune étude n’a été menée dans ce domaine. Et je ne crois pas qu’il y ait une corrélation! Car le surinvestissement peut dépendre de tellement de choses! Si dans le surinvestissement l’enfant est une extension de soi et doit devenir un être « supra », l’école est un bien meilleur endroit pour en faire un étalage. Combien de parents sentent le besoin d’affirmer qu’ils ont des surdoués et qu’ils sautent des classes? C’est un véritable phénomène actuel!

Que nous choisissions l’école ou la maison pour instruire notre enfant, ne fait pas de nous un bon ou un mauvais parent. Je crois qu’il existe beaucoup de parents sains dans les deux situations! Et qu’il faut surtout en finir avec la psychanalyse de café de commerce qui fait surtout du mal aux relations parents-enfants!

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A propos Brune

Mère-enseignante de 8 enfants. Site: grandirpresduchataignier
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8 commentaires pour La mère enseignante, une mère surinvestie?

  1. Bonsoir,
    Le pire, dans ce que vous écrivez, est le terme « surinvestie » qui, comme le dit la définition que vous relevez = « investir au-delà des besoins réels d’une entreprise, d’une collectivité locale ». Il en dit long sur notre société contemporaine, car il revient à considérer l’enfant comme une « entreprise », donc un capital judicieusement (en principe.. ) utilisé pour produire un rendement, avec un bénéfice à la clé ! D’où la cascade de catastrophes d’une école-entreprise… et l’anxiété générée aussi bien chez les parents (« je dois rendre mon capital rentable ») que chez les enfants : « suis-je vraiment rentable quand j’ai passé 3 heures sur un travail pour n’obtenir que 7/20 ? »
    Que vos enfants aient les yeux ouverts sur le monde, sur les autres… qu’ils soient curieux, qu’ils aiment chercher, qu’ils sachent créer, avec les mots, les notes de musique, les doigts… et vous aurez déjà fait bien plus que ce que nous constatons chez nos élèves de 2nde à leur arrivée au lycée, les plus faibles étant déjà semi-détruits, les meilleurs étant paralysés par la peur de se faire traiter d’intellos (ou pire !) et les autres se satisfaisant de leur heureuse médiocrité.
    Bonnes vacances. Bon repos.

  2. Brune dit :

    Merci pour ce mot qui apporte une nourriture à ma réflexion! Ce que vous soulevez sur la rentabilité est très intéressant. Nous allons tâcher de garder leur goût d’apprendre en éveil!

  3. Sab dit :

    J’ai bien conscience que s’occuper de nos enfants comme nous le faisons demande beaucoup d’investissement personnel mais cela ne me demande pas de surinvestissement, loin de là !
    J’ai juste l’impression de remplir pleinement mon rôle de maman…et quel bonheur !!!

  4. Brune dit :

    Beaucoup de mères d’IEF entendent ces commentaires… J’ai rédigé cet article avec en tête notre joie et la juste distance que la plupart d’entre nous avons avec nos enfants. Notre voie choisie est souvent si incomprise… Mais tu le soulignes avec justesse Sab, notre tâche est un grand bonheur (pour la plupart d’entre nous.) 🙂

  5. claire-lise dit :

    Je ne sais pas si vous avez remarqué…mais dans notre société, il est impossible de faire juste. Si je mets mes enfants à l’école et je travaille; mauvaise mère. Si je garde mes enfants à la maison; attention, il va devenir asociale. Donc, quel que soit notre choix, il y aura un jugement posé.

  6. Vincent dit :

    Je viens de trouver le mot à la situation que je vis. Surinvestissement d’une mère. Celle de mon fils. Elle a tout détruit pour refaire son monde autour de lui. Elle s’est même oubliée elle même.
    C’est à peine imaginable. J’ai peur pour elle et mon fils, de l’issue. Dans les faits. Il n’y a qu’elle qui sait. J’ai été mis de côté parce que je ne suis pas à la hauteur. Il n’y a que sa mère
    qu’elle « tolère ». C’est une vraie dictature. Les détracteurs sont balayés d’un revers.
    C’est arrivé que je lui tienne tête, du genre « chasse au dragon ». Il lui est arrivé de craquer, de
    s’excuser, d’exprimer une peur de ne pas faire assez bien pour notre fils, de ne plus exister,…
    Mais ça continue…

    • Brune dit :

      On sent votre souffrance face à la situation. Ne vous connaissant pas, il serait déplacé de ma part d’apporter un éclairage sur ce que vous vivez… Mais je trouve important de faire entendre votre voix, car l’IEF n’est pas qu’un long chemin fleuri et tranquille. J’espère que vous trouverez un chemin de discussion avec la maman de votre fils afin que vous puissiez de part et d’autre échanger vos perceptions sur la situation. Les transformations quand elles se font, prennent parfois du temps… Je vous souhaite de trouver votre place dans l’éducation de votre enfant. J’ai souvent des messages fort différents: des mères en IEF qui se sentent bien seules dans la « barque » et qui aimeraient tant que leur conjoint s’impliquent…

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